La fausse rumeur du logement moins cher

Charlie Hebdo du 8 avril 2015 – Jacques Littauer
La presse économique panique à la vue de la récente baisse des prix de l’immobilier. Mais le vrai problème, c’est l’accès au logement. Pour cela, une seule solution : fixer des loyers maximaux.
« Immobilier : la baisse des prix de l’ancien s’accentue à Paris » (Les Échos), « sale temps pour les maisons de vacances » (Le Monde)… Serait-ce enfin la fin d’une folle époque durant laquelle les prix avaient plus que doublé entre 2000 et 2007 à Marseille, à Lyon et en Ile-de-France ?
Pas vraiment. Car la baisse reste faible : -6% dans la capitale pour l’ancien en trois ans, et un prix moyen du mètre carré qui se maintient à près de 8 000 euros (soit 400 000 euros pour un appartement de 50 mètres carrés). A ce prix là, seuls 7% des parisiens peuvent s’acheter un logement (contre un tiers en 1988).
130409-Patrimoine-chimulusOn sait pourquoi les prix avaient augmenté : insuffisance de l’offre, montée de la demande (notamment avec les foyers d’une personne, célibataires, familles monoparentales ou retraités), arrivée d’investisseurs étrangers… et c’est bien sûr aujourd’hui la crise qui explique la (petite) baisse des prix.A cela s’ajoute le scandale des logements vacants, qui représentent 7% du total à Paris. Certes, la loi prévoit désormais la possibilité de les réquisitionner, mais cela n’est pas possible dans de nombreux cas : logement proposé à la vente ou à la location, règlement de succession, travaux. Et il y aussi les bureaux dont le nombre est pléthorique et que « visitent » régulièrement les associations Jeudi noir ou Droit au logement. Depuis le 1er janvier 2105, les bureaux vides sont ainsi taxés à Paris, comme c’est déjà le cas à Lille.
Mais il existe aussi des phénomènes pervers sur le marché du logement : ainsi, il apparaît que des mesures bien intentionnées, comme les aides au logement destinées aux étudiants, ont principalement pour effet de … pousser à la hausse des loyers. C’est ainsi les propriétaires qui empochent l’aide de l’État. 
 Aujourd’hui, les ménages consacrent près du quart de leurs revenus (22% exactement) aux dépenses courantes de logement (ce qui inclut le loyer – ou le remboursement de l’emprunt – et les charges) : c’est deux fois plus que pour les dépenses d’alimentation ou de transport. Que faire face à cela ? 
Mal-logementLa solution qui vient immédiatement à l’esprit est l’encadrement des loyers. Mais, hurlent aussitôt les libéraux, le plafonnement est « la meilleure solution pour détruire une ville, juste après le bombardement« . Car si les loyers ne sont pas libres, le « juste prix« , celui qui équilibre l’offre et la demande de logements, ne peut s’établir. Et si les loyers sont trop bas, les propriétaires vont délaisser l’entretien de leurs logements, la qualité de ceux-ci va se dégrader… ce qui n’est vrai que quand les loyers sont vraiment trop bas. Mais fixer un montant maximum aux loyers, ça marche ! En Allemagne, les principales villes se sont dotées d’un « miroir des loyers ». Si un locataire estime que son loyer est supérieur de 20% au « loyer-miroir », il peut saisir un juge chargé de rectifier l’anomalie. Ainsi, les loyers des Berlinois sont… quatre fois inférieurs à ceux des Parisiens.
Cela est si vrai que la Mairie de Paris a décidé à son tour d’encadrer les loyers à partir de juillet. Certes modestement. Selon le dispositif, le loyer d’un logement ne pourra dépasser de plus de 20% un loyer de référence (ni lui être inférieur de plus de 30%). Un petit pas dans la bonne direction car on ne peut pas laisser le marché de l’immobilier « libre » de toute intervention. Ses effets sont trop importants en termes de discrimination, de ségrégation, d’inégalités. Donc,  plafonnons les loyers et, demain, plafonnons aussi les tarifs des banques et des assurances, les prestations des médecins  et les prix de l’énergie ou des transports.    

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Logement, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.