Gaz de schiste en Europe : l’eldorado fait psschitt

Le Canard Enchaîné du 18/02/2015 – Jean-Luc Porquet

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Voyez ! disaient-ils. Les Polonais n’ont pas froid aux yeux, eux. Ce ne sont pas des obscurantistes comme nous autres Français, si bêtement sensibles aux discours de ces – pouah ! – écolos. Quand les grandes compagnies pétrolières américaines leur ont révélé que leur pays était un eldorado en puissance, qu’il recelait dans son sous-sol un fabuleux gisement de gaz de schiste, 2 000 milliards de mètres cubes au bas mot, ils les ont accueillis à bras ouverts.
0612-SHADOK-Mais, trois ans plus tard, rien. L’eldorado promis a fait pschitt comme le premier mirage venu dans « Tintin au pays de l’or noir ». Il y a du gaz, certes, mais moins que prévu, et tellement difficile à exploiter qu’il n’est même pas rentable – surtout maintenant que le prix du pétrole s’est effondré. Après avoir foré pas moins de 68 puits ici et là, ExxonMobil, Total (oui, le géant français du pétrole s’y était précipité lui aussi !) et bien d’autres, dont la semaine dernière, Chevron, ont pris leurs clique set leurs claques, et sont partis forer ailleurs qu’en Pologne.
être n Grande-Bretagne, par exemple. Là encore, on a parlé d’eldorado. Davis Cameron a déclaré que son pays devait être « au cœur de la révolution du gaz de schiste » : 700 milliards de mètres cubes en perspective, promis ! Mais, comme le racontent « Les Echos » (9/2), là aussi, le doute s’installe. Les travaillistes ont obtenu que la fracturation hydraulique, dont on connaît les nuisances infernales, soit interdite dans les parc nationaux et les sites protégés. Du coup, 40% des zones deviendraient inexploitables. Mieux ! l’Écosse et le Pays de Galles ont voté un moratoire sur leur territoire. Encore mieux : les riverains de futurs forages font obstruction. « Si le forage de chaque puits suscite un telle opposition, le modèle économique ne pourra plus tenir« , s’inquiète un spécialiste gazier.
_SCH_Pierre_NERNNYNouvelle_image_mEh oui, c’est bien ça le problème ! Dans nos vieux pays européens, tous d’une superficie bien plus réduite que celle des États-Unis, il ne sera pas si facile de forer comme là-bas 500 000 puits en un rien de temps. Ici, chaque arpent a une histoire, une culture, un propriétaire, des riverains. En France, la fracturation hydraulique n’a-t-elle pas été interdite en 2011 par les députés ? Le gouvernement actuel ne reste-t-il pas encore ferme sur ce sujet ? Les écolos ne restent-ils pas très vigilants, notamment sur le futur traité de libre-échange transatlantique (lequel devait instaurer des tribunaux supranationaux devant lesquels les pétroliers américains pourraient faire condamner cette loi hostile au gaz de schiste) ? Sans doute,mais…
Sarkozy, qui a retourné spectaculairement sa veste, se déclare aujourd’hui un farouche partisan des forages. Et aussi l’Institut Montaigne, à droite. Et le think tank Terra Nova, à gauche. Et une vingtaine de grands industriels, de Total à Solvay en passant par Arkema, viennent, lobbying oblige, de créer le Centre hydrocarbures non conventionnels*. Tous nous promettent un merveilleux eldorado, et des forages partout. Les zadistes ont de l’avenir…
* Lire : Gaz de schiste : les industriels s’unissent pour combattre le blocage français  ! ( Le Monde 29/01/2015 )

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