Ce soir sur France 3 : Le premier et l’ancien ministre : Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault

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LE MONDE | 13.04.2015|
Manuel Valls, un style sans rondeur
Franz-Olivier Giesbert et Virginie Linhart signent un portrait psychologique indulgent du premier ministre (Lundi 13 avril, à 20 h 50, sur France 3).
Une mère est souvent la mieux placée pour parler de son fils. « Petit, il rangeait très bien ses affaires, parfois même il ressortait de son lit pour mettre ses chaussons bien parallèles » au pied de celui-ci, explique Luisa Valls, la mère de Manuel Valls, comme une preuve originelle du sens de l’organisation et du goût pour l’ordre de son fils. C’est une des saveurs – Mme Valls ne s’exprimant jamais dans les médias – du documentaire Manuel Valls, le matador, que Franz-Olivier Giesbert et Virginie Linhart consacrent au premier ministre un an après son installation à Matignon.
Dans ce portrait psychologique au ton très largement positif pour Manuel Valls, les deux auteurs reviennent sur la trajectoire quasi parfaite à leurs yeux de celui qui, en quelques années, a réussi à s’imposer contre son propre camp, grâce à son ton et à son sens du timing politique. Pas un mot sur les difficultés à répétition de son gouvernement depuis douze mois, ni sur l’état de sa majorité sous tensions permanentes.
Le « style » Valls sert au contraire de fil rouge. Un style physique d’abord, sur lequel le documentaire insiste parfois lourdement : celui d’un homme « sanglé dans ses costumes comme un toréador », avec « l’œil bleu mais le regard noir » et « le front et la mâchoire serrés ». Un style qui dirait l’histoire d’un politique ambitieux, « briseur de tabous en tout genre », « convivial comme du fil barbelé », né à Barcelone, naturalisé français à 20 ans, et qui a décidé, jeune homme, de devenir un jour président de la République.
Un style politique aussi, décrit comme intransigeant et brutal. A l’inverse exact de celui de François Hollande. Si Manuel Valls n’a pas pris part au documentaire, le chef de l’Etat y intervient, lui, à plusieurs reprises, avec à chaque fois un art consommé de l’anecdote. Sourire en coin, M. Hollande décrit notamment son premier ministre comme un homme « nerveux » qui « ne se démonte pas ». « Il apporte de la rigueur et du tempérament, au sens de la colère, et c’est très bien », glisse le président de la République, qui confirme que les deux hommes s’envoient chaque jour plusieurs messages téléphoniques dont « un texto d’ambiance le matin et un texto de nuit le soir »
« Petit Chose » devenu « central »
Plus conventionnel dans sa seconde partie, qui résume à grands traits l’action de Manuel Valls depuis 2012, le film vaut surtout par son rappel, dans la première, du parcours de ce « Petit Chose » devenu « central » au Parti socialiste. Des années de formation auprès de Michel Rocard – l’ancien premier ministre le reconnaît comme un de ses « héritiers » – aux années de Matignon auprès de Lionel Jospin où il devient expert de la communication politique, puis aux années d’Evry , alors député de l’Essonne et maire de cette ville de banlieue, il fabrique la « marque » Valls en parlant sécurité et laïcité bien avant que ces sujets ne soient à la mode socialiste.
Ou comment, dragué en vain par Nicolas Sarkozy en 2007 au nom de l’ouverture, puis peu à peu remarqué à l’aile droite du PS pour son parler « cash », il monte une marche décisive en se présentant à la primaire de 2011 puis en devenant le bras droit indispensable du candidat Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012.
Ou comment, dragué en vain par Nicolas Sarkozy en 2007 au nom de l’ouverture, puis peu à peu remarqué à l’aile droite du PS pour son parler « cash », il monte une marche décisive en se présentant à la primaire de 2011 puis en devenant le bras droit indispensable du candidat Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012.
Au point que, aujourd’hui, Manuel Valls apparaît comme le seul parmi les quinquagénaires du PS à pouvoir briguer un jour la magistrature suprême. Dommage, d’ailleurs, que ni Arnaud Montebourg, ni Pierre Moscovici, ni Vincent Peillon ne s’expriment dans le film, tout comme Jean-Marc Ayrault, qui aurait eu sans doute beaucoup à dire sur son successeur.
Manuel Valls candidat en 2022 ? L’idée est acquise et on sent bien que Franz-Olivier Giesbert adorerait même qu’il le soit dès 2017, pour la dramaturgie politique qui en découlerait. Mais comme prend soin de le préciser François Hollande à la toute fin de ces quatre-vingt dix minutes, Manuel Valls « a le temps devant lui » et doit encore « apprendre à faire très bien ce pour quoi [il] a été nommé ». C’est-à-dire premier ministre et uniquement cela.
Manuel Valls, le matador, de Franz-Olivier Giesbert et Virginie Linhart (France, 2015, 95 min). Lundi 13 avril à 20h50, sur France 3.
Par Bastien Bonnefous Journaliste au Monde

