Insolite à Brest – A la maison de retraite, une perruche contre Alzheimer

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Voilà un animal pas banal comme thérapie !
« Qu’elle est belle ! » s’émerveille Jeanne. « Et mignonne ! », ajoute Marie-Gabrielle. « Très sage… », apprécie Marie-Francine. « Elle », c’est Martiale, la perruche. À lui seul, le petit animal ailé éclaire la vie de ces personnes âgées, malades d’Alzheimer. Pas dans sa cage, en toute liberté.
Ce jeudi, c’est l’heure du café à Ker Digemer, établissement des Amitiés d’Armor, à Brest. Sur la nappe jaune, la perruche marche, se dandine, s’arrête pour manger du pain. Dans une assiette remplie d’eau, elle boit quelques gouttes ou… prend son bain. Pour le plus grand bonheur des personnes qui n’en perdent pas une miette.
 « On ne la sent pas quand on l’a sur l’épaule »
Puis, Martiale volette sur l’épaule de Jeanne ! « Elle m’aime bien », sourit fièrement la vieille dame, une lueur de bonheur dans les yeux. Elle est si jolie, avec son élégante huppe grise et ses joues délicatement orangées ! La perruche calopsitte est grande de 32 cm mais ne pèse qu’une centaine de grammes. « On ne la sent pas quand on l’a sur l’épaule », souligne Chantal, aide-soignante et animatrice.
C’est un compagnon étonnant, aussi affectueux qu’un chien ou un chat. Martiale adore qu’on la grattouille sur la « nuque ». « Pour la faire venir, on met un doigt sur la table et elle vient poser son front. Parfois, c’est elle-même qui sollicite ». C’est alors un moment de tendresse extraordinaire… « Un plaisir ! » reconnaît Marie-Gabrielle.
« Stimuler les facults mentales »
Voilà un an que Martiale a pris ses aises à Ker Digemer. Au nouveau Pôle d’activités de soins adaptés (Pasa), dédié aux malades d’Alzheimer.Cette maladie des neurones entraîne une perte progressive des fonctions mentales, comme la mémoire. « Notre objectif, c’est de stimuler les facultés mentales pour freiner la dégénérescence », explique Elodie Michallat, psychologue.
Dominique, leur papa

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La perruche a été « élevée » par le docteur brestois Dominique Beau, passionné par les oiseaux
Les malades passent leur journée dans la grande salle à manger familiale, en petits groupes. Elles font la cuisine, mangent, pratiquent la peinture ou l’art floral. Martiale les accompagne à plusieurs moments. La perruche a été élevée par Dominique Beau, médecin brestois spécialisé en gériatrie, retraité depuis peu. Un passionné d’oiseaux. « J’ai commencé à en élever à l’âge de douze ans, explique-t-il. J’applique le principe de Lorenz. » (Selon l’éthologue Konrad Lorenz, à leur naissance, avant que les oiseaux ouvrent les yeux, il est possible de substituer une mère d’adoption à la vraie.) En leur donnant à manger, Dominique Beau est devenu leur « papa ».
L’oiseau fait son show
« Mon grand projet, c’est de confier l’animal à une personne âgée ou handicapée à son domicile, pour lutter contre l’isolement », explique le médecin, également inspiré par Albert Schweitzer, prix Nobel de la Paix (1952). « L’idée, c’est de ramener de la vie ! »L’animal nécessite peu de soins : des graines et de l’eau ; le sortir de sa cage tous les jours. C’est un investissement peu coûteux. Certes, il fait des crottes. Mais des petites, faciles à nettoyer. « Il faut juste avoir un mouchoir à portée de main. » Un bout d’aile lui est coupé, pour éviter qu’il ne s’envole trop loin.
Partager l’expérience
Le médecin est parfois perçu comme un doux illuminé, mais ses idées ont séduit les Amitiés d’Armor. « Le projet a d’abord concerné une seule résidente, mais elle était handicapée, et pas assez autonome pour s’occuper de l’oiseau. On l’a intégré dans un collectif », explique la doctoresse Sophie Cosson, coordonnatrice. Les maisons de retraite refusent souvent les chiens et les chats pour des raisons d’hygiène. L’oiseau s’avère moins contraignant. « La perruche apporte beaucoup. Je pousse à partager cette expérience dans d’autres maisons de retraite ». C’est ainsi le cas au Grand-Malgorn, à Porspoder. Le projet initial n’est pas abandonné pour autant.
Ça pince !

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Très sociable, la perruche crée du lien, facilite la communication. « Elle va vers les personnes apathiques et repliées sur elles-mêmes. Y compris les très dépendantes, qui ne communiquent plus verbalement », précise la psychologue. Mieux, elle fait venir au Pasa des résidentes qui ne venaient pas d’habitude. Comme Anne, en fauteuil roulant, qui sifflote pour faire venir la perruche. « Du coup, elle participe aux activités ! » Même le personnel craque pour le bel oiseau. Mais ce n’est pas un jouet. Quand il n’a pas envie, il peut pincer… Mais c’est rare.

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Sur la table, Martiale continue de faire son show. Ça rit, ça discute. Marie-Gabrielle lui chante une chanson. Un moment de chaleur humaine, loin de la maladie qui isole. Seul compte l’instant présent. « Elle fait baisser l’agressivité, les troubles du comportement, les déambulations. Les personnes consomment moins de médicaments, affirme Elodie Michallat. Le meilleur médicament, c’est le relationnel ».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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