Nicolas Sarkozy définit sa République : Autorité, identité et laïcité sont les trois piliers du nouveau parti de droite

LE MONDE | 30.05.2015 | 
pFIGSAFHERCRA« Bernard-l’hermite du discours politique » – comme l’a qualifié le politologue Gaël Brustier dans un article publié sur Slate –, Nicolas Sarkozy choisit ses coquilles selon ses besoins du moment.
« La rupture » et « l’ouverture », parmi d’autres, sont tombées dans l’oubli après avoir été vidées de leur sens. Place à la nouvelle « coquille » dans laquelle l’ancien président a décidé d’emménager, à compter de ce samedi 30 mai. En rebaptisant son parti « Les Républicains », M. Sarkozy, cette fois, a vu grand.
La République, c’est une adresse autrement prisée qu’une UMP percluse d’affaires et de querelles ; des fondations anciennes et solides, une maison si spacieuse qu’on y logeait tous – ou à peu près – sans même y prêter attention. Non content d’avoir lexicalement mis à la porte, par un article défini, ceux qui ne se reconnaissent pas dans son parti, l’ancien chef de l’Etat a déjà entrepris de remodeler l’édifice à sa guise.
 Il s’y était essayé une première fois, il y a une dizaine d’années, alors qu’il était ministre de l’intérieur et qu’il mettait en place le Conseil français du culte musulman. Ode à la diversité, valorisation des religions en général et de l’islam en particulier, remise en cause de la loi de 1905… Très « américaine », cette République anciennement rêvée par M. Sarkozy est rangée dans les tiroirs.
« Assimilation », « incompatible avec l’assistanat »
Changement radical de décor, cette fois. A la fois juge et partie, l’architecte a signé un arrêté de péril avant de prendre possession des lieux. Selon un procédé qu’il affectionne : la question rhétorique qui entraîne un assentiment obligatoire : « Qui pourrait affirmer que le besoin n’existe pas d’une rénovation de notre République qui a trop souvent, ces dernières années, donné le sentiment de céder ? », s’interroge-t-il dans un entretien au Figaro du 6 mai. « Nous sommes nombreux à penser que la République a trop reculé face aux entorses multiples qui sont faites à ses principes », répond-il dans un courrier adressé le même jour aux adhérents de l’UMP.
De ce sombre constat découle la suite. Quand on s’en approche, la République de M. Sarkozy a les allures d’une forteresse assiégée. La République « réclame l’assimilation », elle « est incompatible avec l’assistanat », avait proclamé le président de l’UMP le 7 novembre 2014. Ceux « qui n’éprouvent pas la fierté d’être français », ceux-là « abîment la République », avait-il ajouté dans un discours où il avait convoqué le général de Gaulle, Clemenceau, Victor Hugo ou Gambetta.
aSarkozy-Patrick-BuissonDans l’ombre de ces grandes figures apparaissait entre les lignes de ce discours un improbable duo : le jacobin Henri Guaino et le maurrassien Patrick Buisson. Adepte du grand écart, M. Sarkozy avait puisé son inspiration auprès de l’un et de l’autre lors de sa campagne présidentielle de 2007. Huit ans plus tard, sa nouvelle République semble être la fusion de ces courants de pensée : autoritaire et identitaire. Deux autres personnalités que tout oppose, Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, l’ont indiqué dans la tribune qu’ils ont cosignée dans Le Monde : « Nous souhaitons nous appeler Les Républicains, car nous défendons avant tout l’identité républicaine. »
A mille encablures de celle qu’il défendait il y a dix ans, la République désormais promue par M. Sarkozy est celle de l’identité nationale, du nom du ministère et du débat sulfureux qu’il avait instaurés au début de son quinquennat. L’ancien président, celui-là même qui affirmait au Latran, en décembre 2007, que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur », multiplie les références à une laïcité pour le moins intransigeante, sinon agressive.
« Laïcité d’affrontement »
Cible à peine masquée : l’islam, qui suscite beaucoup de craintes et d’aversion, en particulier dans l’électorat de droite et d’extrême droite. Cette utilisation d’un principe fondateur de la République n’est pas du goût de Régis Debray. L’écrivain et philosophe, qui s’apprête à rédiger un « vade-mecum » à ce sujet, se dit hostile à une telle « laïcité d’affrontement ». « Ce principe est destiné à assurer la paix civile. Il n’est pas fait pour exclure, mais pour neutraliser ; ni pour écraser, mais pour désamorcer », rappelle-t-il.
Sarkozy se sert d’un autre pilier traditionnel de la République, l’école, pour dénoncer en des termes outrés la réforme du collège présentée par le gouvernement. « Une réforme désastreuse, peut-être irréversible, pour notre République », a-t-il déclaré le 11 mai aux Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). L’école va devenir « médiocre au lieu d’être exigeante », a prédit M. Sarkozy, en accusant la gauche d’avoir « construit l’école de l’injustice au nom de l’égalitarisme ».
Sarkozy habille la République de ses mots. Outre la laïcité, reviennent souvent dans sa bouche « l’autorité », « la reconnaissance et la valorisation du travail », « le mérite et l’excellence », « la responsabilité », ou encore « la liberté ». La fraternité et l’égalité attendront.
Jean-Baptiste de Montvalon Journaliste au Monde
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