Aube – Cauval : les déboires du leader français du meuble; en jeu, près de 3 000 emplois directs, dont 1 800 en France.

 LE MONDE ECONOMIE | 03.03.2015
Le sort de Cauval, le leader français du meuble, suspendu à une médiation

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Dans l’Aube, l’incertitude des salariés est grande : vendredi 27 février, Cauval a annoncé à ses salariés qu’ils ne recevraient, dans l’immédiat, que la moitié de leur paie de février. Canal32 (impression d’écran du reportage du 27/02/2015)
Tombera, tombera pas ? A Bar-sur-Aube (Aube) comme dans les autres sites du groupe Cauval, le personnel, les élus, les fournisseurs et les sous-traitants retiennent leur souffle. Le leader français du meuble, connu pour ses marques Dunlopillo, Tréca ou encore Simmons, est sur la corde raide. Il risque de déposer le bilan d’un jour à l’autre. Ce serait l’une des plus importantes faillites des derniers mois.

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En jeu, près de 3 000 emplois directs, dont 1 800 en France. Un signe de plus de la fragilité de la filière du meuble, après le démantèlement en 2014 du groupe Mobilier européen (Fly, Atlas et Crozatier).
Les dirigeants de Cauval avaient tout préparé pour se déclarer en cessation de paiements dès lundi 2 mars. « C’est ce qu’ils nous avaient annoncé en comité d’entreprise », indique Moustapha Mamouri, délégué syndical CGT à Bar-sur-Aube. Les syndicats ont alors immédiatement appelé les responsables politiques à la rescousse. Dans l’Aube, deux manifestations ont eu lieu en deux jours. Bercy s’est mobilisé.
Si bien que, dans le courant de la semaine dernière, le projet a été suspendu, le temps d’explorer une dernière solution : une médiation entre Cauval et But, son deuxième grand client. Le grave conflit entre les deux groupes est la cause immédiate des difficultés actuelles, selon Cauval. Un accord de paix pourrait éviter la faillite.
Un conflit noué il y a plusieurs années
Les deux groupes se retrouveront mardi matin 3 mars rue de Richelieu, à Paris, dans les bureaux de la médiation interentreprises. Dans 80 % des cas, les médiations débouchent sur des accords. Mais les litiges sont souvent pris plus en amont. Cette fois-ci, il faudra démêler dans l’urgence un conflit complexe, noué apparemment il y a plusieurs années. « Dans ce genre de cas, il est essentiel de desserrer la contrainte de temps, pour ne pas négocier sous une énorme pression », glisse un habitué des problèmes de ce type. Or, en l’occurrence, chaque heure qui s’écoule compte. Vendredi 27 février, Cauval a annoncé à ses salariés qu’ils ne recevraient, dans l’immédiat, que la moitié de leur paie de février. La trésorerie est à sec.
Fondé au début des années 1990 par l’homme d’affaires Gilbert Wahnich et son avocat Gilles Silberman, deux « mousquetaires » qui avaient fait leurs armes grâce au Crédit lyonnais et à sa filiale Altus, Cauval a d’abord connu des heures glorieuses, en réunissant dans le même portefeuille plusieurs marques fameuses. Depuis plusieurs années, cependant, l’entreprise est en permanence à court d’argent, et les pouvoirs publics redoutent le pire, tout en ayant du mal à y voir clair dans l’écheveau des sociétés qui forment le groupe.
En 2008, la situation devient si tendue que Cauval est placé en procédure de sauvegarde. La faute à la crise financière qui bloque le renouvellement des crédits. Mais aussi à la difficulté de produire en France des articles parfois peu chers, et à la pression de la grande distribution, toute puissante dans ce secteur.
Le marché le mieux orienté du meuble : la literie
En 2010, les mesures prises semblent porter leurs fruits, et Cauval sort de la sauvegarde. Il paye ses créanciers en temps et en heure. Mais l’année 2011 se trouve compliquée par un conflit avec le premier client du groupe, Conforama. Et en octobre 2012, Cauval dépose le bilan de sa filiale spécialisée dans les canapés d’entrée de gamme, qu’il n’arrive pas à sortir du rouge. L’entreprise se concentre alors essentiellement sur la literie, sa branche maîtresse.
Plutôt un bon choix, a priori : Cauval est le leader européen du métier, et la literie est le marché le mieux orienté du meuble.
Le groupe de MM. Wahnich et Silberman n’arrive pas à s’en sortir pour autant, et peine à payer tant l’URSSAF que certains fournisseurs. C’est semble-t-il la raison du litige avec But. « Depuis des années, Cauval manque de trésorerie et n’arrive pas à produire ce qu’il doit nous livrer, explique Frank Maassen, le patron de But. Cela se traduit par des retards de livraison, et nous cause de gros soucis. »
« Une campagne de déstabilisation »Silberman a une autre vision des faits. Pour lui, But n’est pas la victime, mais le coupable. « Ces dernières années, Cauval s’est profondément restructuré, explique-t-il. Nous avons changé de métier, et l’effectif a diminué de plus de 3 500 personnes. Un accord a été trouvé avec les pouvoirs publics sur nos dettes fiscales et sociales. Nous avons de meilleurs chiffres que le marché. Tous les voyants étaient donc au vert, quand nous avons découvert en décembre le problème avec But. »
Selon lui, But a brutalement baissé ses commandes auprès de Cauval et entamé une « campagne de déstabilisation » pour « acculer le groupe à la faillite en vue de récupérer l’entreprise ou même simplement ses marques à l’encan, à la barre du tribunal », a-t-il expliqué à Mediapart. Des manœuvres violemment démenties par But. « Nous sommes prêts à continuer avec Cauval, nous ne les boycottons pas et ne voulons pas les racheter, assure son directeur. Mais nous ne sommes pas responsables de leurs difficultés de trésorerie. Tout ce que nous voulons, c’est être livrés en temps et en heure. A eux de résoudre leurs problèmes ! » Le médiateur parviendra-t-il à réconcilier les points de vue ? Réponse dans les prochains jours.
Denis Cosnard Journaliste au Monde

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Cauval : Marche silencieuse

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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