Comment les pays-Bas ont pompé le sang d’Athènes

Charlie Hebdo – 29 avril 2015 – Angélique Kourounis –
Alors que le bras de fer entre la Grèce et la zone euro continue, un rapport sur la fraude fiscale organisée révèle que la Hollande a largement contribué à la faillite grecque.
4589968_3_b21b_le-ministre-des-finances-neerlandais-jeroen_998753b3882430e07a1362157fa6c2aeQuestion : est-il possible d’être ministre des Finances d’un pays qui, légalement, organise la fraude fiscale de multinationales et en même temps être à la tête de l’Eurogroupe, qui affiche « une lutte sans merci contre la fraude fiscale » en Europe ? (L’Eurogroupe est la réunion mensuelle – et informelle – des ministres des Finances des États membres de la zone euro, en vue d’y coordonner leur politique). Oui. Jeroen Dijsselbloem, ministre des finances néerlandais est bien président de l’Eurogroupe, alors que selon le rapport de l’ONG hollandaise SOMO, les Pays(-Bas organisent, légalement, l’exonération d’impôts des multinationales, y compris celles qui investissent en Grèce. Or, c’est précisément via la lutte contre la fraude fiscale que le gouvernement Tsipras entend rééquilibrer les comptes du pays, sans avoir recours aux mesures d’austérité exigées par les créanciers du pays, FMI et zone euro.
Ce qui explique pourquoi SOMO a choisi Athènes pour présenter son rapport de 120 pages dénonçant ces pratiques financières. Un rapport où l’on apprend que « près de 80% des investissements directs » des Pays-Bas vers la Grèce passent par de simples « boîtes aux lettres ». SOMO, qui s’est basée sur les données du FMI et de l’OCDE*, a épluché durant un an et demi tous les rapports publics de comptes et bilans des sociétés multinationales qui « investissaient » en Grèce. « Le principe est simple, explique Karim McGauran, la Hollande ne fait rien d’autre que d’offrir les mêmes services juridiques et fiscaux qu’offrait le Luxembourg, qui accordait, via des accords, des réductions fiscales aux entreprises. Il suffit d’avoir une ou plusieurs boîtes aux lettres et de très bons fiscalistes. » A noter que l’ex-Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, a été ministre des Finances pendant vingt ans et qu’il a précédé Jeroen Dijsselbloem à la tête de l’Eurogroupe de 2005 à 2013. Actuellement, il n’est « que » président de la Commission européenne. Allez, disons que le monde est petit…
Tous à La Barbade ! « 
« En Grèce comme ailleurs, les plus grosses entreprises ont souvent recours à des montages compliqués pour éviter la taxation », explique l’euro-députée verte Eva Joly, venue en Grèce présenter le rapport SOMO. Vice-présidente de la commission spéciale sur les rescrits fiscaux, elle ne mâche pas ses mots pour pointer du doigt la politique de deux poids, deux mesures de l’Eurogroupe en la matière : « Je suis venue ici pour dénoncer l’injustice du système fiscal grec, qui pressurise les retraités et la classe moyenne et qui laisse les multinationales utiliser les structures de paradis fiscaux dont le seul objectif est de ne pas payer d’impôts. Jeroen Dijsselbloem n’a pas de mots assez durs pour empêcher la Grèce d’avoir accès à un bol d’air financier, alors que lui, en secret, vole les recettes fiscales de la Grèce. »

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Neuf grands groupes, dont les noms ont été rendus publics dans le cadre de la vaste enquête LuxLeaks publiée en novembre 2014, sont au cœur de ce rapport, qui démontre que, pour la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, l’optimisation fiscale via d’autre pays de l’Union européenne « s’est amplifiée depuis le début de la crise en 2007, pour éviter les hausses d’impôts visant à enrayer les déficits publics des États. »
Pour la Grèce, l’exemple le plus criant est celui du géant canadien Edorado Gold, qui veut ouvrir une mine d’or à ciel ouvert en Chalcidique, troisième destination du pays. Le projet est très contesté par la population depuis des années, mais l’ancien gouvernement le présentait comme « l’investissement du siècle ». SOMO accuse Eldorado Gold et sa filiale grecque Ellinikos Xrisos d’avoir mis en place un montage financier impliquant les Pays-Bas et La Barbade qui lui permet de soustraire plus de 1,7 million d’euros d’impôts au fisc grec et 700 000 euros de cotisations sociales. « Les trois filiales grecques de la compagnie utilisent douze entreprises boîtes aux lettres en Hollande, qui ne produisent aucun service, tout en ayant des millions d’actifs », souligne Karim McGauran. De ce fait, toutes les filiales de la compagnie aux Pays-Bas « liées au paradis fiscal de La Barbade » n’ont pas d’employés, « sauf, une« , tout en détenant des avoirs de 2 milliards d’euros. 
Ce rapport n’a évidemment pas fait les grands titres des médias grecs ou étrangers, à quelques exceptions près. tous préfèrent se concentrer sur les négociations avec les créanciers du pays et trier la sonnette d’alarme, « car le temps presse« , comme le souligne notre ministre des Finances, Michel Sapin. En effet, il serait temps de parler des vrais responsables de la crise. En attendant, Jeroen Dijsselbloem, s’est déclaré officiellement candidat à un deuxième mandat à la tête de l’Eurogroupe
* L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est une organisation internationale d’études économiques, dont les pays membres — des pays développés pour la plupart — ont en commun un système de gouvernement démocratique et une économie de marché.      

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