Russie : Le kremlin accuse de plus en plus ouvertement l’Occident d’avoir fait assassiner l’opposant Boris Nemtsov

Le Monde | 06.03.2015 |

La stratégie du complot permanent

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La théorie du complot prend de l’ampleur à Moscou. Bien que l’enquête sur l’assassinat de l’opposant Boris Nemtsov, tué par balles en plein cœur de la capitale russe le 27 février, n’ait, pour l’heure, fourni encore aucune piste, le pouvoir russe n’hésite pas à désigner de plus en plus ouvertement son commanditaire : l’Occident, accusé de vouloir « déstabiliser la Russie ». « Le scénario est pratiquement le même partout. On tue une figure de l’opposition pour jouer sur l’émotion et déclencher des émeutes de rue, comme en Syrie, en Irak, en Libye, et en Ukraine », ont déclaré, jeudi 5 mars, dans les locaux de la plus grande agence de presse russe, les animateurs du mouvement Anti-Maïdan, hostile au pouvoir ukrainien et proche du Kremlin. « Nous devons prêter une plus grande attention aux crimes de grande envergure, y compris ceux qui ont un fond politique », avait exhorté, la veille, Vladimir Poutine.

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Devant les responsables du ministère de l’intérieur réunis au grand complet et en uniforme, mercredi, le président russe a qualifié de « honte » et de « tragédie », le « meurtre audacieux » de Boris Nemtsov. Dans la foulée, le chef du Kremlin, qui est apparu les traits tirés, a mis en avant son « inquiétude » sur les « extrémistes qui empoisonnent la société par leur militantisme nationaliste, leur intolérance et leurs agressions », avant de préciser : « A quoi cela peut-il mener ? On le sait bien en regardant l’exemple de notre voisin ukrainien. »
« Victime sacrificielle »
Le ton avait déjà été donné dans les heures qui ont suivi la mort de Boris Nemtsov, présentée par le porte-parole du Kremlin comme une « provocation » et l’opposant comme une « victime sacrificielle » par une autre source officielle. Comprendre : l’opposant aurait été « sacrifié » par son propre camp dans le but de fragiliser le pouvoir russe. Cette thèse était reprise le lendemain même du meurtre par Ramzan Kadyrov, le président de la Tchétchénie, sur son compte Instagram. « Il n’y a aucun doute que l’assassinat de Nemtsov a été organisé par les services spéciaux de l’Occident qui cherchent par tous les moyens à provoquer un conflit intérieur en Russie. C’est leur pratique. D’abord, ils approchent la personne, la désignent comme un ami des Etats-Unis et de l’Europe, et puis ils la sacrifient. »
vladimir Poutine Courrier Inter« L’activité des extrémistes devient de plus en plus sophistiquée », a souligné, mercredi, devant les forces de sécurité le chef de l’Etat, en décrivant « l’utilisation de méthodes »« des actions illégales dans les rues jusqu’à la propagande de la haine sur les réseaux sociaux » – destinées « à provoquer des émeutes » et, à saper, « en fin de compte, la souveraineté de la Russie ». « Il faut immédiatement réagir », poursuivait Vladimir Poutine en incitant les forces de sécurité à davantage s’appuyer sur les droujiniki. Auxiliaires civils volontaires de la police du temps de l’URSS, ces derniers ont été remis au goût du jour il y a moins d’un an, dans une loi portant sur « la participation des citoyens dans la défense de la sécurité publique » promulguée le 2 avril 2014. Ils étaient déjà visibles avec leurs brassards lors de la marche organisée à Moscou le 1er mars en mémoire de Boris Nemtsov, qui a attiré des dizaines de milliers de Russes, et dont ils assuraient le « service d’ordre ».
Contre-feux
Médias, « experts » et partisans du pouvoir sont ainsi mis à contribution pour allumer des contre-feux alors que l’opposition dénonce le « climat de haine » créé par les partisans du pouvoir comme le responsable de cet assassinat politique, et sa mise en œuvre comme le travail de « professionnels ». Sur ce point, il y a consensus en Russie, mais pas dans la même direction. La télévision publique, où Boris Nemtsov était interdit d’antenne, consacre désormais du temps à la « victime sacrificielle ». De ce côté-ci, une seule piste : l’implication sans nuance de l’Occident, et des Etats-Unis en particulier.
« C’est une provocation bien planifiée, juste avant la manifestation [prévue à l’origine par l’opposition le 1er mars], tout près du Kremlin, sur la route qui mène à Bolotnaïa [lieu de grands rassemblements hostiles au pouvoir en 2011 et 2012], il n’y avait pas de meilleur endroit pour une victime sacrificielle. C’est la première du Maïdan en Russie (…) et il est tout à fait évident que c’est le travail des Etats-Unis », a lancé l’écrivain Nikolaï Starikov, l’un des représentants d’Anti-Maïdan. Créé au mois de janvier et soutenu par le Kremlin, ce mouvement repose sur quatre animateurs censés représenter la population : un intellectuel, Nikolaï Starikov, un politique, Dmitri Sabline, ex-député du parti au pouvoir Russie unie, aujourd’hui président de l’association des vétérans d’Afghanistan, un ouvrier, Alexeï Balniberdine, employé de la plus grande usine d’Oural, et Alexandre Zaldostanov, dit le « chirurgien », patron du groupe de motards « Les loups de la nuit », qui se déplace dans un véhicule militaire sur lequel est écrit « Pour la patrie, pour Staline ».
Haut en couleur, ce dernier qualifiait, à la sortie, les « méthodes occidentales pour détruire la Russie » de « nouvelle arme plus puissante qu’une bombe nucléaire ». « On ne restera pas sans réagir », prévenait-il, ajoutant : « La paix en Ukraine sera ramenée seulement par l’intégration avec la Russie. » « Lâchez-les [Ukrainiens] ! », enjoignait ce colosse à un journaliste occidental, avant de se radoucir vis-à-vis d’un autre : « La France a son propre point de vue, et nous allons inviter Marine Le Pen à un Bike Show” à Sébastopol. Elle me plaît beaucoup comme politique. »
Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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