SDF – La RATP expérimente un centre d’accueil de jour

 LE MONDE | 31.03.2015 |
La régie a ouvert un local où Emmaus Solidarité et Aurore pourront accueillir une trentaine de sans-abri réfugiés dans les couloirs du métro

4606492_6_a164_un-travailleur-social-de-la-ratp-dans-la_8bbbeff89a1150af1c07dcc4a72bd2f4

Comme chaque matin à 5 h 30, Cindy Fixy et trois de ses collègues commencent leur maraude dans les couloirs du métro parisien. Ils font partie de la soixantaine d’agents du service de la RATP baptisé le Recueil social, chargés d’aborder les personnes qui ont trouvé refuge dans le métro et de les convaincre de les suivre vers une structure spécialement créée pour eux.
 « J’étais agent de sécurité mais je voulais accompagner ces personnes, être un trait d’union entre les couloirs du métro et les structures sociales, raconte la jeune femme de 35 ans. Je les connais désormais personnellement, souvent leur histoire me touche. » Tous volontaires, ces agents, souvent issus des services de sécurité, sont formés après une rude sélection. « Ils voient bien que l’empathie et la conviction donnent plus de résultats que la contrainte », souligne Jean-Louis Bara, psychologue spécialiste des addictions.

asdf métro

Pour le docteur Patrick Henry, « le métro est un lieu destructeur : l’enfouissement fait très rapidement perdre tout repère de temps, d’espace, et tout contact ». Initiateur de ce réseau il y a plus de vingt ans, avec Xavier Emmanuelli du SAMU social, il connaît bien ce public pour l’avoir longtemps soigné au grand centre d’hébergement d’urgence de Nanterre (Hauts-de-Seine). « La RATP entend, bien sûr, rendre service aux sans-abri, mais elle est aussi une entreprise de transport, soucieuse de tous ses usagers. Elle veut donc limiter le phénomène et, surtout, éviter les regroupements », précise-t-il.
« Descente aux enfers… »

asdfDSCF0308

La maraude débute sur les quais du RER A, à la station Nation, lieu de rendez-vous des sans-abri, avec ses quais larges et ses sièges en alvéoles où l’on peut somnoler sans se faire remarquer. « Dans le métro, on ne dort jamais vraiment », raconte Bensalem Hafedh, 57 ans, dont l’allure assez soignée ne permet pas de soupçonner ce qu’il vit « une descente aux enfers… » « J’avais une famille, une entreprise de livraison et, maintenant, je suis à la rue », explique-t-il, tout en se défendant de vouloir « rentrer dans l’assistanat ».

asdf RATPrecueil-social-small

« Nous avons parfois trouvé, sur ces quais, jusqu’à une centaine de personnes, de plus en plus de jeunes qui ont du boulot mais pas de logement », s’indigne Mohamed Aïssa, manageur du Recueil social, qui supervise les tournées dans la dizaine de grandes stations (Nation, Auber, Etoile…) aux multiples entrées, qui dessinent la géographie souterraine des sans-abri de Paris.

asdfDSCF0305

Ce matin, sept personnes ont accepté de sortir du métro : Gilles, joyeux et au sourire édenté, sac de couchage sous le bras, José, Eric (le prénom changé), grand échalas avec un béret basque rouge vissé sur le crâne, un habitué… et Bensalem. La petite troupe prend place dans le bus vert et blanc siglé RATP et en route pour Charenton-le-Pont (Val-de-Marne).

4247939_8fbeb8d0-5eb1-11e4-95e2-001517810e22-9

Là, un ancien local informatique de l’entreprise a été aménagé en centre d’accueil de jour d’une trentaine de places, géré, pour une période expérimentale de dix-huit mois, par les associations Emmaüs Solidarité et Aurore. Il est ouvert de 7 heures à 23 heures, sept jours sur sept, toute l’année « car les SDF ne partent pas à la campagne », précise M. Aïssa.
Parloir-fumoir
Au fil de la journée, ils arrivent par groupes de six à sept personnes à la fois, toujours amenés par la RATP. C’est la condition pour pouvoir rester dans le centre. « Ici, nous n’avons pas à gérer le flux et nous pouvons, grâce à une équipe de vingt-cinq salariés, offrir un accompagnement personnalisé », témoigne Stéphanie Colas, directrice du lieu. « Ici, le personnel est vraiment sympa. Il ne se contente pas de poser un Thermos de café sur une table », assure Bensalem Hafedh un habitué des lieux.
L’espace le plus important, c’est la pièce de repos où les pensionnaires peuvent enfin dormir pour de bon, sans crainte de se faire voler leurs affaires. Des douches et une laverie sont accessibles en permanence. Une pièce permet de regarder la télévision ou de jouer aux échecs, aux dominos. « Le jeu est essentiel pour réapprendre à communiquer, parler, se socialiser, à attendre son tour, à gagner et à perdre, seul ou en équipe », explique Mme Colas. Dans une dernière pièce, le fumoir, en réalité le parloir. Là, on a le droit d’y fumer et d’y boire. Et Jean-Louis Bara est là. Il écoute, conseille et dispose même d’une petite réserve d’alcool, en cas de manque.
« Ce centre est la solution que nous attendions, il donne du sens à notre action par la qualité du suivi ce qui est trop rare », s’enthousiasme M. Aïssa. Un tel accueil a un prix : la RATP a offert le local et son aménagement, Emmaüs Solidarité et Aurore assurent la gestion, pendant dix-huit mois, pour un coût de 2 millions d’euros.
isabelle Rey
Isabelle Rey-Lefebvre Journaliste au Monde
Lire aussi : Le gouvernement veut en finir avec les remises à la rue à la fin de l’hiver

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Social, Solidarité, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.