Climat –  » Le Marais poitevin pourrait-t-il revenir à la mer  » ?

anrMaraisPoitevin.jpgbis
La Nouvelle République 12/03/2015
ILE DE REProfesseur/chercheur à l’université de La Rochelle, Éric Chaumillon est intervenu devant le Parc naturel sur les incidences côtières du réchauffement climatique.
Auteur de 50 publications de rang A dans des journaux internationaux, Éric Chaumillon, 49 ans, était l’invité du Parc naturel régional du Marais poitevin, lors de son assemblée générale budgétaire, mardi soir à Longèves (17). Chercheur en géologie marine du littoral, professeur à l’université de La Rochelle, ce spécialiste des comblements sédimentaires a répondu à nos questions.
EMBOUCHURE SEVRES + CHARRON
Le 28 février 2010, après le passage de Xynthia, le visage de la fin du Marais poitevin, avec Charron au second plan. – (Photo archives NR, Éric Pollet)

anr marais-Le_Vanneau-Passerelle

Gagné il a y 10 siècles par l’homme sur la mer, le Marais poitevin devra-t-il être rendu à l’océan pour redevenir l’ancien golfe des Pictons ?
« L’évolution du Marais poitevin est le fait de l’homme, mais pas que. On ne peut pas poldériser durablement des zones qui n’ont pas tendance à sédimenter. On sort de 1.000 ans de grands travaux hydrauliques et de 20 siècles de culture judéo-chrétienne où il était de bon ton de conquérir et soumettre la nature. On sait aujourd’hui qu’il faut composer avec elle. »

ILE DE RE

«  On ne pourra pas remonter les digues à l’infini  » La plus grande partie du Marais se trouve sous le niveau d’eau des plus hautes mers : le risque pour les 100.000 habitants sur les 100.000 ha de la 2e zone humide de France est-il le même que celui qui menace les îliens de Ré et d’Oléron ?

anrMarais_poitevin

« Il est le même, à la différence près que le Marais poitevin, où la densité de population est moindre, est à un niveau plus bas que celui des îles et se trouve plus vulnérable qu’elles. Privé d’apport sédimentaire comme dans tout polder et alors que la mer continue à monter, le Marais pourrait revenir à la mer. La défense des côtes envers et contre tout me semble absurde : on ne pourra pas remonter les digues à l’infini. »
Êtes-vous parmi ceux qui pronostiquent une montée des eaux d’un mètre d’ici à la fin du siècle ?
« Sans être un spécialiste, je me range plutôt dans le camp des pessimistes. Mais il subsiste encore beaucoup d’incertitudes sur la projection climatique, sur la capacité de notre société à limiter les gaz à effet de serre, sur la croissance de la population mondiale et sur la déglaciation. »
5.000 ans avant J-C, il s’est produit une forte avancée marine, alors qu’on ne parlait pas encore de réchauffement climatique. Le mouvement des océans n’est-il pas plus complexe qu’on l’imagine ?
« Il est acquis que l’océan monte d’un millimètre par an sur les côtes françaises. Nous vivons une période de transition planétaire, avec une accélération de la hausse du niveau des mers et, peut-être, un renversement de tendance lié à l’homme. L’ancien système régressif, marqué par un gain sur la mer, pourrait redevenir transgressif. D’où le rôle de sentinelle joué par les grands deltas (Mississipi, Nil, etc.). »
Faut-il s’attendre à des accidents climatiques de plus en plus fréquents, Xynthia n’ayant été en 2010 que la 15e tempête avec submersion majeure depuis 1518 ?
« Il faut relativiser Xynthia, se rappeler que la Charente-Maritime a vécu 46 submersions en 500 ans et que, depuis 1900, on a dépassé six fois les 4 m de norme NGF, soit 50 cm de plus que le niveau des plus fortes marées. Le pire scénario serait l’addition des 200 km/h en rafales rencontrés lors de la tempête Martin en 1999, du vent très sud et d’une houle très rapprochée imposés par Xynthia en 2010, des vagues de 24 m enregistrées en 1924 dans le golfe de Gascogne et de marées record. »
Coefficient de marée de 119 le 21 mars. En est-on réduit à allumer un cierge pour espérer une mer calme avec absence de vent ?
« Un régime d’ouest doit se mettre en place le 19. La plus importante hauteur d’eau interviendra le 21 à 5 h 14, lors de la pleine mer à La Rochelle, avec 6,80 m de cote marine (3,30 m NGF). Les croyants sont libres d’exprimer leur foi… »

anrmarais563

nr.niort@nrco.fr  Propos recueillis par Daniel Dartigues Deux-Sèvres

anrmarais-poitevin.jpg carte

Les Américains prévoient Ré sous l’eau
La Nouvelle République 12/03/2015
La France intéresse les Américains, pas seulement pour sa capitale, sa Loire Valley et sa gastronomie.
Des chercheurs de l’université de Harvard ont constaté une accélération significative de la montée du niveau de la mer. Au cours des vingt dernières années, la hausse a été 25 % plus forte que ce qui avait été prévu. En se fiant aux mesures de 600 marégraphes, l’équipe a constaté qu’après avoir gagné 1,2 millimètre par an entre 1901 et 1990, l’océan venait de monter de 3 mm annuels entre 1993 et 2010. Le réchauffement climatique génère une fonte des glaciers et une dilatation thermique des océans. Désormais, les projections jugées hier les plus pessimistes paraissent aujourd’hui raisonnables. Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat considère que la hausse totale du niveau des mers au XXIe siècle sera comprise entre 28 et 98 centimètres : une fourchette déjà réactualisée par rapport aux projections de 2007 – qui prévoyaient entre 18 et 59 cm supplémentaires – et qui pourrait être revue une nouvelle fois à la hausse. Une augmentation d’un mètre d’ici à la fin de ce siècle fait figure de perspective de moins en moins hypothétique.
A ce rythme, si rien n’est fait, ce sont notamment l’île de Ré, l’île d’Oléron, l’estuaire de la Loire, le Marais poitevin et une partie du Bassin d’Arcachon qui seront bientôt sous les eaux.

Ile de Ré carte21a

ile d oléroncarte1

estuaire Loireberg_13_carte1-f8777

bassin-arcachon

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Ecologie, Nature, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.