Internationale – Liaisons dangereuses entre services secrets allemands et américains

LE MONDE | 30.05.2015 |
4644011_6_96d9_barack-obama-et-angela-merkel-en-2013-a_775ee39c8d1d8c639af6ab5500e730a7
Les révélations sur les écoutes de la NSA continuent d’embarrasser la chancelière Angela Merkel
Dans un entretien publié par la Süddeutsche Zeitung samedi 30 mai, Angela Merkel réaffirme comme à l’été 2013 : « Espionner ses amis, cela ne se fait pas ». Pourtant tout indique que les services secrets allemands ont espionné des Européens, notamment des Français, pour le compte des Américains.
Refusant de s’exprimer « sur un aspect particulier du travail des services de renseignement », Angela Merkel répète qu’elle « tient pour important » ce « principe exigeant » qu’elle a énoncé. Ce scandale montre l’étroitesse des liens, voire la « soumission » – selon le terme du SPD – de l’Allemagne à l’égard des Etats-Unis en matière d’espionnage.
« Nos experts ne se sentent pas armés pour juger le droit allemand », explique Karen Donfried, conseillère de Barack Obama pour les questions européennes.
Le plus ennuyeux pour Mme Merkel fut la publication, le 9 mai, par la Süddeutsche Zeitung, du contenu des courriels qu’ont échangés Christoph Heusgen, son conseiller diplomatique, et Karen Donfried, conseillère de Barack Obama pour les questions européennes, entre le 18 juillet 2013 et le 9 janvier 2014.
Le contexte est explosif : début juin, Edward Snowden a révélé les techniques d’espionnage de l’Agence nationale de sécurité américaine (la NSA). Le 22 septembre, la chancelière remet son mandat en jeu. Le 18 septembre, M. Heusgen écrit qu’au cours d’une conférence de presse prévue le lendemain, Mme Merkel assurera que « le droit allemand est respecté sur le sol allemand ». Et donc que la NSA n’écoute pas les Allemands à partir de leurs installations en Allemagne. Christoph Heusgen demande à « dear Karen » de publier une déclaration dans ce sens. Le lendemain, celle-ci répond : « Pour nous, bien sûr, l’essentiel est que nous respections le droit américain », ajoutant même : « Nos experts ne se sentent pas armés pour juger le droit allemand. »
Dépendance ancienne
Le pire est à venir. Début août, Angela Merkel envoie à Washington Ronald Pofalla, ministre à la chancellerie. De retour, celui-ci annonce que « l’affaire est réglée » car « les Américains ont proposé de conclure un accord de non-espionnage ». Le problème est que rien dans la correspondance entre « dear Christoph » et « dear Karen » ne permet de l’affirmer. Bien au contraire. D’où le soupçon : l’entourage d’Angela Merkel a-t-il menti pour remporter les élections ?
En fait, la dépendance de l’Allemagne à l’égard du grand frère américain est ancienne. Dans un livre publié fin 2013, Überwachtes Deutschland (« L’Allemagne surveillée », non traduit en français), l’historien Josef Foschepoth montre comment, en 1945, les Américains estiment avoir affaire à deux ennemis – les Soviétiques et les Allemands – et s’organisent en conséquence. Jusque dans les années 1960, les services de renseignement allemands « étaient un enfant des forces d’occupation », résume-t-il.
Une loi de 1968 prévoit que toutes les informations recueillies par le BND, les services de renseignement, doivent être transmises aux Alliés. Si les forces britanniques et françaises ont, entre-temps, quitté l’Allemagne, ce n’est pas le cas des Américains. Un Memorandum of Agreement, conclu en 2002 entre les deux gouvernements – et dont une partie reste secrète –, prévoit que la station d’écoute que les Etats-Unis possèdent à Bad Aibling (Bavière) soit désormais gérée par les Allemands mais qu’en échange, ceux-ci leur fournissent les informations qu’ils demandent. Pourvu qu’elles respectent les intérêts allemands, ce qui n’a pas été le cas. D’où le scandale actuel.
Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant) journaliste

La France espionnée avec ses propres moyens

Le Monde | 30.05.2015 | Par Jacques Follorou
Paris a fourni à Berlin du matériel qui a permis aux Allemands et aux Américains de surveiller les Français
« Il existe une forme de naïveté française, on oublie trop vite que le renseignement allemand est génétiquement lié aux services américains »
Les Français espionnés avec des moyens techniques qu’ils auraient eux-mêmes fournis… c’est un raccourci qui fera peut-être sourire, mais il permet d’entrevoir les paradoxes et les entrelacs d’un monde du renseignement qui obéit, souvent, à ses règles propres et s’est affranchi, peu à peu, d’un véritable contrôle politique
Lire

4643983_7_1a31_au-centre-d-interceptions-de-bad-aibling-en_0b02cea0273b2739feebd989aadedbc7

4643985_6_d675_au-centre-d-interceptions-de-bad-aibling-en_321b03e47f516b1a5b96a2dfdd535ea0

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Défense, Europe, International, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.