Indre-et-Loire – La pyrale, cette chenille qui fait beaucoup de dégâts et gagne toute la France

La Nouvelle République 08/05/2015
Après une première vague d’attaque l’automne dernier, la pyrale est de retour dans les jardins de Touraine. Et menace sérieusement le buis.

Des buis taillés pour créer le paysage autour du château.

Tradition oblige, le buis est très présent dans les parcs et jardin de Touraine. Un terrain de développement idéal pour la pyrale. – dr
Penché sur les petites feuilles vert tendre, Arnaud Cartier compte. Les mains plongées dans les petites bordures de buis, le stagiaire du laboratoire universitaire Innophyt évalue minutieusement la population de chenilles pyrales du jardin botanique de Tours. Cet insecte est le prédateur n° 1 de ce printemps, qui menace rien moins que l’un des symboles des parcs tourangeaux : le buis.

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Pour protéger ses sculptures de verdures centenaires, Villandry a sorti l’arsenal lourd : traitement préventif à base de bacillus thuringiensis (Bt), pièges à phéromone pour attraper les mâles et extinction des lampes de façade pour ne pas attirer les papillons. Et ça paie : les équipes de Maxime Cornillon, qui chapeaute le programme de recherche universitaire, n’ont trouvé qu’une seule chenille au jardin. « Le fait d’être à la campagne, où il y a moins de lumière, ça joue aussi », pointe Henri Carvallo, propriétaire du domaine.
Dévorés jusqu’à la moindre brindille
Les jardins de Tours n’ont pas cette chance. Météo propice aidant, la pyrale y a fait des ravages ces dernières semaines. Au jardin botanique, quelques cônes et plusieurs mètres de bordure ont été littéralement dévorés, « jusqu’à la moindre brindille », décrit Sylvie Saulnier, responsable des collections végétales et animales de la Ville. « A Tours-Nord, ils ont même dû en arracher plusieurs plans. » Une vigilance maximale des jardiniers de la Ville sur la petite chenille verte a permis de traiter à temps, et d’éviter le pire.
abuis pyrale-d5a80Chez les particuliers en revanche, c’est l’hécatombe. « Beaucoup de clients viennent nous voir pour se procurer des traitements, soit en bio, comme le BT, soit des produits plus «  chocs  » », a constaté Frédéric Savary, patron de la jardinerie Truffaut à Chambray-lès-Tours. D’autres renoncent complètement face aux attaques répétées et fulgurantes de l’insecte. « Certains se tournent vers d’autres plantes d’ornement du type Lonicera Nitida », un chèvrefeuille arbustif qui, lui aussi, peut être taillé en « boule ».
On a très peu de recul sur cette chenille, on apprend au fur et à mesure », souligne le directeur du château d’Amboise, Jean-Louis Sureau. Les jardins renaissances ont connu une invasion vite contenue par un traitement et plusieurs jours de pluies intenses. « Il existe des insecticides plus ou moins forts, mais dans les lieux où l’on reçoit du public, nous sommes très prudents. Et si les traitements sont efficaces momentanément… le parasite peut revenir 10 jours plus tard ! », prévient-il, peu optimiste pour l’avenir du buis en Touraine. D’autant que deux champignons menacent aussi la plante : le Vollutella buxus, qui se développe par temps humide, a déjà ravagé un quart des allées du château de Vaux-le-Vicomte, en Seine-et-Marne.
Si les parcs et jardins ont les moyens de surveiller le nuisible comme le lait sur le feu et de traiter à répétition, rare sont les amateurs à pouvoir veiller leur buis d’aussi prêt. A force d’attaques, la plante s’épuise. Et meurt.
La pyrale infernale
abuisJARDIN-DAUTOMNE-SITE-023-300x200A l’heure où la planète s’enflamme, s’effondre et se déchire… Il pourrait apparaître dérisoire de s’intéresser à la vie de la démoniaque pyrale du buis. Erreur. A l’exemple du frelon asiatique qui a semé la terreur en Touraine il y a peu, cette petite chenille est en train de ravager les buis du Jardin de la France. Petit à petit le lépidoptère défigure ces jolies plantes aux formes arrondies. Et si les professionnels assurent pouvoir en endiguer l’invasion, les particuliers, eux, tremblent. A 127 € le prix d’un buis de 60 cm, les pertes risquent d’être abyssales.
le chiffre : 127
C’est, en euros, le prix d’un buis boule de 60 cm sur le site internet de la jardinerie Truffaut. Il est alors âgé d’une dizaine d’années. Ensuite… « Les prix sont exponentiels suivant la taille du buis », note Frédéric Savary, manager de la jardinerie située à Chambray. « C’est une plante à pousse longue, de 5 à 6 cm par an, et qui demande à être taillé 2 à 3 fois par an… Une boule d’une trentaine d’années dépassera facilement les 10.000 € ! », explique-t-il. « D’ailleurs, les grands buis de ce type sont quasiment introuvables », ajoute-t-il. Le godet, vendu quelques euros, mettra plusieurs dizaines d’années à prendre sa taille d’ornement.
Un buis nouvelle génération

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Comme les marronniers il y a quelques années, les oliviers plus récemment, ou encore les vignes, tous les types de plantes peuvent être victimes d’un parasite agressif, souvent venu « d’ailleurs ». Outre les luttes ponctuelles, qui ne peuvent qu’endiguer les dégâts, la solution durable consiste à sélectionner des variétés résistantes. « Selon l’Inra, nous pourrions disposer de cultivars immunisés d’ici trois ou quatre ans », avance Jean-Louis Sureau, directeur du château d’Amboise. Un programme national nommé « save the buxus » est d’ailleurs lancé pour trouver les solutions de biocontrôle contre la pyrale et les maladies du dépérissement du buis.
Mariella Esvant Indre-et-Loire
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Note Il n’y a pas que la Touraine. Cela se passe aussi en région nantaise dans une allée  du jardin de  Kozett que cela désespère : une dizaine de grosses boules datant de plus de quinze ans ...

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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