Dopage : l’enquête qui détruit le système

Sports.fr – 05/05/2015 – Olivier Chauvet –
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Lancé en 2008 dans le cyclisme, le passeport biologique, qui s’est depuis développé au sein d’autres disciplines (athlétisme, natation, sports d’hiver), même s’il n’a pas encore été généralisé au sein de sports aussi populaires que le football, le tennis ou le rugby, est rapidement apparu comme une arme efficace pour lutter contre le dopage en complément des habituels contrôles. En effet, ce dernier permet de mesurer sur le long terme le profil biologique d’un athlète en répertoriant ses différents contrôles urinaires et sanguins. Sans avoir subi un contrôle positif, ce dernier pourra ainsi être déclaré positif si ses données physiologiques présentent des taux anormaux.
Mais un reportage diffusé dimanche dans Stade 2 et consacré à l’étude scientifique du docteur Pierre Sallet, qui travaille en collaboration avec l’Agence mondiale antidopage, démontre les limites de ce système. Huit sportifs de haut-niveau, dont Cédric Fleureton, vice-champion d’Europe du triathlon en 2005 et 2006, ont ainsi accepté sciemment de se doper sous contrôle médical strict pour en observer les effets sur leurs performances. Ces derniers ont ainsi réalisé plusieurs tests (d’effort, un contre-la-montre et un 3000m en salle), avant de prendre sous forme de micro-doses, de l’EPO, des corticoïdes et des hormones de croissance, sans oublier une auto-transfusion sanguine.
Trois semaines, plus tard, les résultats sont impressionnants, même si différents entre les sujets. Ainsi, une amélioration de leurs performances a été observée sur tous les tests: progression moyenne de 6,1% sur le test d’effort, 2,3% sur le contre-la-montre, comme si le 22e du dernier championnat du monde de la discipline finissait premier. Sur le 3 000 mètres en salle, le groupe a progressé en moyenne de 2,8%. L’un des athlètes a même gagné 31 secondes, ce qui placerait le 41e mondial en 2014 à la première place… en trois semaines et avec seulement 12 injections micro-dosées. Un micro-dosage qui est donc bel et bien efficace, mais aussi indétectable par les normes actuellement en vigueur dans le cadre du passeport biologique.   
Certains, comme Guillaume Antonietti, ont même observé des changements dans leur vie privée ou professionnelle, se caractérisant par une « agressivité » inhabituelle. D’autres, comme Emmanuel Duranton (coureur de fond), ont été pris de malaise lors de l’autotransfusion. Des images et des témoignages chocs qui n’ont bien sûr pas manqué de faire réagir. Présente en plateau, l’ex-ministre des Sports, Valérie Fourneyron, désormais présidente du comité médical de l’Agence mondiale antidopage, a indiqué « ne jamais vouloir baisser les bras dans cette lutte pour protéger les sportifs propres et leur santé ». « Les sportifs ne peuvent pas être des cobayes. On doit pouvoir aller plus loin », a-t-elle ajoutée.
« Il faut se donner les moyens de lutter. Cela passe par la recherche, mais aussi la prévention. Ces images sont édifiantes et choquantes », a pour sa part réagi le marcheur Yohann Diniz. Les sportifs et plus particulièrement les coureurs cyclistes, particulièrement sensibilisés à cette question, ont également livré leur sentiment sur les réseaux sociaux et si certains spécialistes s’interrogent sur la rigueur scientifique de cette étude, elle a le mérite de poser clairement la question en espérant peut-être pouvoir faire avance les choses.

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