Ukraine-Russie : Moscou aurait planifié la crise ukrainienne

poutine courrier Internatioanl1218-CAPDEVILLACourrier international 25/02/2015
D’après le journal russe d’opposition Novaïa Gazeta, le Kremlin aurait envisagé il y a un an, avant le départ de l’ex-président ukrainien Ianoukovitch, un plan pour déstabiliser l’Ukraine.
Il s’agit d’un document secret, publié le 24 février par le quotidien russe Novaïa Gazeta, qui montre que le Kremlin aurait planifié, avant même le départ de Kiev de l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch en février 2014, une guerre en Crimée et dans le Donbass.
Le journal explique avoir pu consulter ce document, « un mémorandum rédigé par un groupe proche du Kremlin », note Interpretermag, site russe d’opposition lié à Mikhaïl Khodorkovski, ancien oligarque emprisonné pendant dix ans avant d’être gracié par Vladimir Poutine en décembre 2013. Parmi les auteurs du document, Novaïa Gazeta cite Konstantin Malofeev, riche homme d’affaires accusé par l’Europe de financer les séparatistes en Ukraine.

Coïncidences frappantes

Le document, très cynique, est organisé en sept points, allant de la « nécessité de reconnaître la faillite du président Ianoukovitch », qui perdait alors « le contrôle sur le processus politique » à Kiev, à l’impératif d’adopter « une politique plus pragmatique vis-à-vis de l’Ukraine », en passant par « l’importance d’organiser une campagne de relations publiques dans les presses russe et ukrainienne à propos de ces événements [la séparation de l’est de l’Ukraine et de la Crimée du régime de Kiev] ».

Il s’agit d’une « justification, étape par étape, […] de l’interférence de la Russie dans les affaires ukrainiennes », fait observer Novaïa Gazeta, qui note que, « même si le déroulement actuel de la crise ukrainienne a apporté quelques correctifs au plan, celui-ci présente des coïncidences particulièrement frappantes avec les actions entreprises par le gouvernement russe ».

Au moment où les Ukrainiens commémorent le premier anniversaire de la révolution de Maïdan, à Kiev, le 21 février 2015, une manifestation « anti-Maïdan » est organisée à Saint-Pétersbourg en soutien à la politique de Vladimir Poutine. MAXIM ZMEYEV/REUTERS

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Ukraine – La note qui pressait le Kremlin d’annexer la Crimée

LE MONDE | 26.02.2015

Le document qui a inspiré la stratégie du Kremlin sur l’Ukraine

Deux semaines avant la fuite de l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, une note, remise au Kremlin « entre le 4 et le 12 février 2014 », incitait Moscou à lancer une vaste opération de déstabilisation en Ukraine avec, comme principal objectif, la « fédéralisation » du pays et le rattachement de plusieurs régions à la Russie – dont la Crimée –, sous le couvert d’organisations de référendums. L’authenticité de ce document, publié mercredi 25 février par le journal russe indépendant Novaïa Gazeta, ne peut être prouvée, mais son contenu résonne étrangement avec la politique défendue par Vladimir Poutine.
Cette note évaluait la situation, il y a un an, sous un jour cynique en prônant notamment une intervention rapide de la Russie pour ne pas perdre « le contrôle du marché de l’énergie en Ukraine ». Selon Novaïa Gazeta, le riche homme d’affaires russe orthodoxe Konstantin Malofeev, accusé en Occident d’avoir financé les séparatistes prorusses et de ce fait visé par les sanctions internationales, aurait fait partie de ses rédacteurs. Son service de presse a catégoriquement démenti et fait savoir que l’oligarque russe pourrait intenter des poursuites en justice. Mercredi soir, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a également réagi en qualifiant la publication de ce texte d’« absurdités habituelles de ce journal ».
Ianoukovitch, « homme de faible qualité morale »
Organisé en sept points, le document, qui n’est sans doute pas unique, commence par dresser le constat d’une « faillite » de l’ancien régime ukrainien incarné par Viktor Ianoukovitch « qui perd le contrôle de la situation ». Les auteurs ne sont pas tendres avec l’ancien dirigeant ukrainien, décrit comme « un homme de faible qualité morale (…) prêt à échanger les siloviki” [terme qui désigne l’ensemble des services de sécurité] contre la garantie de garder son poste et son immunité ». « La paralysie du gouvernement central et l’absence d’une entité politique claire avec laquelle la fédération de Russie pourrait négocier » est jugée d’autant plus inquiétante pour Moscou que la « probabilité » de l’émergence d’un autre interlocuteur apparaît « faible » après les élections présidentielle et législatives anticipées annoncées par le président ukrainien le 4 février. « Si, en Russie, le poids des oligarques est équilibré par celui d’une puissante classe de fonctionnaires, note le rapport, en Ukraine, l’appareil d’Etat est beaucoup plus faible que l’oligarchie. » Or les hommes d’affaires ukrainiens ne soutiennent plus le régime mais le combattent, à l’image du richissime Rinat Akhmetov, cité ici avec d’autres.
Les positions de Gazprom « en danger »

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 Par Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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