France Inter – Clash Guetta / Cohen contre Philippot sur : 3 mensonges du leader FN

 L’Obs 26-02-2015 Par Thierry de Cabarrus 
PLUS. Invité de la matinale de France Inter, le numéro 2 du Front national Florian Philippot a été pris trois fois en flagrant délit de mensonge par le journaliste Patrick Cohen et son chroniqueur Bernard Guetta.
thierry Cabarrus
Décryptage d’une confrontation saignante avec notre chroniqueur Thierry de Cabarrus. Chroniqueur politique
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Florian Philippot s’est accroché avec Patrick Cohen et Bernard Guetta sur France Inter le 26 février 2015. (Capture d’écran)
 C’était une matinée rock’n’roll, ce jeudi matin, sur France Inter avec, sur la piste de danse, Patrick Cohen qui avait invité à son 7/9 Florian Philippot, le vice-président du Front national.
 Comme il fallait s’y attendre, la confrontation s’est avérée particulièrement sportive, de quoi réveiller les auditeurs encore endormis à côté de leur poste de radio.
 Une confrontation très édifiante aussi, puisque Florian Philippot, en grande forme à en juger par l’extraordinaire débit de ses propos outranciers, s’est retrouvé piégé à plusieurs reprises, pris en flagrant délit de mensonge par un Patrick Cohen qui n’entendait pas lui laisser débiter ses contre-vérités sans réagir.
 1er mensonge : les candidats FN sont comme les autres
 Le numéro 2 du Front national a eu beau dire et répéter que son parti présente plus de 7600 candidats aux prochaines élections cantonales, et que l’immense majorité d’entre eux sont « comme vous et moi, Monsieur Cohen », ce dernier a évidemment raison de le stopper net dans cet insupportable élan d’auto congratulation.
 Et le journaliste d’entamer la longue liste des candidats d’extrême-droite qui sont loin d’être « irréprochables », avec, notamment des racistes, des cathos intégristes ou des homophobes qui, par exemple, ont pu tenir des propos condamnables sur les réseaux sociaux.
 Un peu déstabilisé, voilà Florian Philippot qui tente d’allumer un contre-feu à ce réquisitoire en citant à plusieurs reprises, histoire de faire nombre, le cas d’un candidat « UMPS » condamné pour avoir « fait brûler des caravanes de Roms ».
Une défense fragile qui n’ empêche pas le journaliste de poursuivre et de conclure ce chapitre par cette formule magistrale qui, un instant, a déstabilisé son invité :  « Monsieur Philippot, comment expliquez-vous que le Front national attire autant de dingues ? »
 2e mensonge : le FN représente un Français sur 3
 Reprenant enfin ses esprits, Florian Philippot déroule alors un discours victimaire bien rodé, qui voudrait que lorsqu’on remet en cause ses mensonges, c’est son électorat que l’on traiterait de menteur.  C’est ainsi qu’il accuse Patrick Cohen d’ »insulter un Français sur trois » puisque, a-t-il tenu à préciser, son parti représenterait désormais un Français sur trois.
 Là encore, il s’agit d’une contre-vérité que Patrick Cohen, avec calme et néanmoins un professionnalisme impeccable, relève aussitôt.
 L’animateur du 7/9 rappelle que cette affirmation est un slogan mensonger et lui oppose une réalité moins flamboyante : un Français sur 10 a voté FN aux européennes, ce qui est déjà trop.  Car si le FN a obtenu près de 25% des voix (loin devant l’UMP à 20% et le PS à 14%), ce résultat ne tient pas compte des abstentionnistes qui, en mai dernier, représentaient près de 60% du nombre des inscrits.
Surpris de cette contestation, somme toute, parfaitement recevable, Florian Philippot choisit alors de faire machine arrière et de reconnaître cette contre-vérité, non sans tenter de tacler au passage l’UMP qui, elle, ne représente plus « qu’un Français sur 15 ».
 3e mensonge : l’Ukraine est dirigée par des nazis
 Pas de doute, Patrick Cohen est à son meilleur, jeudi matin sur France Inter, à la fois sans concession avec son invité mais également soucieux de ne pas tomber dans un match de boxe ou une confrontation qui risquerait de tourner à la foire d’empoigne.
 C’est ainsi qu’il se paye le luxe de stopper un clash autrement plus violent que ces deux escarmouches, et qui oppose, quelques instants plus tard, Florian Philippot à Bernard Guetta, le spécialiste de la politique étrangère sur France Inter.
Après avoir exprimé sa sympathie pour Vladimir Poutine et pour les séparatistes ukrainiens, le numéro 2 du FN fait bondir le journaliste de « géopolitique » en balançant à l’antenne que l’Ukraine est dirigée par… « des nazis ».
 « Vous ne pouvez pas dire ça ! », l’interrompt alors vertement le journaliste en expliquant qu’aujourd’hui, et après les législatives de 2014, l’extrême-droite ukrainienne représente « moins que l’extrême-droite en France ».
 Il s’agit à l’évidence d’une formidable exagération et Florian Philippot, sans doute conscient d’aller très loin, tente de la faire oublier en allumant un écran de fumée.
  Voilà qu’il accuse soudain Bernard Guetta de relayer « la propagande américaine », entraînant cette fois la réaction de Patrick Cohen qui, du tac au tac, lui fait le reproche symétrique de faire ‘la propagande russe ‘.
 Guetta maladroit, Cohen rattrape le coup
 Bernard Guetta, tout à son sujet avec la certitude du spécialiste qui a planché sur la question du nazisme en Ukraine, pense pouvoir clore le débat en expliquant qu’il appuie ses déclarations sur « des résultats électoraux » irréfutables : l’extrême-droite ne représente pas, loin de là, le poids annoncé par Florian Philippot.
 Sauf que, manifestement, cela ne suffit pas au numéro 2 du FN qui, oubliant les « nazis », recommence à accuser le journaliste d’être à la solde des États-Unis, notamment au moment de l’intervention américaine en Irak.
 Touché dans son honneur de journaliste, Guetta s’enflamme alors, se justifie et, sûr de son bon droit, finit par lancer cette injonction maladroite à l’invité de France Inter : « Si Monsieur Philippot peut se taire plutôt, Patrick ! »
 Erreur évidente, car le frontiste a beau jeu de dire qu’ »un journaliste qui dit à un homme politique ‘taisez-vous !’, c’est très esprit du 11Janvier ! »
 À cet instant, on peut se demander ce que vient faire cette allusion à l’unité nationale liée aux attentats dans une interview, sinon à faire oublier tout le reste.
 Patrick Cohen, qui parvient à ramener le calme dans le studio de France Inter, a, il me semble, plutôt réussi sa mission de journaliste : à savoir, débusquer sous la faconde et la rhétorique d’un débatteur efficace, quelques-une des énormes contre-vérités que le FN assène en permanence à la radio et à la télévision.
 Après le mensonge sur le caractère « irréprochable » des candidats FN, après le mensonge sur la proportion des Français qui votent à l’extrême-droite, « les nazis au pouvoir en Ukraine » sont le troisième gros mensonge de Philippot en moins d’une demi-heure. Un record. 
Édité par Louise Pothier

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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