Indochinois en Camargue – Ce soir lundi 18 mai sur France 3 : « Riz amer » : Les rizières de l’oubli

Le  MONDE | 18.05.2015
Entre 1939 et 1940, des milliers d’Indochinois débarquent en France pour prêter main-forte à l’effort de guerre (lundi 18 mai à 23 h 35 sur France 3).
Il faut parfois du temps à la République pour avouer ses fautes. Et l’oubli total dans lequel sont tombés des milliers de travailleurs indochinois venus en France entre 1939 et 1940 prêter main-forte à la lointaine mère patrie en guerre est une faute qui n’a pas été avouée avant… octobre 2014.

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Des Indochinois dans une rizière en Camargue (1941). Pointe Sud

Réalisé par Alain Lewkowicz, à partir du livre de Pierre Daum (Immigrés de force, Actes Sud), ce documentaire sobre et émouvant s’appuie sur des témoignages de proches et témoins directs que viennent enrichir des images d’archives inédites, notamment celles des actualités du régime de Vichy dans la zone Sud. Le travail du tandem Daum-Lewkowicz permet d’éclairer enfin cette zone d’ombre de l’histoire de France.
Mal nourris, mal vêtus, mal logés, privés de droits sociaux et de pensions, payés une misère dans les poudreries, les usines d’armements puis, une fois la France vaincue, dans les rizières de Camargue pour quelques centaines d’entre eux, ces travailleurs venus du bout du monde (les Annamites comme l’appelaient les autorités) ont vécu une expérience douloureuse.
Un travail harassant
Sous l’égide de la Main-d’œuvre indigène (MOI) qui applique le décret du 29 août 1939 concernant le droit de réquisition, ces ouvriers non spécialisés, souvent analphabètes, sont envoyés par bateau de Haïphong et Saïgon en France. A leur arrivée à Marseille, certains inaugurent la toute nouvelle prison des Baumettes, aménagée pour l’occasion ! Répartie en soixante-treize compagnies, cette main-d’œuvre indigène est rapidement disséminée à travers le territoire. En découvrant le monde industriel, le choc est rude.
Après la défaite, changement de décor pour quelques centaines d’Indochinois, envoyés dès 1941 en Camargue afin de travailler la culture du riz. Dans une France qui a faim, l’ingénieur Henri Maux, qui a passé une dizaine d’années en Indochine, a l’idée d’acclimater la riziculture en Camargue. Il peut profiter de cette main-d’œuvre qualifiée pour ce travail harassant et dont le salaire misérable correspond à un dixième du salaire de l’ouvrier français de l’époque !
Une aubaine
Grâce à la technique du repiquage, le riz consommable « made in France » apparaît dès 1942. Pour le gouvernement du Maréchal, c’est une aubaine. Et comme Mme Pétain est arlésienne d’origine, Vichy brode toute une mythologie autour de la culture camarguaise, exhibant au passage ces travailleurs exotiques travaillant dur dans les rizières. C’est sans doute l’une des raisons pour laquelle la présence de ces travailleurs indochinois, remplacés à la Libération dans les rizières par des Italiens et des Espagnols, a été gommée de la mémoire collective si longtemps.
Durant le Festival du riz qui se tient chaque année à Arles, nulle trace d’Indochinois. Officiellement, le riz est une invention camarguaise aux influences espagnoles. La souffrance physique et morale des travailleurs indochinois, dont le retour au pays s’est étalé de 1946 à 1952, est restée absente de la mémoire collective pendant longtemps.
En octobre 2014, une stèle à la mémoire de ces travailleurs du bout du monde est enfin inaugurée dans la cour de la mairie annexe d’Arles. A cette occasion, le président du syndicat des riziculteurs prononce un discours édifiant : « Il est de notre devoir de rendre hommage aux travailleurs indochinois venus travailler en France durant cette triste période. La vérité, c’est reconnaître les douleurs et les tragédies que vous avez traversées… »
Alain Constant

Riz amer, les Indochinois en Camargue, d’Alain Lewkowicz et Pierre Daum (France, 2015, 52 min). Lundi 18 mai à 23 h 35 sur France 3.

20 000 travailleurs forcés d’Indochine oubliés par la France

Travailleurs indochinois dans le camp de Mazargue à Marseille.Crédit DR

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Camp Bao Dai à La Ferté (Saône et Loire).

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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