Transition énergétique : le solaire moins cher que le gaz et le charbon

Charlie Hebdo N°1181 – 11 mars 2015 – Fabrice Nicolino –
Incroyable, mais surtout vrai : l’électricité solaire pourrait coûter moins cher que celle tirée du charbon et du gaz. Dans dix ans seulement. Il faudrait donc investir massivement, par milliards d’euros, mais on ne le fera pas. Pourquoi ? Parce que.
Ce n’est jamais qu’une étude, mais elle remue en profondeur (1). Selon ce travail l’énergie solaire pourrait devenir moins coûteuse que le charbon ou le gaz. Quand ? dès 2025, dans seulement dix ans. Malgré l’énormité du propos, il ne s’agit aucune de foutage de gueule, car le signataire s’appelle l’Institut Fraunhofer. Ce monument allemand emploie 22 000 personnes, réparties dans 57 instituts spécialisés. Et l’ensemble est l’un des fleurons mondiaux de la recherche appliquée. C’est donc sérieux.  Pas indiscutable, mais assurément sérieux.
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Ci-dessus, un des sites de l’Institut Franhofer-Gesellschaft : le centre de recherche en biologie moléculaire et écologie appliquée à Schmallenberg. En 2012, l’Allemagne était de loin le premier producteur mondial d’électricité solaire : 26,8 % du total mondial, devant l’Italie (18,0 %), les États-Unis (14,3 %) et l’Espagne (11,4 %). La filière photovoltaïque se développe massivement dans plusieurs pays (Allemagne, Espagne, Italie, États-Unis, Chine, Inde), ce qui contribue à en diminuer les coûts.
Voyons le détail. Un, la technologie photovoltaïque offre déjà des prix très bas. En Allemagne, le coût de la production solaire d’électricité est tombé de 40 centimes au Kwh en 2005 à 9 centimes en 2014. Or, les nouvelles centrales au charbon ou au gaz livrent une électricité dont les prix varient entre 7 et 11 centimes par Kwh. Deux, cette même électricité sera bientôt la moins chère, toutes sources confondues, dans de nombreuses régions du monde. Le scénario le moins favorable prévoit, dès 2025, une électricité solaire comprise entre 4 et 6 centimes par Kwh. Trois, la plupart des analyses sous-estiment la puissance du solaire, notamment parce qu’elles s’appuient sur des sonnées incomplètes ou dépassées.
Gaziers fréquentables
IMAG0483Et la France ? Idem. En moyenne, le solaire pourrait en 2025 coûter 3% moins cher que le nucléaire, qu’on nous a toujours présenté comme la panacée énergétique. Pourrait, car pour l’heure, la filière photovoltaïque a perdu près de 15 000 emplois entre 2010 et 2012, chutant de 32 500 à 18 000. On ne saurait réduire les causes du phénomène à une seule, mais la surpuissance économique et politique d’EDF y joue un rôle central. Mastodonte parmi les mastodontes, EDF est le plus grand producteur d’électricité au monde, dont 80% viennent du nucléaire. Est-on bien sûr que ce flamboyant monopole a envie de soutenir le solaire au détriment de sa chasse gardée de l’atome ?
Comme un groupe de cette taille ne peut être absent d’un tel marché, EDF a créé en 2004 une filiale de dimension internationale, EDF Énergies nouvelles, dédiée exclusivement aux énergies renouvelables. Et cette dernière a fondé en 2006 EDF ENR, vouée au solaire photovoltaïque. Dans le marché français des dix dernières années, sinistré, il n’était pas trop difficile de faire son marché. Coup sur coup, EDF ENR a racheté tout ou partie de Ribo, de Supra, de Photon Power Technologies.
Et quand Photowatt, notre grand fabricant de cellules photovoltaïques, fait faillite, en 2012, EDF ENR est encore là en embuscade, qui rachète l’éclopé. Voilà où en est la France de la prétendue « transition énergétique« , au moment même où il faudrait investir par milliards d’euros dans le solaire : la clé du royaume est entre les mains du champion du nucléaire qui n’entend céder sur rien.
A l’échelon européen, le printemps attendra aussi à la porte. L’heure est à l' »Union de l’énergie« , concept lancé en fanfare par le commissaire espagnol nommé à l’énergie, Miguel Arias Cañete (2), lobbyiste du pétrole bien connu. En deux mots, il s’agit de réduire la dépendance de l’Europe par rapport au gaz russe. Selon le site en ligne EurActiv, bien informé, l' »Union de l’énergie tend la main à des régimes autoritaires (3)« . Concrètement, des pays comme la Turquie, l’Algérie, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan et même, à terme, l’Iran et l’Irak deviendraient des fournisseurs de premier rang. Mais, bien entendu, il faudra un tour de passe-passe pour qu’ils deviennent fréquentables. Citation : « Lors d’un entretien exclusif, Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission chargé de l’Union de l’énergie, a assuré à EurActiv que les nouveaux contrats de livraison de gaz ne profiteraient pas aux dictatures. Selon lui, des négociations progressives permettront au contraire de faire progresser les droits de l’Homme… »
Ainsi, les contrats, et la corruption massive qui les accompagne, conduiront à petits pas vers les bonheur commun. Il suffisait d’y penser : tout pour le pétole, le gaz et le nucléaire. Et rien pour le solaire.

soleil-smiley

(1) http://www.euractiv.com/files/euractiv_agora_solar_pv_study.pdf
(2) Un nouveau commissaire européen qui sent le pétrole, en charge de l’Énergie et du Climat !
(3) L’Union de l’énergie tend la main à des régimes autoritaires : Le projet d’Union de l’énergie prévoit que l’UE transforme des dictatures et autres régimes discutables en partenaires commerciaux majeurs. Ce qui risque d’affecter la qualité des importations d’énergie, selon certaines associations : communiqué de la Commission sur l’Union de l’énergie du 25 février 2015.

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