Ukraine : N. Sarkozy reprend la rhétorique du Kremlin … ? Quand M. Sarkozy se soumet à M. Poutine

Le Monde 15/16/02/2015
En soutenant la Russie (voir ci-dessous) l’ancien président français fait preuve de mépris à l’égard des Ukrainiens et de tous les peuples soucieux de leur souveraineté.
alemonde iegor gran705554--Jamais, de ma mémoire de Français, jamais je n’ai eu aussi honte qu’en écoutant M.  Sarkozy justifier aussi platement l’agression russe en Ukraine et s’aligner aussi servilement sur Vladimir Poutine lors de son discours au Conseil national de l’UMP. Jamais, depuis que je suis en France, et cela va faire quarante-trois ans, tout de même, jamais je n’ai ressenti trahison plus forte de tout ce qui fait l’honneur, la beauté et l’idéal de notre pays.
Honte d’entendre, dans la bouche d’un ex-chef de l’Etat, la justification de l’annexion de la Crimée, en violation totale des accords internationaux, après une intervention armée et un référendum de mascarade, comparable, tant en organisation qu’en résultat, à l’Anschluss de l’Autriche.
La Crimée aurait donc vocation à être russe, M.  Sarkozy ? Comme le corridor de Dantzig à être allemand, peut-être ? Donnons l’Ukraine entière à la Russie, tant qu’on y est ! Et les pays baltes en prime ! Il y a tellement de russophones dans ces négligeables petits pays qu’on aurait tort de tergiverser. Pour votre gouverne, sachez, M.  Sarkozy, qu’une gigantesque statue de Staline, une des rares depuis 1953, vient d’être inaugurée en Crimée, justement, pour le plus grand plaisir de tous ceux qui, comme vous, se réjouissent du redécoupage des frontières et du nouveau Yalta que le nationalisme russe est en train d’imposer à l’Europe.
Honte de voir que l’anti-américanisme primaire, je dis bien primaire, se fait applaudir par vos clercs, M.  Sarkozy, quand vous sortez de votre chapeau la rhétorique poutinienne consistant à clamer que l’Amérique est le grand fautif – comme toujours –, que c’est elle qui profite de la brouille entre la Russie et l’Europe en versant sournoisement de l’huile sur le feu. Sur son site néo-fascisant, Alain Soral ne dit pas autre chose, et je n’ose imaginer que vous ignorez avec quels bas-fonds vous flirtez en reprenant à votre compte ce populisme qui ne date pas d’hier.
Guerre de gangrène
Honte de sentir dans votre discours tout le mépris pour ces Ukrainiens qui ont voulu rompre avec un régime de kleptocrates aligné sur Moscou, et qui sont en train d’être punis, avec -votre bénédiction, pour avoir osé prendre cette liberté. Comment -faites-vous, M.  Sarkozy, pour ignorer cette guerre de gangrène qu’est en train de mener la Russie, dont l’objectif évident est d’étendre les tissus -moribonds le plus loin possible vers l’Europe, sans lésiner ni sur les mensonges d’Etat ni sur la désinformation ?
Oui, M.  Sarkozy, une guerre de gangrène, où la  » protection des populations russophones  » qui vous préoccupe tellement est un mensonge aussi énorme que l’imaginaire  » appel au secours  » adressé à l’URSS par les communistes hongrois et tchèques, appel qui a justifié l’entrée des chars et le massacre de l’insurrection de Budapest en  1956 et du  » printemps de Prague  » en  1968.
Devant cette propension ahurissante à se laisser berner par la propagande poutinienne, on est en droit de se demander si votre realpolitik ne cacherait pas sous ses airs de pragmatique naïveté une connivence plus profonde avec l’arrogance russe, un alignement moral, voire spirituel, sur cet homme épatant capable d’étaler sa testostérone sur des voisins apeurés.
Que l’esprit Daladier, celui de l’apaisement à tout prix, de la trouille et du compromis face à l’ogre, soit encore bien vivant à Minsk est déjà suffisamment inquiétant ; votre blanc-seing au Kremlin fait craindre un basculement dans une tout autre dimension.
Peut-on imaginer que vous rêviez à une France décomplexée, assumant son statut lucratif de partenaire du vainqueur, dans le cadre du nouvel ordre européen ?
Par Iegor Gran écrivain / Dernier titre paru : La revanche de Kevin ( éditions Pol ) 15 euros
© Le Monde

 Sarkozy reprend la rhétorique du Kremlin ?