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 Jean-Marc Ayrault dans les yeux d’Elise

LE MONDE | 13.04.2015 | Par Hélène Bekmezian
L’enfer de Matignon raconté par la fille de l’ex-chef du gouvernement (Lundi 13 avril à 22 h 25, sur France 3).
Jean-Marc Ayrault ne semble pas amer ni rancunier. Un peu interdit plutôt, meurtri aussi, par ces deux années à Matignon et par la façon dont elles se sont terminées. C’est sa fille Elise qui, au terme du documentaire qu’elle lui consacre – Mon père, ce Ayrault –, le dit : pour elle, sa démission fut un « soulagement ». « Tu souffrais pour moi… », relance l’intéressé.
C’est la première fois que l’enfer de Matignon est ainsi raconté, vu par les yeux d’une enfant de premier ministre remercié sans grande délicatesse ce dernier jour de mars 2014. Ses blessures, ses regrets, ses incompréhensions, Jean-Marc Ayrault ne les cache pas à l’objectif de sa fille. « Les journalistes ont dit que Manuel Valls avait tout fait pour prendre ta place, notamment manœuvrer avec Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle, Benoît Hamon… », l’interroge Elise. « Oui, ça, c’est vrai », répond-il, avant de se défendre : « Ce n’est pas un problème d’autorité »,mais une « dérive de la communication plus que de l’information [qui] ne facilite pas l’exercice de la responsabilité politique ». « Navrante », juge-t-il également, cette façon de faire de François Hollande, qui « donne des consignes à des ministres par-dessus la tête du premier ministre et par SMS ».
La caméra tourne également lorsque l’ancien maire de Nantes, énervé après l’annonce d’un redécoupage régional prévoyant une fusion de sa région, les Pays de la Loire, avec le Poitou-Charentes, reçoit un appel du chef de l’Etat. L’échange est court, tendu et, au bout du fil, on entend la voix d’un président un peu désemparé, arguant que « la Bretagne ne veut pas de fusion avec Pays de la Loire », mais que « rien n’est encore [décidé] ». « Il m’a appelé avant que je m’exprime, c’est trop tard, je ne peux plus m’exprimer maintenant », conclut, rageur, M. Ayrault, qui finira par se contenter d’une courte déclaration sur Twitter.
Des scènes politiques entrecoupées d’autres plus intimes. On y voit sa femme, Brigitte, noyée au milieu des cartons de déménagement venant de Matignon, qui envahissent le petit salon de la maison à Nantes ; la grand-mère, Georgette, « qui collectionne les caricatures » du « pauvre Jean-Marc »,ou encore la petite-fille, qui s’enquiert de savoir comment s’est passée « la première journée » de son grand-père à l’Assemblée. Lui réapprend à bêcher son jardin, nettoie son combi Volkswagen ou regarde « House of Cards » dans le train entre Nantes et Paris.
Excepté François Hollande, et brièvement Michel Rocard, aucun autre responsable politique n’est interrogé. Sans contradiction apportée à ses propos, Jean-Marc Ayrault garde le beau rôle : il s’humanise et apparaît désintéressé des jeux de cour du cénacle politico-parisien sans en être dupe non plus. Le titre, finalement, prend tout son sens ; pour sa fille, il n’est pas qu’un jeu de mots.
Mon père ce Ayrault, d’Elise Ayrault (France, 2015, 50 min). Lundi 13 avril à 22 h 25, sur France 3.
Hélène Bekmezian Journaliste au Monde
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   C’est le titre du documentaire qu’Elise Ayrault a consacré à son père, Jean-Marc Ayrault. Un documentaire qui sera diffusé lundi, à 22 h 25, sur France 3 Portrait à la fois intime et politique de Jean-Marc Ayrault par sa fille Élise, ce film raconte les coulisses de la démission de l’ancien maire de Nantes […]
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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