Politique – Nicolas Sarkozy, en panne de GPS

LE MONDE | 11.02.2015 |
C’était au mois d’octobre 2014, au début de sa campagne pour la présidence de l’UMP. Nicolas Sarkozy plastronnait volontiers : « Pour l’instant, je suis sur la rocade. Bientôt je vais prendre la bretelle d’autoroute, je vais accélérer et ils seront tous derrière moi. » Le cap était fixé, avec la présidentielle de 2017 à l’horizon. Quatre mois plus tard, en panne de GPS, le voilà égaré sur de cahoteuses routes départementales.
De fait, rien ne s’est passé comme prévu. Il y eut, d’abord, le score décevant de son élection, le 29 novembre. Loin d’être écrasée, la concurrence s’en est trouvée stimulée. « Sarkozy ne fait plus peur », constatent, presque incrédules, bien des voix à l’UMP. Et Bruno Le Maire, son challengeur de novembre, peut glisser comme une évidence : « La mayonnaise Sarkozy ne prend pas », sans être illico envoyé au bagne.
Sarko K oIl y eut ensuite ces maudits attentats terroristes de début janvier. Depuis deux ans, Nicolas Sarkozy répétait à qui voulait l’entendre que son successeur n’était pas à la hauteur de la fonction. François Hollande lui a apporté un démenti cinglant lors de ces événements dramatiques. L’actuel chef de l’Etat a pleinement assumé son rôle, tandis que l’ancien, jouant des coudes pour figurer au premier rang de la manifestation du 11 janvier à Paris, était la risée du monde entier. Piteux résultat, au match de la « présidentialité ».
Enfin, vint cette calamiteuse élection législative partielle du Doubs. Dès le premier tour, le 1er février, son candidat était écarté par le FN et le PS, alors que l’UMP s’était qualifiée pour le second tour dans toutes les partielles organisées depuis 2012. En guise d’« effet Sarkozy » sur les électeurs de droite, on pouvait rêver mieux ! Quant à être le meilleur rempart contre l’extrême droite, ce dont s’est toujours targué l’ancien président de la République, le résultat parle de lui-même : non seulement la candidate du FN a progressé de près de 9 points au premier tour par rapport à 2012, mais elle a encore amélioré son score de plus de 6 200 voix au second tour et frôlé la victoire. Or, elle ne s’est pas contentée de mobiliser des abstentionnistes du premier tour ; elle a également attiré sur son nom bon nombre d’électeurs de droite.
Quand on a géré les affaires de la France et du vaste monde, il n’est pas très gratifiant de se coltiner ces arrière-cuisines électorales et partisane
Il est vrai que ceux-ci avaient de quoi être déroutés par le psychodrame qui a agité l’UMP pendant cet entre-deux tours. Dès le 2 février, plusieurs caciques – en particulier Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé – ont sèchement récusé la stratégie « ni FN ni PS » en vigueur depuis les cantonales de 2011. Sans craindre de heurter la majorité des cadres et militants de l’UMP, ils ont affirmé haut et fort que la priorité était de faire barrage au Front national, quitte à voter pour le candidat socialiste.
En réponse, Nicolas Sarkozy a engagé une manœuvre surprenante. Alors qu’il avait lui-même imposé le « ni ni » à ses troupes il y a quatre ans, il a défendu une position moins tranchée, recommandant aux électeurs de droite de ne pas voter pour le FN mais, pour le reste, de faire ce qui leur chantait. Loin d’apaiser les tensions, cette attitude ondoyante les a exaspérées. Pis, elle a été écartée par son propre bureau politique qui a voté un retour au strict « ni ni ». L’épisode est surréaliste quand on songe à l’impérieuse autorité exercée par M. Sarkozy sur son camp pendant des années.
avion autour terreReste à comprendre ce faux pas. Il peut résulter, d’abord, d’une certaine lassitude. Quand on a, cinq ans durant, géré les affaires de la France et du vaste monde, il n’est sans doute pas très gratifiant de se coltiner ces arrière-cuisines électorales et partisanes. D’ailleurs, comme pour s’en évader, Nicolas Sarkozy n’a pas renoncé, le 2 février, à s’envoler vers Abou Dabi pour y faire une conférence rémunérée, au moment même où son parti se déchirait. Etonnante désinvolture.
Deuxième explication, privilégiée par le président de l’UMP : son attitude relève d’une « stratégie réfléchie ». Pour remporter la primaire de la droite en 2016, puis la présidentielle en 2017, il a besoin d’un parti rassemblé. Tout risque de dispersion, voire d’explosion de son camp serait rédhibitoire et doit être écarté, même au prix d’inhabituelles concessions aux uns ou aux autres. L’Elysée, demain, vaut bien quelques camouflets, aujourd’hui. En outre, dès lors qu’il considère la gauche disqualifiée et la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle plus que plausible, Nicolas Sarkozy sait qu’il aura besoin, pour l’emporter, des voix du centre et d’une partie de la gauche. Autant, dès à présent, leur donner des gages en se montrant moins droitier qu’il ne le fut.
On peut douter, cependant, que l’ancien président ait vraiment évolué. Bien sûr, il a eu ce ferme propos, le 7 février, devant le conseil national de l’UMP : « Jamais je ne chercherai à copier des gens pour qui je n’ai pas de respect ; je pense aux dirigeants du FN. » Comment oublier, pourtant, que copier le FN fut précisément ce qu’il fit durant sa campagne de 2012, jugeant « Marine Le Pen compatible avec la République » et épousant sans vergogne ses thèmes, ses obsessions et son langage.
aconcorde orEn bon avocat, Nicolas Sarkozy a les convictions de ses plaidoiries du moment. Mais cela sent par trop le calcul. Il lui faudra une conduite moins fluctuante pour espérer retrouver l’entrée de l’autoroute présidentielle.
Par Gérard Courtois Le Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans chronique, Politique, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.