Charlie Hebdo. C’est reparti !

L’Humanité – 20 février 2014 – Latifa Madani
La une de «Charlie hebdo» en vente mercredi 25 février.
« Charlie Hebdo » sera dans les kiosques le 25 février. avec une ligne éditoriale inchangée, l’équipe promet une nouvelle édition du « journal irresponsable » drôle et percutante, même si rien ne sera plus comme avant l’attentat du 7 janvier et la disparition de dessinateurs des plus talentueux.
Depuis les attentats du 7 janvier et le numéro exceptionnel « des survivants » (distr ibué à plus de 7 m i l l ions d’exemplaires), il faut faire le numéro de l’après et aussi les suivants, chaque semaine. Cela fait trois mercredis que l’équipe de « Charlie Hebdo » tient sa conférence de rédaction dans la salle du hublot, ultrasécurisée, de « Libération », où elle est hébergée provisoirement.
Tous les rescapés ont répondu présent, chacun à son rythme. Ils discutent: qu’est-ce qu’on fait ? Où on va ? Ils analysent, veulent comprendre. Ça gamberge beaucoup.
« Pas sur la ligne éditoriale, affirme Gérard Biard, le rédacteur en chef.
On ne s’est jamais rien interdit de dire et de dessiner, on va continuer, sinon on ne serait plus nous mêmes, on ne serait pas là. Mais il y a des interrogations sur comment on continue. »
C’est qu’il faut faire un journal drôle, percutant, léger, quand la tête et le cœur sont lourds, le traumatisme et les plaies toujours à vif. Le faire dans une nouvelle vie qu’impose la protection policière: « Faire un journal entourés de flics, c’est quand même particulier », témoigne le journaliste Laurent Léger.Libertaire et libertinSur leurs épaules et au bout de leurs stylos, il y a le poids du vide que laissent les absents: Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, Oncle Bernard, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad. Il y a le poids du symbole, d’un « Charlie » qui leur échappe et qu’il va falloir se réapproprier. Le poids du numéro 1179 tant attendu et ses 220 000 abonnés contre 10 000 auparavant.
« On est conscient qu’on va être au centre de l’actualité du 25 février. Il faut que ce numéro représente ce qu’on est, on va donc parler de nous, et qu’il soit, comme il l’a toujours été, en prise directe sur l’actualité », explique le rédacteur en chef. Le lecteur y retrouvera ses 16 pages avec ses rubriques habituelles – politique, économique, culturelle – et de nouvelles signatures. Ils ne savent pas encore si les blessés toujours hospitalisés (Philippe Lançon, Fabrice Nicolino, Simon Fieschi) y participeront. « On fera en sorte qu’ils puissent écrire s’ils le souhaitent. Et s’ils le peuvent. » Quoi qu’il en soit, le prochain numéro, « ce sera “ Charlie ” », assure-t-il.
Car ils y tiennent à l’identité du journal, « libertaire et parfois libertin » selon les mots de Patrick Pelloux. Et toujours à se moquer des puissants, c’est ça l’important, ajoute-t-il.Comment rester « Charlie » et faire un nouveau « Charlie » quand « il n’y a plus rien d’évident », avoue le chroniqueur d ’« Histoire d’urgences »: « C’est comme marcher au bord du vide. Si vous savez que vous devez franchir un col difficile, faut pas regarder sinon vous tombez. » Le vide est incommensurable.
« Avec la moitié de l’équipe en moins, des immenses talents qui ne sont plus là, c’est plus le même “ Charlie ”, parce que “ Charlie ”, c’est le dessin avant tout », estime Laurent Léger, en dansant sur un pied. Il va falloir pourtant recruter. Gérard Biard ne cache pas son inquiétude. « Pas pour les plumes, pas pour les journalistes. Mais pour les dessins. C’est une autre exigence, un autre travail. On va essayer de trouver de nouveaux talents, c’est assez long, et d’autres collaborateurs pour renforcer l’équipe de dessinateurs qui a été décimée. » Des dessinateurs de talent pour assurer la continuité, l’enjeu de la survie de « Charlie Hebdo » est là désormais, et non plus, pour le moment, sur les ressources financières, estimées à près de 30 millions d’euros.
Il y a aussi la question du local. Ils recherchent activement. En trouver un qui convienne au dispositif de sécurité. « On n’est pas chez nous.
Faut qu’on prenne nos marques.
Mais, estime Gérard Biard, c’est difficile en dansant sur un pied. «Ils savent qu’ils sont dans un provisoire qui va durer.  On va faire le journal de la transition pour redémarrer, pour se remettre dans le bain, essayer de se reconstruire », confie Laurent Léger. Il est question d’une nouvelle formule, mais pas avant la rentrée, « c’est encore trop tôt, faut qu’on retrouve le rire, ça va demander du temps».
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