l’Arabie saoudite intervient au Yémen soutenu par l’Iran et tiraillé entre guerres locales et djihad mondial

Le Monde – 20/03/2015 – Louis Imbert –
L’Arabie saoudite et des pays alliés ont lancé jeudi une intervention militaire au Yémen pour contrer l’avancée de rebelles chiites soutenus par l’Iran, qui a vivement dénoncé cette opération « dangereuse ».
Téhéran, traditionnel rival de Ryad au Moyen-Orient, a mis en garde contre une propagation du conflit à d’autres pays. L’opération va « créer plus de tensions dans la région », a averti son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. En pleines négociations sur le nucléaire iranien, les Etats-Unis ont apporté leur soutien à l’intervention, sans toutefois y participer directement. A cela s’ajoute la poursuite d’actions d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), bien implanté dans le sud-est. Et pour ajouter au chaos, le groupe jihadiste Etat islamique a récemment revendiqué des attentats suicide ayant fait 140 morts à Sanaa.
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Dans la mosquée chiite Badr de Sanaa, le 20 mars.
Dans la mosquée chiite Badr de Sanaa, le 20 mars. AFP/MOHAMMED HUWAIS
L’Etat islamique (EI) a revendiqué son entrée sur la scène yéménite avec les attentats qui ont fait 142 morts à Sanaa vendredi. Les milices chiites houthistes avaient pris le pouvoir dans la capitale en septembre, poussant le président à s’exiler à Aden en février. Le pouvoir politique est marginalisé, le pays livré à l’arbitraire des clans et des groupes armés. Il devient peu à peu un champ d’affrontement sectaire entre les milices chiites et Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA), la principale branche d’Al-Qaida.
Le gouvernement en perdition
Le président, Abd Rabbo Mansour Hadi, au pouvoir depuis 2012, n’a jamais pu mettre en place les recommandations du dialogue national établi après la révolution populaire de 2011 et la chute d’Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1978. Débordé en septembre par le mouvement chiite houthiste, venu de l’extrême nord du pays et par certains éléments de l’armée, il est contraint à la démission en janvier, lorsque les houthistes s’emparent du palais présidentiel. Toujours considéré par la communauté internationale comme le président légitime du Yémen, Abd Rabbo Mansour Hadi est assigné à résidence mais se réfugie en février à Aden, port stratégique du sud du pays.
Le coup d’Etat des houthistes
Les houthistes sont les partisans d’Abdel Malik Al-Houthi, un leader du nord du Yémen, de la province de Saada, à la frontière de l’Arabie saoudite. Ils sont d’obédience zaïdite, une branche dissidente du chiisme  plutôt proche de l’Iran, le sud de l’Irak et le sud du Liban.
Ces « partisans de Dieu » (Ansar Allah), exaspérés par l’immobilisme du pouvoir et surfant sur le mécontentement social, estiment que la révolution de 2011 a été corrompue par les partis politiques. Ils mènent depuis une contre-révolution. Ils ont noué, pour étendre leur pouvoir, une alliance de circonstance avec l’ex-président Saleh, qui les avait longtemps combattus dans leur fief de Saada. Le soutien massif de l’Iran chiite aux houthistes a exaspéré le voisin sunnite saoudien et avivé les tensions confessionnelles au Yémen entre sunnites et zaïdites. C’est dans ce contexte que prospère la branche yéméno-saoudienne d’Al-Qaida (AQPA).
Des partisans d'Al-Qaida au Yémen, à Rada, en janvier 2012. Cette ville du sud du pays était alors tenue par l'organisation djihadiste. Des partisans d’Al-Qaida au Yémen, à Rada, en janvier 2012. Cette ville du sud du pays était alors tenue par l’organisation djihadiste. AFP/-
La menace d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA)
Al-Qaida a prospéré au Yémen pendant les années 2000, alors que le mouvement djihadiste s’affaiblissait après l’intervention internationale en Afghanistan et les bombardements de drones accrus, sous l’administration Obama, dans les zones tribales pakistanaises. La franchise Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) est née en 2009 de la fusion des branches yéménite et saoudienne du mouvement.
Au début du mois de février, une frappe de drone américaine a tué l’un des principaux idéologues du mouvement, Harith Al-Nadhari. C’est cet homme qui avait loué les frères Kouachi pour leur attaque de Charlie Hebdo, à Paris, en janvier. L’organisation terroriste avait dans le même temps affirmé avoir entraîné et mandaté les Kouachi.
L’Etat islamique, force naissante
Malgré quelques dissidences internes, AQPA dénonce la « barbarie » de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, et reste fidèle à Ayman Al-Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden. Harith Al-Nadhari condamnait ainsi récemment l’Etat islamique pour ses attaques indiscriminées de chiites, civils ou armés, dans son dernier discours, enregistré peu avant qu’il ne soit tué. Il affirmait qu’AQPA privilégiait pour sa part des cibles identifiées : militaires, milices houthistes, ennemis idéologiques.

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