En Guadeloupe, Hollande rappelle la « nature irréparable du crime » de l’esclavage

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« Je reprends à mon compte les mots d’Aimé Césaire quant à la nature irréparable du crime de l’esclavage. »

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Extrait du discours donné hier par le président François Hollande lors de  l’inauguration du Mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), monument consacré  à l’esclavage. Le chef de l’Etat a également annoncé qu’il « [s’acquitterait] de la dette que nous avons » envers Haïti. Le Monde 11/05/2015

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 En Guadeloupe, Hollande rappelle la « nature irréparable du crime » de l’esclavage
Le Monde | 10.05.2015 Par David Revault d’Allonnes (Pointe à Pitre (Guadeloupe), envoyé spécial)
En conférant une dimension particulièrement actuelle à un discours mémoriel, François Hollande a inauguré, dimanche 10 mai à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), le Mémorial ACTe, ou « centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage », un centre de recherche et de culture sur la mémoire de l’esclavage qui ambitionne d’accueillir 300 000 visiteurs par an.

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S’exprimant dos à la mer, devant cet impressionnant ensemble architectural, composé d’un enchevêtrement d’aluminium posé sur un bloc de granit incrusté d’éclat de quartz symbolisant les âmes des esclaves morts, et situé « à Darboussier, là où des générations de Guadeloupéens ont travaillé pour l’industrie du sucre », le président, convoquant l’abbé Grégoire, Victor Schœlcher, les Nègres marrons ou encore Toussaint Louverture, et bien d’autres, a minutieusement revisité l’histoire de la traite et le long combat pour l’abolition, « des premières razzias aux dernières insurrections victorieuses ». Il a également « salué les minutieuses recherches des générations d’historiens et la stimulante persévérance des militants de la mémoire, mais aussi les talents des artistes de toutes disciplines qui nous révèlent ce que furent ces temps et ce qu’en firent ces gens ».
« Le débat sur les réparations, je le sais, n’est pas épuisé, a déclaré François Hollande. Je reprends à mon compte les mots d’Aimé Césaire quant à la nature irréparable du crime. Cependant, en lui donnant un nom et un statut en 2001, le Parlement français accomplissait un acte de vérité, de courage et de justice, indispensable, la première des réparations. En l’inscrivant dans les programmes scolaires, à tous les niveaux d’enseignement, conformément à la loi, réparation est faite de l’oubli et de l’occultation. Mais il reste à explorer l’incommensurable legs laissé par toutes ces générations », a poursuivi M. Hollande.
« De nouveaux négriers monnaient des cargaisons humaines »

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Accompagné par cinq ministres, Ségolène Royal (environnement), Christiane Taubira (justice), laquelle fut à l’origine de la loi de 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité, Fleur Pellerin (culture), Annick Girardin (francophonie) et Georges Pau-Langevin (outre-mer), le chef de l’Etat, qui avait déjà visité le mémorial en petit comité avec Victorin Lurel, président région Guadeloupe, dans la nuit de samedi à dimanche, a officiellement arpenté le musée organisé autour de 39 « îles » et de six archipels (les Amériques, l’esclavage et la traite négrière, le temps de l’esclavage, le temps des abolitions, le temps d’après et aujourd’hui), avant d’accueillir les deux chefs d’Etat africains, le Sénégalais Macky Sall et le Malien Ibrahil Boubacar Keita.
« Il nous faut le dire à haute voix, les habitants de ces territoires n’ont jamais hésité sur les devoirs, mais il est arrivé à la République de tergiverser sur leurs droits », a posé François Hollande à propos de la situation des Antilles. « Aujourd’hui, c’est l’égalité réelle que nous devons exemplaire. C’est l’intérêt de la France toute entière », a-t-il poursuivi. Mme Taubira, qui avait déjà fourni au président la première mouture du discours, avait rejoint le président pour mettre la dernière main à son propos, quelques minutes avant le début de la cérémonie. Et la patte de la garde des seaux se sentait dans le propos présidentiel.
Le chef de l’Etat a évoqué l’esclavage moderne, rappelant que « la traite d’êtres humains trouve une nouvelle vigueur. De nouveaux négriers monnaient des cargaisons humaines. Des passeurs criminels en Méditerranée remplissent des bateaux d’êtres humains. Des terroristes qui en Syrie, en Irak ou au Nigeria capturent des innocents, le plus souvent des femmes, pour les vendre ou les posséder et qui s’inventent des prétextes religieux pour justifier leurs crimes ».
Mais le président a également voulu implicitement conférer une dimension de politique nationale à son propos, sur fond de montée électorale du Front national : « Les Outre-mers nous donnent l’exemple du destin partagé quand les identités multiples enrichissent celle, commune, de la nation. Et en ces temps troublés, où ceux qui ne voient pas l’avenir croient pouvoir trouver refuge dans le repli, le rejet et parfois la haine ; il nous vient des Outre-mers la démonstration que les différences s’entrelacent et embellissent l’ensemble. » Pointant « d’autres dangers, d’autres menaces », il a rappelé que « le racisme blesse quand il ne tue pas. Aucune société n’est immunisée contre ce poison mortel ».
François  Hollande n’a en revanche pas soufflé mot de la polémique engagée par Elie Domota, leader du LKP et l’UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe), qui avait fustigé le coût du mémorial (83 millions d’euros, dont 37 financés par le conseil régional), implanté dans le quartier pauvre du Carénage, au regard de la situation sociale dans l’île. Mais son propos se voulait éminemment politique, donc. « A un moment où la France se divise, l’histoire et la mémoire peuvent constituer des ferments pour l’unité et le rassemblement et des forces pour l’avenir », indique un conseiller du président. Un message que M. Hollande devrait réitérer à l’occasion de la panthéonisation de quatre figures de la Résistance, Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolète et Jean Zay, le 27 mai prochain.
David Revault d’Allonnes (Pointe à Pitre (Guadeloupe), envoyé spécial)  Grand reporter au service politique. En charge de l’Elysée

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