Les libéraux en ont marre de la démocratie

Charlie Hebdo – 29 avril 2015 – Jacques Littauer –
Pour les libéraux; les élus sont coupables de lâcheté et de résistance aux « réformes ». Puisqu’ils ne sont pas capables de prendre les bonnes décisions, il faut les y forcer…
Cette fois-ci, il s’est lâché. Le très conservateur ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a affirmé que « la France serait contente que quelqu’un force le Parlement » à voter de dures réformes. Ces « réformes », elles se résument en une seule expression : réduire les droits sociaux.
Pour Schäuble, c’est parce que l’Allemagne a poursuivi cette voie qu’elle connaît ses succès actuels. Et c’est sûr qu’il y a de quoi se réjouir : avec les « mini-jobs », ces emplois précaires sous-payés et sans couverture sociale ou presque, créés par le social-démocrate Gerhard Schröder dans son « Agenda 2000 », l’Allemagne parvient à avoir un taux de pauvreté supérieur à celui de la France (26% contre 14%), alors que ses exportations sont les plus élevées du continent !
2378264749En vérité, c’est un massacre social sans précédent depuis 1945 qui est en cours en Allemagne – avec des emplois payés 1 euro de l’heure (!) pour des travaux d’intérêt public – qui compte aujourd’hui des millions de travailleurs pauvres. Coiffeurs à 5 euros de l’heure, chauffeurs de taxi à 7 euros de l’heure… Voilà le belle œuvre (présentée comme modèle par les « experts » français des grands médias télévisuels…) des « lois Hartz », du nom de Peter Hartz, l’ancien directeur du personnel de Wolkswagen. Certes, les choses se sont un peu améliorées, avec l’introduction récente du salaire minimum à 8,50 euros de l’heure. Mais de nombreux patrons ont usé d’astuces pour ne pas le verser, par exemple en réduisant le temps de travail de leurs salariés pour leur payer le même salaire mensuel, ou en demandant aux salariés d’effectuer leurs tâches en moins de temps…
Wolfgang-SchäubleSelon Schäuble, Michel Sapin ou Emmanuel Macron « ont de longues histoires à raconter sur la difficulté à convaincre l’opinion publique et le Parlement de la nécessité de réformes du marché du travail« . Mais c’est parce que ce ne sont pas les bonnes réformes ! Les mauvaises : accroître les cotisations sociales des entreprises qui licencient le plus ou qui recourent aux contrats précaires, donner aux salariés leur mot à dire sur la marche de l’entreprise, permettre aux personnes à temps partiel de passer à temps plein…, voilà l’exemple des « réformes du marché du travail » qui auraient l’assentiment de la population.
Derrière tout cela, il y a un débat plus profond : celui de la pertinence de la démocratie pour gouverner nos sociétés. Pour la tradition dite « ordo-libérale » allemande, mélange de juridisme et de néolibéralisme il faut se méfier des hommes politiques, toujours suspectés de populisme et de gestion à court terme. A leur place, cette doctrine soutien qu’il faut édicter des règles qui leur lient les mains.

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C’est bien sûr ce que ne cesse de faire l’Union européenne, d’abord avec les « critères de Maastricht », en 1992, qui fixaient des plafonds d’inflation, de déficit et de dette, puis avec le « Pacte de stabilité et de croissance » (1997). Aujourd’hui, c’est le pacte budgétaire, qui veut ramener le « déficit budgétaire structurel » à 0% du PIB et qui prévoit une réduction automatique de la dette. Des dispositions qu’il convient d’inscrire dans la législation, « de préférence de manière constitutionnelle » (histoire de ne plus jamais pouvoir les changer), et dont l’application sera surveillée par une autorité « indépendante ». 
Il ne suffit pas d’inscrire les objectifs dans la loi pour que l’économie soit bien dirigée. Pour cela, il faut de l’imagination et de l’intelligence, par exemple afin d’organiser au mieux la transition écologique. Deux qualités dont Wolfgang Schäuble semble cruellement dépourvu.                 

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