A Bruxelles, les banques achètent la démocratie pour pas cher

Charlie Hebdo – 6 mai 2015 – Jacques Littauer
Les dépenses de lobbying des banques à Bruxelles ne cessent d’augmenter. Elles veulent éviter, au sein d’un système qui fait la part belle aux intérêts privés, que des réglementations trop strictes soient adoptées. Une chose bien trop facile.
im_res_431La démocratie se veut moderne : elle se rebaptise « gouvernance » et veille à la représentation des intérêts de la « société civile ». La société civile, c’est tout ce qui n’est pas la politique traditionnelle : pas de partis politiques, pas de syndicats.Mais des associations, des représentants de professions, et… des entreprises. Il existe une défense intellectuelle du lobbying – car c’est de cela qu’il s’agit – selon laquelle les lobbyistes sont censés mieux connaître le sujet que le législateur, qu’ils « aident » à prendre les meilleures décisions, tandis que le débat entre lobbies opposés (la chimie d’un côté, les écologistes de l’autre) doit permettre à la vérité d’émerger. 
Selon l’ONG Corporate Europe Observatory, il y aurait 30 000 lobbyistes rien qu’à Bruxelles, les monde des affaires occupant chaque immeuble de bureaux dans un rayon de un kilomètre autour des sièges de la Commission européenne, du Conseil et du Parlement.
Mais soyons rassurés,  l’Union européenne agit : tous les officiels de l’exécutif européen doivent désormais rendre publics leurs contacts avec les groupes de pression. Surtout, les lobbies qui souhaitent pouvoir rencontrer les commissaires européens et les membres de leurs cabinets. Ces derniers doivent depuis 2014 s’inscrire dans un « registre de transparence ». Mais rien n’est prévu pour interdire les « pressions amicales » auxquelles sont habitués les parlementaires te fonctionnaires européens.
1-06-humour-banquesParmi les lobbies les plus puissants, on compte les banques, qui sont très actives pour défendre leurs intérêts – pardon : pour participer à l’élaboration de la Loi commune. Ainsi, Deutsche Bank a dépensé 4 millions d’euros en 2014 pour ses activités de lobbying auprès des institutions européennes. Elle est suie par UBS et le Crédit suisse, pour environ 1,5 million d’euros chacune. La première banque française est Banque populaire Caisses d’épargne (BPCE), qui aurait dépensé entre 1 et 1,25 million d’euros en 2014 – sans doute afin de rester »populaire ». 
Pourquoi dépenser de telles sommes ? Parce que les banques redoutent que les hommes politiques deviennent un jour sensibles à la colère de l’électorat vis-à-vis du système financier, qui dérègle un peu plus chaque jour l’économie mondiale !
frais-bancairesSuite au krach de 2008, il avait ainsi été proposé de revenir à l’une des idées les plus géniales du New Deal de Roosevelt, dans les années 1930 : couper  en deux les banques, pour séparer la banque qui finance l’économie (la « banque de dépôt ») et celle qui spécule (la « banque d’affaires »). Ainsi, quand la banque d’affaires fait n’importe quoi, on la laisse couler, sans faire appel à l’épargnant pour la sauver. Cela faisait partie des promesses de François Hollande. Mais la « loi de séparation bancaire » a été complètement vidée de son contenu par… les hauts fonctionnaires, les élus et les ministres, terrorisés à l’idée de gêner aux entournures les grandes banques françaises, qui figurent parmi les plus importantes du monde.
De même, on a vécu un grand moment de reniement lorsque, en 2014, le gouvernement « socialiste » français a ouvertement critiqué le commissaire européen Michel Barnier pour son projet d’interdiction de certaines activités spéculatives des banques. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a même jugé « irresponsable » les propositions de Bruxelles.  
Avec de tels dirigeants, on se dit que les banques n’ont pas besoin de faire beaucoup de lobbying pour obtenir tout ce qu’elles veulent. Le problème, ce n’est pas seulement leur argent, mais les allers-retours des cadres supérieurs entre public et privé (à l’exemple de Emmanuel Macron formé à la banque Rothschild et nommé ministre des Finances…), et surtout cette conviction généralisée (on pourrait aussi bien dire « matraquage médiatique ») qu’il ne faut pas gêner les entreprises si l’on veut favoriser la croissance et l’emploi.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Economie, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.