Au fond, c’est quoi être riche en France ?

Siné Mensuel N° 43 Juin 2015 – Pierre Concialdi
Pour n’exclure personne de la société, il faudrait limiter les écarts de revenu dans un rapport de un à quatre ou de un à six maximum. 
Pas moins de 300 000 euros de retraite chapeau pour l’ancien pédégé de PSA, 3 millions d’euros de « simple » rémunération plus un joli paquet « d’actions de performance » pour le pédégé de Renault, Carlos Ghosn, soit un pactole de 7 millions d’euros par an.
Pour le salarié moyen qui émarge à 2 157 euros par mois (soit environ 2 900 euros brut ou 35 000 euros annuels), ces chiffres ont de quoi donner le tournis. C’est trop, bien sûr, mais où fixer la limite de la richesse ? La pensée économique dominante qui n’arrête pas de fustiger le « coût » trop élevé du travail reste muette sur cette question. Essayons de l’éclairer.
On peut s’accorder sur l’idée que l’objectif premier de toute société est de procurer à l’ensemble de ses membres les ressources minimales permettant de participer à la vie sociale. Sinon, on ne fait tout simplement pas société. Quel est ce minimum nécessaire ? Environ 1 400 euros par mois et équivalent adulte selon l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Résultat : il faudrait transférer environ 70 milliards des plus riches aux plus pauvres pour que tout le monde ait la capacité de participer à la vie sociale.
ecart-cgtcg08-cg08-syndicat-cgt-ardennes-08Pour atteindre cet objectif, on peut imaginer un processus simple. On commence par toquer à la porte de l’individu le plus riche pour lui présenter une petite taxe qui ramène son niveau de vie à celui du voisin du dessous, la personne immédiatement au-dessous d’elle en terme de niveau de vie. On récupère des ressources qui permettent d’améliorer la situation des personnes les plus pauvres. Puis on recommence le même processus avec toutes les personnes qui se situent au niveau de vie maximum en abaissant pas à pas leur niveau de vie jusqu’à recueillir les 70 milliards nécessaires Lorsque c’est le cas, on a atteint le seuil de la richesse.
Autrement dit, dans cette définition, une personne peut être considérée comme riche si elle dispose d’un surplus de revenus tel que cela empêche une partie de la population d’avoir le minimum nécessaire pour participer à la vie sociale.
Platon débordé sur sa droite  
Où se situe aujourd’hui ce seuil de richesse ? Si l’on considère les seul revenus, on peut estimer qu’il est voisin du niveau de vie des 5% de ménages les plus riches. Pour une personne seule, le seuil maximum de niveau de vie est de 3 900 euros, ce qui représente un revenu avant impôts de 4 800 euros par mois. Si on compare ce revenu à celui d’un smicard, on n’est pas très loin de l’ami Platon qui proposait un rapport de un à quatre.
En réalité, les choses sont un peu plus complexes car il faudrait aussi tenir compte du patrimoine qui est le principal signe distinctif des riches. Sur ce terrain,c’est l’omerta statistique. Une estimation conservatrice (c’est à dire sympa pour les riches), donnerait un revenu global avant impôt d’un peu plus de 7 000 euros par mois. Soit un écart de revenu maximal de un à six. Platon est débordé sur sa droite, mais on est encore très loin des propositions généralement avancées sur cette question. Encore un effort, camarades !

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