Plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme – La réalité en face sur le racisme – Il faut crever l’abcès

Le Monde 17/04/2015
Le premier ministre, Manuel Valls, présentait vendredi un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, très attendu dans un contexte de recrudescence des actes antimusulmans et antisémites. Il se rendra pour l’occasion à Créteil, théâtre d’une violente agression antisémite en décembre, lorsqu’un couple avait été séquestré à son domicile, la jeune femme violée et leur appartement cambriolé.
racisme.jpg stopLes associations, en première ligne sur le terrain, attendent beaucoup de ce plan dont l’enveloppe pourrait, selon certaines sources, atteindre 100 millions d’euros. Son annonce avait été promise par l’exécutif après les attentats de janvier à Paris. « L’Etat doit avoir une vraie logique d’accompagnement du milieu associatif, alors que ces dernières années le secteur a été dramatiquement fragilisé en termes de subventions et de reconnaissance symbolique », a affirmé Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme. « Si on ne traite pas ces questions et si on ne remet pas ces dynamiques en avant, on va vers une désagrégation lente et sourde de la société, dont on voit ce qu’elle coûte », a-t-il ajouté. Cette visite survient sur fond d’explosion des actes racistes. Au premier trimestre, 226 actes antimusulmans ont été recensés, soit six fois plus que sur la même période de l’an dernier, selon l’observatoire contre l’islamophobie, qui a évoqué jeudi une explosion après les attentats de Paris. Mais un sentiment d’insécurité s’installe aussi chez les juifs français, alors que le nombre d’actes antisémites a doublé l’an dernier par rapport à 2013, sous l’effet notamment d’un « nouvel antisémitisme » dans les quartiers populaires, avec des violences progressant davantage que les injures. Dans un rapport, la Commission nationale consultative des droits de l’homme vient de souligner le maintien de préjugés antimusulmans, antisémites et anti-Roms, même si, paradoxalement, elle estime que les Français sont devenus un plus tolérants.

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La réalité en face sur le racisme –  Il faut crever l’abcès

L’Obs 16-04-2015  Par Thomas Guénolé Politologue
Oui, les Français sont racistes : alors parlons-en
thomas guénoléLE PLUS. La Commission nationale consultative des droits de l’homme a publié, le 9 avril dernier, son rapport annuel sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Le constat est sans appel : si les Français deviennent plus tolérants, les actes à caractère racistes augmentent. Pour le politologue Thomas Guénolé, il faut ouvrir un vrai débat national sur le racisme en France.

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Une manifestation contre le racisme à Paris
Oui, les Français sont lourdement racistes. Ce n’est pas une opinion : c’est un constat scientifique. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a en effet publié les résultats de sa grande enquête sur la tolérance en France pour l’année 2014, et ils sont terrifiants.
 Des résultats qui donnent la nausée
 Sans entrer dans le détail de toutes les données collectées, une brève sélection permet de se faire une idée de la gravité du problème. Pour 1 Français sur 10, traiter quelqu’un de « sale Noir » ne doit pas être condamnable en justice. Pour 6 Français sur 10, les juifs ont un rapport particulier à l’argent. Pour 4 Français sur 10, les juifs ont trop de pouvoir en France.
 Pour 6 Français sur 10, on a plus de chances d’accéder aux aides quand on n’est pas Français. Pour 4 Français sur 10, les Arabes constituent en France un groupe à part. Pour 8 Français sur 10, non seulement les Roms exploitent très souvent leurs enfants, mais ils vivent essentiellement de vols et de trafics. Le reste est à l’avenant : pour le résumer d’une phrase, les résultats de cette enquête donnent la nausée.
 Constater que les Français sont majoritairement racistes et faire l’effort de quantifier le problème pour le prouver scientifiquement, c’est une chose. Réagir au problème, c’en est une autre. Alors, que faire ?
Un vocabulaire pseudo-culturel pour alibi
 En premier lieu, il est urgent que les médias mettent devant leurs responsabilités les éditorialistes qui propagent des idées racistes. Lorsqu’Eric Zemmour déclare prendre le pari que 90-95% des délinquants mineurs sont soit des Noirs soit des Maghrébins, cela signifie qu’il n’a aucune preuve : or, postuler ce type de généralité sans preuve, c’est du racisme.
philippe-tesson Lorsque Philippe Tesson explique que selon lui, ce sont les musulmans qui « amènent la merde » en France, c’est un cas d’école de vocabulaire pseudo-culturel pour accuser les Arabes d’être une population criminogène. Ce racisme utilisant un vocabulaire pseudo-culturel pour alibi est d’ailleurs de plus en plus répandu.
 Or, dans les cas malheureusement récurrents d’éditorialistes tenant des propos incontestablement racistes, on assiste depuis une dizaine d’années à un assoupissement généralisé de leurs confrères, leur capacité d’indignation et de contre-argumentation vigoureuse s’émoussant de plus en plus sous l’accusation d’être « politiquement correct ».