Le Monde.fr | 10.02.2015 Extrait
Nicolas Sarkozy s’est exprimé brièvement sur le conflit en Ukraine et ses conséquences sur les relations entre l’Europe et la Russie, samedi 7 février. Devant les dirigeants de l’UMP réunis à Paris, le président du parti d’opposition a soutenu : « La séparation entre l’Europe et la Russie est un drame. Que les Américains la souhaitent, c’est leur droit et c’est leur problème (…), mais nous ne voulons pas de la résurgence d’une guerre froide entre l’Europe et la Russie. »
Ceci alors qu’au même moment à Munich, la diplomatie prenait précisément des accents de guerre froide sur la crise ukrainienne. Partant de ce constat, qui place l’entière responsabilité du divorce entre l’Occident et la Russie sur les Européens, M. Sarkozy a présenté une « solution » reposant sur « trois principes ».
Vidéo Sarkozy
« La Crimée choisit la Russie »
« La Crimée choisit la Russie, on ne peut pas leur reprocher », a lancé le chef de l’UMP. Mais à vrai dire, le débat n’a jamais vraiment porté sur ce qu’il convient de « reprocher » aux Criméens ou aux Russes. Il porte plutôt sur la légalité de ce rattachement, que M. Sarkozy a semblé implicitement vouloir reconnaître. Or, si la plupart des dirigeants occidentaux estiment, en aparté, qu’il sera très difficile de revenir en arrière, le président de l’UMP est allé bien plus loin : il épouse la rhétorique des officiels russes, en prétendant qu’il s’agirait d’un choix démocratique en bonne et due forme.
Le « choix » de la Crimée auquel Nicolas Sarkozy a fait référence est le référendum du 16 mars, non reconnu, organisé sans aucun contrôle international, à l’exception de la présence « d’observateurs » membres de quelques partis de l’extrême droite européenne. Ce référendum, qui aurait vu le « oui » à la Russie l’emporter à 96,6 %, s’est tenu après l’invasion de la péninsule par des hommes armés non identifiés. M. Poutine reconnaîtra lui-même deux mois plus tard qu’il s’agissait de militaires russes.
L’argument de Nicolas Sarkozy ne manque pas de surprendre. Il était président de la République française lorsqu’au terme de la guerre entre la Géorgie et la Russie, en août 2008, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont proclamé leur indépendance. Si ce droit à l’autodétermination était si universel, pourquoi M.Sarkozy n’a-t-il pas alors, au nom de la France, reconnu les deux provinces géorgiennes ?
Pour appuyer son argumentation, Nicolas Sarkozy a développé le précédent du Kosovo : « Si le Kosovo a eu le droit d’être indépendant de la Serbie, je ne vois pas comment on pourrait dire avec le même raisonnement que la Crimée n’a pas le droit de quitter l’Ukraine pour rejoindre la Russie. »
Mais les deux cas n’ont rien à voir. Le Kosovo s’est séparé de la Serbie après une guerre qui a fait près de 10 000 morts, une opération de l’OTAN et le placement de cette ancienne province serbe sous protectorat des Nations unies, en 1999. Ce n’est qu’en février 2008, après neuf ans de préparation, que le Kosovo a proclamé son indépendance. Il n’y a eu, en Crimée, aucune persécution, aucune violence contre les russophones, les détenteurs de doubles passeports ukrainien et russe. L’affaire a été menée en un mois.
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« Une force d’interposition pour protéger les russophones d’Ukraine »
L’Ukraine hors de l’OTAN et de l’UE
Benoît Vitkine Journaliste au Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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