Nicolas Sarkozy veut remettre sur la table la question de l’islam : « L’assimilationnisme est une constante de l’histoire de France » ( Analyse )

Le Monde | 12.02.2015 Extrait

Nicolas Sarkozy veut lancer un débat sur l’islam

Critiqué pour son manque de propositions nouvelles, Nicolas Sarkozy veut réinvestir le débat d’idées en remettant sur la table la question de l’islam.
Samedi 7 février, lors du conseil national de l’UMP, il a annoncé que son parti allait débattre de la place de la religion musulmane en France. « La question n’est pas de savoir ce que la République peut faire pour l’islam, mais ce que l’islam peut faire pour devenir l’islam de France », a déclaré M. Sarkozy qui, en 2003, alors ministre de l’intérieur, avait créé le Conseil français du culte musulman (CFCM).
Se différencier de Juppé
Son objectif : répondre aux inquiétudes de son électorat, à cran sur ce sujet, tout en lançant des clins d’œil en direction de celui du Front national. Lors du conseil national de l’UMP, samedi, l’ancien chef de l’Etat n’a pas caché sa volonté de contrer le parti de Marine Le Pen, qui prospère en partie en surfant sur l’islamophobie ambiante. Ni son intention de placer Alain Juppé en difficulté.
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Alors que le maire de Bordeaux tient un discours d’ouverture à l’égard des musulmans, M. Sarkozy entend, lui, assumer un discours de fermeté dans l’espoir de faire passer son principal rival pour un « bobo » animé de vues angélistes. Pour souligner sa « différence » avec son concurrent, l’ancien président de la République a affirmé que la droite ne pouvait « pas continuer à utiliser le mot ’’intégration’’ mais devait désormais « utiliser le mot “assimilation’’ ». Un terme qui est tout sauf neutre. « Il est directement issu de l’époque coloniale, rappelle l’historien Pascal Blanchard. Cela suppose de vouloir faire rentrer l’immigré dans un modèle, avec la notion de nettoyage de l’identité. » François Baroin et Alain Juppé rejettent ce mot. « Assimiler, c’est vouloir effacer les origines », juge ce dernier, qui préfère le concept d’intégration, lequel, selon lui, « respecte les différences ».
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Alexandre Lemarié  Journaliste en charge du suivi de l’UMP
« L’assimilationnisme est une constante de l’histoire de France »
LE MONDE | 12.02.2015 |
Danièle Lochak, professeure émérite de droit public à l’université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, a présidé le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Alors que Nicolas Sarkozy s’est prononcé, le 7 février, en faveur d’une politique d’« assimilation » plutôt que d’« intégration » des étrangers, elle rappelle l’histoire et le sens de ces deux concepts.
Qu’entend-on par « assimilation » ?
On considère en général qu’elle suppose l’abandon de tout élément de la culture originelle de l’étranger qui doit se fondre dans la communauté d’adoption. Ce que ne sous-entend pas le terme d’intégration. La tendance assimilationniste est une constante de l’histoire de France, qu’il s’agisse du jacobinisme éradicateur des différences culturelles ou de la politique menée dans les colonies.
Quand commence-t-on à employer le mot ?
Le terme apparaît dans les circulaires administratives puis dans les formulaires de naturalisation à partir des années 1930. Mais il faut attendre l’ordonnance du 19 octobre 1945 sur la nationalité française pour que le mot entre dans la loi : elle devient une condition de la naturalisation.
Pendant des années, le critère essentiel de l’assimilation est de parler le français. Mais ces dernières années, les conditions se sont multipliées : l’assimilation suppose de connaître l’histoire, la culture et la société françaises, les droits et devoirs du citoyen, et surtout d’adhérer aux principes de laïcité, de liberté et d’égalité. Ces nouveaux critères visent en priorité les musulmans, soupçonnés de ne pas adhérer à ces valeurs.
Comment apparaît le concept d’intégration ?
Le mot « assimilation » devient tabou dans le discours politique dans les années 1960-1970, parce qu’il sent trop la colonisation et qu’il existe au sein de la gauche un courant sensible à la défense du droit à la différence. La question de l’intégration surgit dans les années 1970, quand l’immigration redevient une question politique.
Mais la gauche préfère le mot « insertion », jugé plus respectueux des identités et qui s’accorde bien avec la figure alors dominante du « travailleur immigré » qui a pour vocation de retourner au pays. Cette notion va toutefois être abandonnée au profit de « l’intégration », qui fait désormais consensus dans la classe politique, avec la prise de conscience de la sédentarisation durable de la population immigrée – mais aussi, à partir de 1989, avec l’« affaire du foulard », parce qu’on voit dans l’intégration une réponse à la menace que les communautarismes feraient peser sur la République
Que s’est-il passé quand la droite est revenue au pouvoir ?
Depuis 1976, l’intégration avait été considérée, aussi bien par la droite que par la gauche, comme un des objectifs de la politique d’immigration. Avec les lois Sarkozy de 2003 et 2006, elle n’est plus vue comme une responsabilité des pouvoirs publics mais comme une injonction adressée aux immigrés à qui il appartient de prouver qu’ils sont intégrés. La notion se rapproche alors de plus en plus de celle d’assimilation, qui conditionne l’accès à la nationalité française.
Comment comprenez-vous la récente prise de position de M. Sarkozy ?
 Il pense sans doute briser un tabou. Et c’est aussi une façon de conforter l’opinion dans l’idée que l’islam n’est pas soluble dans la République. Les mots, à cet égard, sont importants. Mais dans la pratique, la marge est étroite entre l’intégration républicaine imposée à ceux qui sollicitent la délivrance d’une carte de résident, et l’assimilation exigée de ceux qui veulent acquérir la nationalité française.
 Propos recueillis par Julien Lemaignen Journaliste au Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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