Russie – Boris Nemtsov victime d’un climat de haine

LE MONDE | 02.03.2015

Boris Nemtsov : « Poutine m’a tuer »

Si le passé est une leçon, on ne saura probablement jamais qui a donné l’ordre de tuer Boris Nemtsov, le 27 février, à la veille d’une manifestation dont il devait prendre la tête contre la guerre en Ukraine.
Pas plus qu’on n’a jamais su qui avait donné l’ordre de tuer la journaliste Anna Politkovskaïa, tuée elle aussi de plusieurs balles, en 2006, alors qu’elle enquêtait sur la guerre en Tchétchénie. La justice politique russe de l’ère Poutine ne s’embarrasse pas de ce genre de règles de droit. Quelques hommes de main seront, un jour, envoyés en camp de travail. On n’en saura pas plus.

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Ce que l’on sait aujourd’hui suffit, pourtant, à établir un jugement, sinon pénal, du moins moral. Boris Nemtsov, qui avait 55 ans, n’était pas un héritier du soviétisme. C’était un authentique démocrate, un homme qui croyait en l’universalité des valeurs de liberté et de pluralisme. Pour lui, ces valeurs n’étaient ni négociables ni adaptables à de prétendues traditions locales.
Gouverneur régional puis vice-premier ministre sous Boris Eltsine, il s’était progressivement transformé, en quinze ans de règne de Vladimir Poutine, en adversaire électoral, puis en opposant, enfin en dissident. La courbe de l’évolution de son statut épouse fidèlement celle du régime politique de la Russie. « Il y a trois ans, confiait-il tout récemment au Financial Times, nous étions une opposition. Aujourd’hui, nous ne sommes plus guère que des dissidents. Notre tâche est de réorganiser une véritable opposition. »
Climat de haine
Aussi ténue fût-elle, cette chance, visiblement, ne pouvait lui être laissée. Pour la propagande télévisée, Boris Nemtsov n’était même pas un dissident : il était un « traître », membre d’une « cinquième colonne » que le président Poutine n’hésite pas à dénoncer lui-même. Un tel climat de sectarisme, d’intolérance, de mensonge, de répression et de violence politique a été progressivement instauré en Russie que l’opposition aujourd’hui n’y est plus seulement, en 2015, une forme d’expression :
être opposant aujourd’hui en Russie, c’est faire preuve d’un immense courage. C’est aussi risquer sa vie.
Les vrais responsables de l’assassinat de Boris Nemtsov sont ceux qui ont présidé, délibérément, à l’instauration de ce climat de haine.

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L’hommage de Moscovites à l’opposant Boris Nemtsov assassiné vendredi 27 février. MARIA TURCHENKOVA POUR « LE MONDE
Plusieurs dizaines de milliers de Moscovites ont pourtant eu, dimanche 1er mars, le courage de manifester leur indignation face à de telles méthodes. L’autre figure emblématique de la maigre opposition russe, Alexeï Navalny, n’a pas pu défiler avec eux, les autorités ayant pris la précaution de l’emprisonner pour deux semaines.
Ceux qui, en Europe – et ils sont nombreux chez les responsables politiques français –, prêchent l’indulgence pour M. Poutine feraient mieux, s’ils aiment vraiment la Russie, d’ouvrir les yeux. Et d’user de leur influence auprès de lui, lors de leurs multiples voyages à Moscou, pour obtenir l’abandon de ce mode de gouvernance, mafieux, odieux et indigne d’un grand pays.
Lire aussi : Ce que l’on sait du meurtre de l’opposant russe Boris Nemtsov

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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