Pas moins de cinq relaxes requises dans l’affaire Bettencourt

Le Canard Enchaîné du 25/02/2015 – D.S.
Cinq relaxes requises, dont celle d’Eric Woerth* par le procureur de Bordeaux dans l’affaire Bettencourt, avec ses dix prévenus. Egalement relaxe « pure et simple »  de DSK réclamée par le procureur de Lille, qui a lancé, ironique : « Un homme puissant serait-il forcément coupable ? » Une gifle aux juges d’instruction, un résumé des critiques entendues  et qui courent dans les palais de justice : « Enivrés d’eux-mêmes, certains juges ont pensé se faire un nom en se faisant des célébrités, et ils jouent aux shérifs…« 

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Ainsi également de la retentissante mise en examen, pour abus de faiblesse, de Nicolas Sarkozy à Bordeaux en mars 2013, suivie d’un non-lieu, sans aucune investigation supplémentaire ni évènement nouveau. « C’était ridicule, ça a décrédibilisé l’ensemble de l’enquête ! » se désole un haut magistrat.
A Lille, la mise en examen de DSK pour proxénétisme aggravé après trois ans d’instruction, a débouché sur une ordonnance de 210 pages, quasiment classée X, détaillant complaisamment des pratiques sexuelles que les juges affirment pourtant, naïvement, « réservées aux prostituées« .
« Cela en dit plus sur la sexualité des juges que sur celle de mon client ! » a moqué, en plaidant, Henri Leclerc, avocat de DSK. De méchantes langues ricanent à propos de ces trois juges lillois qui ont prononcé la relaxe, dont les fenêtres des bureaux surplombaient « Sucette Boulevard », surnom donné à l’avenue où se trouve le tribunal, haut lieu de la prostitution lilloise : « Les vrais réseaux mafieux, ils étaient là, sous leur nez ! » « Comment ont-ils pu dériver comme cela ? s’effraie un juge d’instruction.
Sur le papier, pourtant, des contre-pouvoirs existent Si tout se passait comme dans les manuels de droit, les chambres de l’instruction contrôleraient le travail des juges. Mais elles ne remplissent leur rôle que très exceptionnellement, se contentant paresseusement de tout entériner.
Lors du naufrage judiciaire d’Outreau, ce laisser-faire avait été vilipendé, chacun avait juré que tout allait changer. Mais tout a continué comme avant.
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* Dans une autre affaire jugée en décembre 2014 après quatre ans de procédure, l’ex-ministre UMP, aujourd’hui député, était notamment accusé d’avoir sous-évalué le prix de cession du domaine de l’hippodrome de Compiègne. Il a en effet été vendu 2,5 millions d’euros alors que certaines estimations lui donnaient une valeur de 13 millions d’euros. Ses détracteurs l’accusaient d’avoir bradé l’hippodrome au profit de la Société des courses de Compiègne (SCC), jusqu’alors locataire. Verdict des juges : non-lieu pour Eric Woerth… 

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