Itinéraire d’un blasé de la politique.

L’abeille et l’architecte – 308/03/2015 –
En octobre 1999, j’arrive à Paris pour faire mes études d’architecture. Dès le mois de décembre, je soutiens les grèves étudiantes des écoles d’architecture, traîne mes guêtres à La Villette et me fais repérer par le directeur de mon école d’architecture, à Belleville qui me demande de monter une liste étudiante pour le Conseil d’administration, auquel je suis élu. Parallèlement, un ami me fait rentrer au Mouvement des Jeunes Socialiste (MJS) dans lequel, je prends rapidement des responsabilités. Je suis aussi élu étudiant au ministère de la Culture et président du BDE de mon école. Tout ça en moins de deux ans. Je suis un vrai militant prêt à se lever tôt et se coucher tard pour tracter, organiser des réunions, convaincre…
En 2002, je fais à fond la campagne de Lionel Jospin quitte à laisser mes études de côté quelques semaines. Le résultat, tout le monde le connaît, m’attriste, mais renforce mon engagement. J’arrête mon militantisme à Paris et retourne sur mes terres d’Eure-et-Loir, je prends la tête des MJS, et deviens responsable du nouveau courant Nouveau Parti Socialiste (Montebourg-Peillon-Hamon) et je rentre dans les instances départementales du Parti Socialiste. En 2004, je suis même candidat aux cantonales d’Orgères-en-Beauce contre le président du conseil général. Après près de 2000 portes frappées et des dizaines de réunions, je perds avec les honneurs avec 18%. Le FN n’est alors dans ce canton qu’à 14% (il est aujourd’hui à plus de 35%). Je ne perds pas espoir, même si le congrès de 2005 du PS au Mans me calme. Les magouilles d’appareil et les petites guerres commencent déjà à me fatiguer. En 2006, je prends le secrétariat de section de Châteaudun, participe peu à la campagne de Ségolène Royal car mes études se terminant à Paris, j’ai de plus en plus de mal à venir militer en Eure-et-Loir. J’aide brièvement le candidat aux élections législatives de 2007, vote au congrès de Reims et finit par rendre mon tablier en 2009. Professionnellement installé à Paris, j’ai toujours gardé un oeil attentif sur le PS de loin en espérant fortement pour 2012.
Les primaires me charment et je me lance dans la bataille en soutenant, comme les copains de l’époque, Martine Aubry. Hollande gagne les primaires et j’ai envie de le faire gagner. Je m’active et fais sa campagne notamment sur les réseaux sociaux. Je retrouve le goût du militantisme, je retourne en section, je tracte. Je vais à des meetings et j’aime ça. Je suis rue de Solférino le soir de la victoire. Je ne me fais pas trop d’illusion sur François Hollande, je l’ai connu à la tête du PS, mais bon j’espère qu’il sera à la hauteur. J’y crois encore.
Cela fait trois ans maintenant qu’il est à la tête de l’État : 2 premiers ministres, 3 gouvernements, 3 défaites électorales et des renoncements qui s’accumulent. En tant que militant, je n’avais connu que la fin du gouvernement Jospin, et même si, sur nombres de points je n’étais pas en accord total avec lui, je pouvais d’une certaine manière être fier d’être de gauche. Mes copains m’appellent toujours « le socialiste », ça les fait marrer. Moi de moins en moins. Que retiendra-t-on de la présidence de François Hollande ? Le mariage pour tous…. et après ? Rien. Une réforme territoriale ? Tout le monde s’en fout. En revanche, à gauche, on se souviendra des 50 milliards d’économies et de baisse de cotisations sociales ? La pilule reste dure à avaler.
Personnellement, je n’ai pas de solutions toutes faites, de politique à proposer (sauf sur la laïcité) ou de choix d’untel ou untel en tant que ministre. Je ne suis pas un homme politique, je suis un modeste architecte qui a été longtemps un militant qui est désormais blasé, fatigué et déçu des politiques, même si la politique me passionne toujours autant. Je vais encore voter par conscience citoyenne, mais encore pour combien de temps ? De mon fier bulletin socialiste que je glissais dans l’urne, j’y vais désormais à reculons quand je ne vote pas blanc, mais demain irais-je encore voter ou m’abstiendrais-je comme 50% des Français ? Certains militants lorsque j’ose dire que j’hésite à voter, que je me questionne sur les choix politiques, que je doute sur la stratégie gouvernementale, m’expliquent que je fais le jeu du Front national et que de toute façon, c’est ça ou c’est la droite voire l’extrême droite qui arrivera au pouvoir.
Comme sous Sarkozy, la machine « avec moi ou contre moi » est une nouvelle fois lancée. Je n’en veux et ne l’accepte pas. En 2011, François Hollande voulait réenchanter le rêve français, c’est raté, pire, il a cassé quelque chose en moi, une indicible petite douleur qui me rend plus triste qu’en colère. Je suis un dégoûté et comme disait Pierre Mauroy : « Quand les dégoûtés s’en vont, il ne reste plus que les dégoûtants ». Quel gâchis !

A propos werdna01

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