Retraites et complémentaires : les potions amères du MEDEF pour renflouer les caisses

Le Canard Enchaîné 18/02/2015 – Alain Guédé
Cette fois, il n’y a pas eu de préliminaires. Dès la première séance de négociations sur les retraites complémentaires, le mardi 17 février, le Medef a dégainé. Et ses propositions, sorties directement des calculs des ordinateurs, ne font pas dans la dentelle. 
Primo, l’âge minimum de départ serait porté à 64 ans (contre 62 aujourd’hui), pour les titulaires d’une carrière complète et à, 69 ans (67 aujourd’hui) pour les partants qui n’ont pas assez trimé et qui n’atteignent pas le nombre de trimestres requis. Secundo, un système de choix particulièrement agréable serait proposé au partant : ou bien il opte pour une retraite normale mais assortie d’une pension de réversion bien rabotée pour sa veuve ou son veuf, ou bien il accepte une retraite light, et, en échange, la réversion sera plus importante pour le survivant. Le patronat français est peuplé d’humanistes.
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Une provoc de plus ? Si le Medef persévère, la CGT menace déjà de sortir les banderoles. Il n’en demeure pas moins que la situation financière de ces caisses complémentaires est grave : leur besoin de financement atteint les 5 milliards. Les deux régimes qui les fédèrent, l’Arrco (pour l’ensemble des salariés) et l’Agirc (pour les cadres), ont largement puisé, ces dernières années, dans les bas de laine qu’ils s’étaient constitué jusqu’en 2008 pour les jours sombres. A partir de 2018 pour les cadres (et plus tard pour les autres), le risque sera grand de devoir choisir entre la peste d’une baisse des pensions et le choléra d’une augmentation des cotisations. Or, ces « complémentaires » si mal nommées représentent 60% des retraites des cadres et le tiers de celles des salariés de base.
Valls en embuscade
Cela fait un bail – depuis 1972, exactement – que les retraites complémentaires sont gérées paritairement et, donc indépendantes des finances du gouvernement. Pourtant, Valls et ses conseillers surveillent cette négociation comme d’autres lorgnaient le magot de Liliane Bettencourt. En effet, ou bien la discussion patronat-syndicats réussit miraculeusement, et, forcément, les salariés partiront plus tard qu’aujourd’hui, ce qui procurera de substantielles économies au régime général (et, donc, à la Sécu). Ou bien les discussions capotent, et le gouvernement envisage alors de prendre le contrôle de l’Agirc et de l’Arrco, qui possède encore 53 milliards de réserves.
A tout hasard, Valls avait demandé, en octobre, au Haut conseil du financement de la protection sociale une étude sur les avantages qu’aurait une telle prise en main par l’État. Et dire que le candidat Hollande voulait graver le dialogue social dans la Constitution ! 
maisonderetraitePendant que les brillants experts des comptes sociaux examinaient les finances du malade, la misère continue de faire des ravages chez les aspirants au repos proches de la fin de carrière. « Les deux tiers des gens qui demandent la liquidation de leur retraite n’ont plus de travail« , s’insurge un syndicaliste. Parmi eux, quelques dizaines de milliers bouclent leur deux dernières années de « carrière » avec une allocation de solidarité de 500 euros par mois. Si le patronat obtient gain de cause, ce sont quatre années entières qu’il leur faudra passer avec cette aumône.
En 2008, Sarkozy avait supprimé une « allocation d’équivalent retraite » qui s’ajoutait à l’allocation de solidarité pour offrir à tout chômeur âgé un pécule proche de sa future pension. Les socialistes pourraient, évidemment, rétablir cette mesure sociale réclamée par les syndicats. Mais, outre le coût sensible de ce projet, ils ne vont tout de même pas encourager l’oisiveté!

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