neuf-quinze – Cette  » pauvreté  » des médias pour éclairer les téléspectateurs sur une tragédie de l’histoire

 neuf-quinze@arretsurimages.eu 14/04/2015

Arménie : le carré de rois de France 2

09h15 – Le pape vient de prononcer le mot de génocide, à propos de l’Arménie. Service public oblige, il f’aut donc rappeler au public de Pujadas ce que fut le génocide arménien. Mais le rappeler en intéressant le télespectateur moyen. En lui expliquant en quoi le génocide arménien, cette vieillerie du dernier siècle, le concerne, lui, aujourd’hui.
On imagine le journaliste se demandant comment il va attaquer son sujet, quelle est l’accroche la plus forte. L’explication historique pure ? Rasoir. Le centenaire ? Trop conventionnel. Le diplomatique (la Turquie, après cette déclaration, vient de rappeler son ambassadeur au Vatican) ? Trop compliqué. Et finalement il a l’illumination : passons en revue les Arméniens français célèbres. A commencer évidemment par l’Arménien des Arméniens, Aznavour.
Le sujet historique s’ouvre donc sur la photo sur fond noir de Charles Aznavour…
 à qui succède, toujours sur fond noir, le coureur automobile Alain Prost…
lui-même suivi du footballeur Youri Djorkaeff…
alors que complète le carré le compositeur André Manoukian (de la Nouvelle Star).
On comprend la philosophie sous-jacente de cette construction narrative, en forme de crypte audiovisuelle (les photos proviennent d’ailleurs apparemment du Mémorial de la Shoah) : chaque téléspectateur de France 2 a fredonné Ma bohême. Un peuple qui a donné Aznavour au monde (et en prime, Prost, Djorkaeff et Manoukian), ne peut pas être totalement inintéressant. Ses morts ne méritent pas de passer par pertes et profits. Les Quatre sont au génocide ce que Nikos Aliagas est à la crise grecque : une porte d’entrée, dont le téléspectateur, présumé somnolent et distrait, est présumé avoir besoin.
 Daniel Schneidermann
Note complémentaire Le génocide arménien, le premier du XXe siècle fut perpétré par l’empire ottoman en 1915. Il commença le 24 avril 1915 par l’assassinat à Constantinople (actuelle Istanbul) de 600 notables arméniens. Au total, environ 1,2 million d’Arméniens seront assassinés sur ordre du gouvernement de l’empire turc.
Rappelons que cette tragédie épouvantable n’a jamais été reconnue par l’Etat turc et qu’encore aujourd’hui, les historiens et les intellectuels turcs, qui dénoncent ce génocide d’Etat, sont persécutés.
Ce négationnisme d’Etat est aggravé par l’indifférence de la communauté internationale. Il provoque de la souffrance chez les descendants des victimes arméniennes. Il agit aussi comme un poison dans la conscience des Turcs.
http://istanbul.blog.lemonde.fr/2012/01/20/taner-akcam-la-negation-du-genocide-est-une-industrie/
Le pape François et le catholicos Karékine II lors de la messe commémorant le génocide arménien au Vatican, dimanche. Andreas Solaro/AFP

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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