Sarkozy modèle l’UMP en vue de la primaire pour 2017 – . « Il veut tuer ses concurrents en les étouffant », observe un poids lourd du parti.

 LE MONDE | 10.04.2015 |

Les présidents de fédération se sont vu fixer des objectifs de recrutement

à l affut. sarkojpgIl n’en voulait pas, en disait le plus grand mal et a tout fait pour l’éviter. Il s’y est pourtant résigné sous la pression de ses concurrents. Nicolas Sarkozy a accepté l’organisation d’une primaire ouverte pour désigner le candidat de la droite à la présidentielle de 2017. Celui qui jugeait devoir bénéficier d’un traitement de faveur en tant qu’ancien chef de l’Etat s’est finalement plié aux exigences de ses rivaux – Alain Juppé et François Fillon en tête – qui demandaient depuis plusieurs mois la tenue d’un tel scrutin.
fanfaronSarkofanfaronsmallLe président de l’UMP n’est pas devenu subitement un partisan de cette procédure. S’il a cédé aussi facilement, c’est pour une raison simple : il est persuadé de pouvoir l’emporter à la régulière lors de cette élection, prévue le 20 novembre 2016. Entre méthode Coué et vraie confiance, il ne doute pas une seconde de sa future victoire. « A la primaire, les rapports de force se créeront de manière naturelle », dit-il à ses proches. Comprendre : il s’imposera de « manière naturelle ». Après avoir légèrement douté des capacités de leur champion en début d’année, les sarkozystes ont retrouvé le sourire. « La primaire, qui devait être une arme anti-Sarkozy, va finalement être un atout supplémentaire pour lui », veut croire l’un d’eux.
A l'affut_indian-tiger-on-the-prowl_pSi le président de l’UMP fait montre d’une grande assurance, c’est qu’il pense, en contrôlant l’appareil, disposer d’un avantage décisif sur ses concurrents. « La maîtrise du parti est centrale », insiste-t-il, estimant qu’elle lui permet de disposer d’un socle électoral déjà acquis à sa cause. Persuadé que la primaire se jouera avant tout dans le noyau dur du parti, et non auprès des sympathisants sur lesquels mise davantage M. Juppé, il pense que sa popularité auprès de la base militante lui confère une longueur d’avance sur son rival. « Pour gagner la présidentielle, il faut 20 millions d’électeurs. Pour être qualifié au second tour, il en faut 10 millions. Et pour remporter la primaire, il faut convaincre près d’1 million de personnes. Les plus motivées, celles qui iront voter », a-t-il expliqué à sa garde rapprochée.
A l'affut519_-_~1Pour l’instant, M. Sarkozy peut compter sur le soutien d’une large part de près de 240 000 adhérents actuellement inscrits. Mais dans la foulée de la victoire de son camp aux départementales, il veut pousser son avantage en augmentant le nombre d’encartés lui étant fidèles. Sa priorité : conforter son réservoir de voix dans la perspective de la primaire puis de la présidentielle, en recrutant de nouveaux adhérents. Les objectifs sont précis : atteindre 300 000 adhérents fin 2015 et 500 000 d’ici à 2017.
vais tous les boufferSon plan de bataille repose sur la volonté de transformer le parti en une machine de guerre 100 % sarkozyste. L’ex-chef de l’Etat a déjà calé sa stratégie et son calendrier jusqu’à la primaire dans ce sens. D’abord, il espère que l’élan suscité par le congrès de refondation du parti, le 30 mai, lors duquel l’UMP sera rebaptisée « Les Républicains », provoquera une vague massive d’adhésions. Ensuite, M. Sarkozy veut renouveler en septembre l’ensemble des quelque 15 000 cadres locaux du parti (les présidents et les délégués de circonscription, ainsi que les comités départementaux) pour disposer de fidèles sur tout le territoire. Autant d’agents de mobilisation potentiels, capables de mener campagne pour lui le moment venu. « Il recompose totalement le paysage pour disposer d’un parti totalement à sa main », explique un de ses soutiens.
« Gigantesque effet de levier »
manipulateurPour la première fois, les secrétaires départementaux devraient être élus au suffrage direct des militants, alors qu’ils étaient jusqu’ici choisis par le comité départemental de l’UMP. Cette innovation est proposée dans les nouveaux statuts de l’UMP, qui seront débattus lors du bureau politique du 14 avril et définitivement adoptés le 5 mai. But de la manœuvre : obliger les candidats à se lancer dans une course aux adhésions. Et, en parallèle, encourager les sympathisants à prendre leur carte pour pouvoir voter. « Sarkozy voit cette opération comme un gigantesque effet de levier pour accroître le nombre d’adhérents », explique un proche. Tel un chef d’entreprise, le président de l’UMP a donné des objectifs chiffrés à chaque président de fédération. Ceux qui recruteront le maximum d’adhérents recevront des bonus financiers pour entreprendre des actions militantes locales. D’autres initiatives de recrutement ont été lancées : les militants de 2007 n’ayant pas renouvelé leur carte sont relancés ; et une permanence tenue par des bénévoles a été installée en février dans le hall du siège parisien de l’UMP afin d’enregistrer des adhésions.
Outre les adhérents et les cadres, fidéliser les élus fait aussi partie des priorités. Le 8 avril, M. Sarkozy a ainsi reçu l’ensemble des nouveaux présidents de conseils départementaux. A la fin de l’année, il compte s’investir totalement dans la préparation des élections régionales de décembre. Dernière étape prévue avant la primaire : se focaliser sur l’élaboration d’un projet d’alternance dans la première moitié de 2016.
étoufferarton890-4f378Comme en 2004, M. Sarkozy entend faire du parti un tremplin pour reconquérir l’Elysée. Et profiter de sa position à la tête du premier parti d’opposition pour dicter le tempo et occuper tout l’espace à droite d’ici à la primaire. « Il veut tuer ses concurrents en les étouffant », observe un poids lourd du parti. Un sarkozyste du premier cercle utilise la même image : « Il y a de moins en moins d’oxygène pour les autres. Il ne reste que l’azote. »
Alexandre Lemarié  Journaliste en charge du suivi de l’UMP

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