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 Pour mémoire, ce ne sont pas les contradicteurs d’Eric Zemmour qui sont politiquement corrects : c’est juste Eric Zemmour qui est raciste.
 Boycotter les auteurs de propos racistes
 VialattePlus largement, les grands médias devraient assumer de boycotter d’office tout auteur de propos incontestablement racistes. Par exemple, le député UMP du Var Jean-Sébastien Vialatte, commenta des actes de vandalisme en 2013 en ces termes : « Les casseurs sont sûrement des descendants d’esclaves ».
 Un boycott médiatique généralisé à son égard serait justifié. Il va de soi que le rétablissement de cette censure antiraciste ferait hurler plusieurs mégaphones du racisme contemporain : les médias de droite dure, les médias d’extrême droite, et les sites Internet d’extrême droite raciste de type « Riposte laïque » ou « Boulevard Voltaire ». Cela suppose donc que les grands médias assument ceci : oui, la liberté d’expression s’arrête là où commence la parole raciste.
 En outre, dans le sens du rapport de 2009 du CSA sur le racisme et les discriminations dans l’audiovisuel français, il est visiblement urgent de mettre à la télévision davantage de présentateurs qui ne soient pas des hommes blancs. La sous-représentation des « minorités visibles » (en clair, principalement les Arabes et les Noirs) est en effet un cas d’école de racisme. Incidemment, selon le CSA, davantage de diversité à l’antenne entraînerait mécaniquement une baisse des préjugés racistes.
 Il faut crever l’abcèsracisme s'unir30
 Enfin, il est indispensable et urgent d’ouvrir un vrai débat national sur le racisme en France. Il ne s’agit plus d’ânonner paresseusement, mécaniquement, que « le-racisme-c’est-mal ». Il faut qu’on en parle vraiment : en organisant des débats contradictoires, en donnant la parole à des témoignages de victimes du racisme ordinaire, en multipliant les reportages, en diffusant des documentaires sur ce problème, etc.
 À cet égard, il est d’ailleurs nécessaire que les grands médias assument un rôle de pédagogie antiraciste : en s’adressant à l’intelligence des gens, pour leur démontrer, un par un, que chaque cliché raciste est faux.
 Bref, il faut absolument que notre pays ait une véritable conversation nationale sur son problème de racisme. Il faut crever l’abcès.
Aujourd’hui, ce n’est pas l’antiracisme qui est politiquement correct : c’est la parole raciste qui se répand confortablement sur nos ondes. Il est donc grand temps que chacun prenne sa part de responsabilité dans l’endiguement de la haine : par l’argumentation, par l’intransigeance ; et grâce au démontage patient, brique par brique, de la rhétorique mensongère des racistes.
Édité par Anaïs Chabalier  Auteur parrainé par Mélissa Bounoua
Sur le web : ISLAMALGAME – Préjugés, racisme, les actes islamophobes explosent

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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