Balkany, dix-sept ans d’impunité

Charlie Hebdo du 25/03/2015 – Laurent Léger –
Dans un rapport de 1998, le fisc tournait déjà autour des villas de luxe louées par les Balkany à Saint-Martin, appartenant officiellement à de mystérieuses sociétés implantées dans les paradis fiscaux. Mais il a fallu 2015 pour attendre que chute le couple infernal…   
Plus c’est gros et plus ça passe : ce fut souvent le cas avec Patrick Balkany, dont les saillies verbales hautes en couleur, les dérapages contrôlés, comme sa condamnation judiciaire, suivis de sa réélection à Levallois et à l’Assemblée, rythmaient jusqu’à présent la petite musique de l’impunité des politiques…
IMAG0497Les ficelles pourtant étaient grosses comme les câbles tendus au sous les océans… Le meilleur ami de Sarkozy, fraîchement mis en examen et privé d’immunité parlementaire à l’unanimité, intéresse les juges et le fisc depuis tant d’années ! Jetons un œil désabusé sur ce apport de la Direction nationale des vérifications de situations fiscales (DNVSF) retrouvé par Charlie, une brigade d’empêcheurs de frauder tranquille pour les particuliers dotés de gros revenus. Ce document daté du 10 août 1988 résume déjà les doutes et les suspicions que le couple Balkany suscite alors dans ses rangs. Constatant que la séparation du couple, intervenue le 22 novembre 1995, est susceptible d’avoir été voulue « uniquement » dans un « but fiscal« , c’est-à-dire pour éviter d’avoir à régler l’ISF, les enquêteurs se sont mis à la chasse aux preuves. En vain. Madame se dit domiciliée au moulin de Cossy, à Giverny (Eure), et fournit des « factures EDF » établies « uniquement » à son nom. Quant au beau Patrick, les agents des impôts constatent que les factures EDF de ses différents domiciles (à Paris XVIIème, à Paris VIIIème, puis dans l’ïle de Saint-Martin) sont, là encore, « établies au seul nom de Monsieur ». Ils observent bien que les baux de location de ses adresses successives n’ont jamais été fournis, mais ça ne les gêne pas plus que cela.
Honneur aux « chiens »
IMAG0498Mais, le plus fort, c’est que les doutes sur l’identité des véritables propriétaires des villas de luxe louées par les Balkany à Saint-Martin titillent déjà les enquêteurs. Ils constatent ainsi qu’un contrat de location pour l’une des demeures a été signé en 1997 avec une société du Liechteinstein, Real Estate; ils ont entendu parler d’une autre structure, Bellec, immatriculée dans ce paradis fiscal niché au cœur de l’Europe, et posent la question noir sur blanc : « Les époux Balkany sont susceptibles de détenir […] une des deux sociétés Bellec et Real Estate, voire les deux. » Mais pas de bol : impossible d’en « identifier les véritables détenteurs« . Comme c’est bête. Ce sont exactement ces deux sociétés qui, décortiquées par la justice en 2015, font chuter les Balkany. Madame l’a reconnu devant les policiers, elle était bien officieusement la propriétaire de la Maison du soleil, rebaptisée plus tard en Villa Pamplemousse, mais s’affichait en simple locataire. Un joli montage susceptible de fraude…
Et qu’en est-il de Séréna, une demeure située en bord de mer, appartenant à la société Bellec et revendue en 2002 ? Elle était probablement également détenue en douce par le couple infernal. Les agents du fisc constataient d’ailleurs en 1998 que Balkany aurait utilisé à l’époque le pseudonyme de « Bellec françois ». Dans l’annuaire local, ce fameux monsieur Bellec habitait dans ladite villa… quant aux autres suspicions du fisc d’alors, selon lesquelles Isabelle Balkany serait peut-être administratrice d’une société russe basée à Moscou, CIEC Engineering, elles n’ont pas été étayées.
Bref, il aura fallu dix-sept ans pour en arriver là. A en croire l’enquête menée au parquet financier, qui s’intéresse aussi à un rid acquis en 2010 à Marrakech, les Balkany auraient bel et bien mis en place un « schéma sophistiqué de fraude« . Balkany a en tout mis à profit ces nombreuses années, bataillant pour éviter de rembourser à la mairie de Levallois une partie de sa dette, suite à sa condamnation en 1999 par la chambre régionale des comptes à rembourser les salaires d’agents de la Ville qu’il utilisait à son propre service. En 2011, ouf : le ministre des Finances, François Baroin, rejette la énième demande de Balkany et refuse de lui faire cadeau des intérêts de la somme. 
IMAG0499Dans un communiqué grandiloquent et accablant, le maire de Levallois, qui risque désormais de devoir donner son passeport au juge ( la justice en ayant déjà privé Isabelle Balkany), a jugé « insupportable, voire douloureux d’être ainsi jeté aux chiens« , sans préciser, comme Mitterrand autrefois, qui étaient ces « chiens » dont il serait la victime. On imagine surtout le supplice de Balkany que de devoir rendre des comptes aux autorités de la République…
Sarkozy et le boulet Balkany
Alors que certains dossiers judiciaires s’éloignent de l’ancien président, l’affaire Balkany pourrait finalement plomber le revenant de la politique. Les deux meilleurs amis, élus tous deux maires dans les Hauts-de-Seine en 1983, l’un à Neuilly et l’autre à Levallois,346141-patrick-balkany-et-nicolas-sarkozy-lors-637x0-3partagent tant de vilains petits secrets qu’il ne serait pas étonnant que les juges s’entêtent à creuser cette piste. Ils ont déjà mis en examen l’associé de Sarkozy dans son cabinet d’avocats : Arnaud Claude est suspecté d’avoir aidé les Balkany à planquer une propriété marocaine et quelque menue monnaie aux yeux du fisc. Mieux encore : comme l’avait révélé Charlie en septembre 2014, les Balkany prenaient régulièrement en charge, et en espèces s’il vous plaît, des voyages de la première femme de Sarkozy. Les enquêteurs s’intéressent aux paiements en cash (quelque 90 000 euros entre 2010 et 2013) payés par le maire de Levallois, et le nom de l’ex figure en effet sur les listings de l’agence de voyage Thomas Cook, sous la forme de Culioli ou de Culioli-Sarkozy : par exemple en mai 2010, fin janvier 2011, février 2011, juillet 2012 ou encore mars 2013, le plus souvent pour des vols Paris-Marrakech. La secrétaire du maire à confirmé avoir pris les résas pour son compte. La dame, mère des deux premiers fils de Sarkozy, que ce dernier à quittée à la fin des années 198, a-t-elle été prise en charge par Balkany en échange de services rendus par Sarkozy ? La question se pose.

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