Maudite croissance

Charlie Hebdo – 20/05/2015 – Jacques Littauer –
L’Institut national de la statistique l’a dit : la croissance est de retour. Une petite bénédiction due aux achats des consommateurs. Mais cela ne va pas résoudre tous nos problèmes. 
On n’osait plus y croire. Pourtant, cette fois, c’est vrai, elle est là, elle nous entoure de ses petits bras protecteurs : la croissance est de retour. Il y a croissance quand on vend plus de voitures, de téléphones portables, de médicaments, de n’importe quoi en fait, peu importe. Le gâteau économique appelé « produit intérieur brut », vaut en gros 2 000 milliards d’euros, soit 30 000 euros par mois. Mais bien sûr, ce n’est pas tout à fiat comme ça que ça se passe.
La semaine dernière, les compteurs se sont affolés lorsque l’INSEE a annoncé que le PIB avait bondi de… 0,6% au premier trimestre.Une nouvelle qui a ravi le gouvernement, désormais certain d’atteindre son prudent objectif de 1% de croissance pour cette année. Plus extraordinaire encore : il se pourrait même que le chômage baisse ! Après trois années de hausse (largement due à la politique du gouvernement), voilà que la fameuse « inversion de la courbe » deviendrait réalité.
Un petit gâteau plutôt qu’un gros
blog150_dessintignousMais il n’y a pas de quoi pavoiser : si baisse du chômage il y a, elle sera modeste, quelques milliers de chômeurs tirés d’affaire tout au plus, quand leur nombre a augmenté de plus de 550 000 depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Soit 518 chômeurs de plus chaque jour, autrement dit un chômeur ou une chômeuse de plus toutes les trois minutes – nuits, Week-ends et jours fériés compris. Pour François Hollande, Manuel Valls et Michel Sapin, LE problème de l’économie française, c’est le coût trop élevé du travail : c’est parce que les salaires coûtent trop cher (notamment à cause de ces satanées « charges » sociales) que nous ne sommes pas assez « compétitifs » (comprendre : nous ne vendons pas assez à l’Allemagne qui nous vend trop). C’est pour cela que la politique du gouvernement est toute  entière axée sur la « baisse des charges » qui « pèsent » sur les entreprises, en espérant que les patrons vont répercuter cette baisse sur le prix de leurs produits, ce qui leur permettra d’exporter nos parfums et nos yaourts dans le monde entier. A y réfléchir, cette politique est étonnante : dans quel autre domaine l’État verse-t-il des dizaines de milliards d’euros sans demander de contrepartie à ceux qui les reçoivent ?  

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Bien sûr, Pierre Gattaz s’est engagé à créer un million d’emplois avec les 40 milliards (600 euros par habitant) du « pacte de responsabilité ». Mais cela n’arrivera pas, et on ne va pas pour autant lui demander de rembourser les gros cadeaux qui lui auront été faits. Or, la croissance toute nouvelle, d’où vient elle ? Des exportations ? Non, elles stagnent. Si l’économie française redémarre un petit peu, c’est grâce à vous tous : par vos achats de tout un tas de choses, vous avez fait tourner la machine.   
Mais on n’ira pas trop loin : le chômage est trop fort et les salaires sont trop faibles pour que les ménages puissent durablement consommer (sauf à s’endetter comme des américains ou des anglais histoire de se préparer une nouvelle crise). Et surtout, le drame de cette histoire, c’est que tous les éditorialistes influents ont recommencé à gloser sur la possible baisse du chômage et donc sur les chances subséquentes de réélection de Français Hollande.
hollande-et-valls-a-lecoute-des-francais-dessinAlors que la croissance, c’est le problème ! Il faut cesser de vouloir faire grossir le gâteau, pour se préoccuper de tout un tas d’autres choses, comme ligoter la finance, augmenter les revenus les plus bas, réduire ceux du haut, donner un emploi à chacun, assurer les droit au logement, à l’éducation ou à la santé, et se mettre (enfin !) à la transition écologique.Par pitié, donnez-nous du temps libre, du bien être, des produits sains… Pas de la « croissance ».

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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