Qui serons-nous demain ? Quels impacts auront les nouvelles technologies sur l’humain ?

INREES -Novembre 2014 / Par Miriam Gablier 
Quels impacts auront les nouvelles technologies, quels dangers représenteront-elles pour l’homme de demain ? Qui allons-nous devenir ?
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Les avancées scientifiques améliorent et sauvent des vies, c’est indéniable. Dans une certaine mesure, elles nous permettent de vivre plus longtemps. Toutefois, un usage croissant de ces progrès dépasse les frontières de la nécessité médicale pour venir servir un désir d’amélioration de nos capacités humaines. Sommes-nous sûrs des effets réels de ces technologies sur nos états d’être ? Quelle expérience de la vie ferons-nous avec des artifices plein le corps ? Être Superman pourrait ne pas être si confortable que ça. « Nous sommes en train de vivre une mutation gigantesque et ces transformations n’occupent pas suffisamment de place dans l’espace démocratique. Il ne s’agit pas d’émettre de jugements péremptoires sur ce qui se passe, mais de se donner les moyens d’évaluer et de réguler nos nouvelles technologies », observe Jean-Claude Guillebaud, journaliste et auteur de La Vie vivante.

Lorsque nous remplaçons un bras, un cœur ou un rein par un appareil artificiel, nous perdons la sensorialité de cette partie de notre corps. Ainsi, c’est notre « surface de ressenti », notre espace de « vie réelle », qui sont réduits. De plus, les médecines traditionnelles telles que la médecine chinoise – qui se basent sur une vision holistique de l’être humain – nous informent que nos organes vitaux jouent un rôle important au-delà de leur fonctionnement physiologique. « Chaque organe a une correspondance psychologique qui lui est propre et qui est en rapport avec la nature de son énergie », rapporte Michel Odoul, créateur de l’Institut français de shiatsu dans son livre L’Harmonie des énergies. Que se passe-t-il lorsqu’un ou plusieurs organes sont retirés d’un organisme ? Cette question, ignorée par la médecine allopathique, pourrait ne pas être négligeable.

Par ailleurs, de multiples études démontrent qu’un grand nombre de substances chimiques sont susceptibles de modifier – de manière subtile ou dramatique – nos capacités de perception et nos états d’être. « Nous savons que notre conscience peut être altérée non seulement par l’ingestion de médicaments ou de substances naturelles, mais aussi par des virus ou des bactéries relativement bénins », souligne Dorion Sagan, écrivain scientifique, fils de la microbiologiste Lynn Margulis. Quels impacts auront nos cocktails de nanotechnologies, manufacturés à partir de bactéries et diverses molécules chimiques ?

D’autre part, il est maintenant mis en évidence que l’utilisation prolongée d’ondes électromagnétiques à proximité du corps humain affecte sa biologie. Or, nos nouvelles technologies utilisent extensivement ces ondes afin de fonctionner sans fils et de rester en réseau. « La littérature scientifique a relevé quantité d’effets des ondes sur le vivant : irritation de la peau, modification de l’activité cérébrale, modification des sécrétions hormonales, anomalies du rythme cardiaque, maux de tête, troubles de l’attention, cancers, maladies dégénératives », détaille Maxence Layet, journaliste scientifique, dans le documentaire Les Sacrifiés des ondes. Quels effets aura notre immersion à long terme dans ce bain électromagnétique ambiant que nous densifions chaque jour ?

Ainsi, nous pourrons décupler nos capacités physiques, mieux voir, mieux entendre et nous enrichir de sonars à ultrasons, de radars, de capteurs infrarouges. En revanche, rappelons-nous que ces dispositifs nous donneront accès à plus d’informations, et non pas à plus de sensorialité – qui elle, constitue la base de notre vécu intérieur. Surtout, il se peut que notre flirt intime avec ces appareils ne soit pas si harmonieux qu’il y paraît : incidents techniques, infections potentielles, inconfort autour des organes artificiels et des implants, irritabilité suite à l’ingestion de nanotechnologies et à l’exposition aux ondes électromagnétiques… « Les neuropsychiatres ou neurologues avancent que le fonctionnement de nos hémisphères cérébraux est déjà en train de se transformer. La technologie reconfigure notre système nerveux pour le meilleur et pour le pire. Quelle est la part du meilleur ? Nul ne le sait », prévient Jean-Claude Guillebaud.

« La vraie question à se poser est de savoir si l’être humain est vraiment un automate composé d’une somme de réactions mécaniques et chimiques, ou s’il est quelque chose de beaucoup plus vaste. Clairement, nous sommes dotés d’une conscience que la vision matérialiste n’arrive pas à expliquer. Le physicien David Bohm parlait notamment d’une réalité dans la réalité, alors qu’il désignait un niveau de conscience incommensurable et profond auquel nous pourrions avoir accès », soutient Anthony Peake, coauteur de The Immortal Mind avec Ervin László. Interférer avec notre physiologie dans le but de l’augmenter, n’améliore pas notre capacité à élargir notre conscience – au contraire, elle peut l’altérer. « Le risque, c’est que la technologie ne nous rende pas meilleurs mais tout simplement moins humains », signale Cécile Denjean dans son documentaire Un humain presque parfait.

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