Pendant ce temps-là, la Chine… – ses succès économiques et ses défis

 La Chine, ses succès économiques et ses défis
Dans sa chronique hebdomadaire, l’éditorialiste Alain Frachon met un coup de projecteur sur la Chine. L’empire du Milieu augmente chaque jour son « leadership » économique. Mais le pays parviendra-t-il à imposer ses normes au niveau mondial ? Pas si sûr…
Alain Frachon et Joséfa Lopez

Pendant ce temps-là, la Chine…

LE MONDE | 09.04.2015 |

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L’empire du Milieu pourrait manifester une certaine condescendance : chez les « barbares », ça ne va pas fort. Le Moyen-Orient arabe s’autodétruit. L’Europe cherche la croissance. Les Etats-Unis s’interrogent sur la vigueur de leur reprise. Du Brésil à la Russie, les « émergents » marquent le pas. Pendant ce temps, la Chine, progressivement, impose son « leadership », au moins dans le champ de l’économie. Pas si simple, bien sûr.

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A en croire les participants au Boao Forum, ce « Davos chinois » que Pékin réunit chaque année, fin mars, sur l’île de Hainan, les dirigeants de la deuxième puissance économique du monde manifestent une tranquille assurance. Les motifs de satisfaction ne manquent pas. Que la croissance 2014 ait été de 7 % ou seulement, comme certains le disent, de 6 %, l’affaire n’a pas d’impact sur l’emploi. Ni, apparemment, sur la stabilité politique du pays.
Le président, Xi Jinping, et son premier ministre, Li Keqiang, conduisent la lente transformation de l’économie. Le marché doit prendre une place plus grande. L’activité doit moins dépendre des exportations et plus de la consommation intérieure. Indicateur solide et qui témoigne du bon goût d’une classe moyenne grandissante : la Chine a importé en 2014 quelque 18 millions de bouteilles de vin français.
Pour la première fois, en 2014 toujours, la Chine a davantage investi à l’extérieur qu’elle n’a reçu d’investissements étrangers. Aux dépens des Etats-Unis, elle affiche sa montée en puissance sur les marchés financiers. Symbole de ce grand chambardement dans la finance mondiale, Pékin a lancé avec succès, en 2015, « sa » BAII : la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.
Washington a déconseillé à ses alliés de participer au capital de cette sorte de Banque mondiale bis – bref, de ne pas favoriser un mini-Bretton Woods chinois. Peine perdue, ils s’y sont précipités. Irrésistible attraction de la puissance montante chinoise : aux Etats-Unis, on parlerait de soft power. Le printemps verra sans doute le Fonds monétaire international (FMI) inclure le yuan dans le panier des grandes devises servant au calcul de cette monnaie de réserve que sont les droits de tirage spéciaux. Le billet rouge franchira alors un pas de plus vers sa transformation en vraie devise internationale.
L’économie et la finance sont-elles un jeu à somme nulle ? Si tu ne gagnes pas, tu perds ? Commentant l’épisode BAII dans le Financial Times, l’ex-secrétaire au Trésor Larry Summers écrit sombrement : « On s’en souviendra peut-être comme du moment où les Etats-Unis ont cessé d’être le garant final du système économique global (…). Je ne vois pas de moment comparable depuis Bretton Woods [quand l’Amérique fixe le système financier international en 1944]. »
Réplique de Washington
L’avenir du monde se joue dans la région Asie-Pacifique, pense Barack Obama. Depuis 2008, il appelle ses alliés locaux à établir avec les Etats-Unis une vaste zone de libre-échange, le partenariat transpacifique (TPP). Premier sollicité, bien sûr, le Japon : ensemble, les deux pays représentent 40 % de la richesse mondiale. Sorte de réplique anticipée à la BAII, le TPP impose des normes élevées en matière de protection intellectuelle, d’accès aux marchés publics, de sécurité sanitaire et de droits sociaux. Parce que Washington la juge loin d’être au niveau dans chacun de ces domaines, la Chine n’est pas, ou pas encore, conviée à rejoindre le TPP.
Les pourparlers traînent, ils sont difficiles, au Congrès américain comme avec Tokyo, mais les uns et les autres devraient finir par signer, estime le politologue Robert Dujarric qui, dans la capitale japonaise, dirige l’Institut d’études contemporaines sur l’Asie de la Temple University.
Le débat autour du traité résume une partie de la bataille en cours : quelles seront demain les normes de l’économie mondiale – celles de Pékin ou celles de Washington ? Le TPP est-il de nature à contrer l’offensive de la Chine pour devenir la clé de voûte de l’architecture économique et financière mondiale dans les années qui viennent ? Dujarric doute de la capacité de l’empire du Milieu à réformer en profondeur son économie : « Parler de mécanismes de marché en Chine, c’est ne pas comprendre les fondements d’un régime dont l’ADN reste incompatible non seulement avec Adam Smith, mais même avec le colbertisme, la Soziale Marktwirtschaft et la social-démocratie. »
Sous Xi Jinping, le Parti communiste mène une double campagne : contre la corruption et contre la manifestation de la moindre dissidence. C’est la marque d’un PCC qui se sent menacé et vulnérable, estime l’un des meilleurs spécialistes de la Chine contemporaine, l’Américain David Shambaugh. Dans le Wall Street Journal, il pointe une série d’indicateurs qui dessinent un profil du pays moins conquérant et moins sûr de lui qu’il n’y paraît : cela va de l’émigration des élites économiques chinoises à l’étranger au recul constant de l’état de droit.
Auteur d’une somme sur le PCC, Shambaugh s’interroge : le début de la fin pourrait bien avoir commencé pour le parti. « Barbare » savant mais prudent, il n’omet pas d’ajouter que, jusqu’à présent, les prédictions en la matière se sont toujours révélées fausses.
Alain Frachon Journaliste au Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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