Afrique – Comment réparer la panne d’électricité : « Il est temps de lancer le plan Marshall de l’électrification du continent »

 LE MONDE ECONOMIE | 19.02.2015 à 11h25 • Mis à jour le 19.02.2015 à 19h20 | Par
La production électrique totale des pays de l’Afrique subsaharienne équivaut aujourd’hui à celle de… l’Espagne.
Six cent vingt millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, soit près des deux tiers de la population du continent, surtout dans les campagnes. « En Afrique, un habitant utilise en moyenne 1 000 kilowatts-heure par an, contre 7 000 à 14 000 dans les pays occidentaux, l’approvisionnement en électricité va donc être multiplié par dix d’ici quarante à cinquante ans », estime Tobias Bischof-Niemz, spécialiste de l’énergie au Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR) à Pretoria.

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La ferme éolienne d’Ashegoda, en Ethiopie, en 2013. JENNY VAUGHAN / AFP
« Il est temps de lancer le plan Marshall de l’électrification du continent », a rappelé Jean-Louis Borloo lors du dernier sommet de l’Union africaine fin janvier à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie. Depuis qu’il a quitté la politique française, l’ancien ministre de l’écologie se consacre au lancement de sa fondation pour l’accès à l’énergie en Afrique.
African-Energy-Indaba_overview1Réunis en Février à Johannesburg pour la conférence annuelle sur l’énergie en Afrique (Africa Energy Indaba), plusieurs centaines d’experts et d’industriels partagent le même constat : le gigantesque potentiel de croissance du continent ne pourra être pleinement exploité sans un investissement massif dans les infrastructures d’approvisionnement en électricité. Soit entre 30 et 40 milliards d’euros par an pendant les deux prochaines décennies.
Des investisseurs frileux
La facture énergétique de nombreuses entreprises installées en Afrique serait par exemple fortement diminuée si elles n’avaient pas à utiliser des groupes électrogènes pour pallier les délestages fréquents des réseaux nationaux.
Le continent dispose pourtant de multiples sources énergétiques. Comme les vastes réserves de charbon présentes dans les sous-sols du Botswana ou de l’Afrique du Sud. Presque 30 % des découvertes mondiales en gaz et en pétrole réalisées au cours des cinq dernières années ont aussi été faites en Afrique subsaharienne.

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Le plus grand barrage hydroélectrique du continent est en construction sur le Nil Bleu en Ethiopie, alors que seulement 7 % du potentiel hydroélectrique africain est actuellement exploité. Le taux d’ensoleillement exceptionnel d’une grande partie des 54 pays africains favorise l’installation de fermes solaires comme au Kenya. Disposant de réserves d’uranium, l’Afrique du Sud compte développer son parc nucléaire.
Mais, outre l’absence de volonté politique de certains gouvernements, des pays peinent à convaincre les investisseurs de s’engager dans leurs programmes d’infrastructures. « Beaucoup de projets ne sont pas conçus pour offrir un retour sur investissement suffisamment attractif pour les financeurs, remarque Mosad Elmissiry, responsable du programme Energie au Nepad, le bras opérationnel de l’Union africaine. Les investisseurs craignent aussi que les règles changent en cours de route et qu’ils soient alors perdants. »
l’Afrique du Sud veut « verdir » son mix énergétique
Lors d’une tournée en Afrique en juin 2014, le président américain, Barack Obama, avait dévoilé une initiative, Power Africa, pour stimuler l’investissement dans ce secteur. Les Etats-Unis prévoient de mobiliser 7 milliards de dollars (6,13 milliards d’euros) de fonds privés sur cinq ans pour électrifier au moins 20 millions de foyers africains.
abarrage congobreve15765bA l’Energy Indaba, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de l’intégration régionale. « La plupart des pays n’ont pas les moyens de développer seuls leur capacité électrique, juge Wolsey Barnard, directeur général du ministère de l’énergie sud-africain. Il faut alors mutualiser les ressources et faire des partenariats avec les pays voisins pour obtenir une offre mixte énergétique suffisante. » L’Afrique du Sud s’est déjà positionnée pour acheter une partie de la production du futur barrage du Grand-Inga, qui sera construit sur le fleuve Congo. Des associations de la République démocratique du Congo ont critiqué l’accord. La population locale subit régulièrement des coupures d’électricité.
Pour Joan MacNaughton, du Conseil mondial de l’énergie, les pays africains doivent éviter de répéter certaines erreurs : « La Chine a réussi à assurer sa sécurité énergétique, mais au prix d’importants dégâts environnementaux, et ces externalités négatives pèsent aujourd’hui sur la croissance chinoise, l’Afrique peut éviter cela ! »
Très dépendante du charbon, l’Afrique du Sud veut « verdir » son mix énergétique et est citée en exemple sur le continent pour son programme de développement de fermes solaires et de parcs éoliens. « Le reste de l’Afrique doit profiter de cette opportunité qu’elle a de tout avoir encore à construire pour faire la part belle aux énergies renouvelables », considère Tobias Bischof-Niemz, du CSIR.
Comme lors de la révolution des communications pour laquelle les pays africains ont directement développé des réseaux mobiles sans passer par l’étape de la téléphonie fixe, le chercheur juge que le continent ne doit pas se focaliser sur la mise en place de réseaux nationaux centralisés : « Des panneaux solaires, couplés à des petites unités hydroélectriques, peuvent très bien alimenter des villages isolés sans pour autant être raccordés au reste du pays. »
Sébastien Hervieu (Johannesburg, correspondance) Journaliste au Monde

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