Indignation – Pratique abominable : Des parlementaires se mobilisent contre le broyage de poussins vivants

LE MONDE | 10.08.2015

Old chicks of 1day France. Biosphoto / Cyril Ruoso

« Chaque année, près de 50 millions de poussins sont éliminés »
Considérés comme inutiles par la filière avicole des millions de gallinacés mâles sont tués à la naissance chaque année.
Mâle ou femelle ? Pour nombre d’espèces la question est déterminante. Pour les poules et les coqs d’élevage, elle a un effet immédiat. Quelques heures après être sortis de leur œuf, futures pondeuses et poussins mâles sont séparés. Les seconds sont considérés comme inutiles. Comme ils n’ont pas les mêmes caractéristiques que les poulets élevés pour leur chair, ils sont directement éliminés : gazés, jetés vivants dans une broyeuse mécanique ce qui est légal ?– ou bien entassés dans un sac-poubelle où ils vont progressivement étouffer – ce qui ne l’est pas.
Ces dernières semaines, trente-six parlementaires ont interpellé le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, sur ces pratiques. Ces vingt-six députés et dix sénateurs, membres d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), mais aussi du Parti socialiste (PS) et du groupe Les Républicains (LR), ont exprimé peu ou prou leur stupéfaction d’apprendre ce qui se passe dans les couvoirs, où l’on met à mort sans aucune considération des millions de gallinacés chaque année. Pour ne prendre qu’un exemple, François Loncle (PS), député de l’Eure, appelait de ses vœux une solution pour parvenir à « un abandon de la pratique abominable du broyage des poussins », dans une question écrite au gouvernement publiée au Journal officiel le 30 juin. On pourrait aussi citer Jean-Vincent Placé (EELV), Jean-Marie Bockel (UDI) ou Olivier Dassault (LR).
Poussins écrabouillés sur le sol
Une telle mobilisation en faveur de toutes jeunes volailles n’a pas fini de surprendre l’association L214, qui milite pour que les animaux ne soient plus traités « comme des déchets », selon Brigitte Gothière, porte-parole.
« Nous avons écrit à tous les parlementaires à ce sujet, c’est la première fois que nous rencontrons un tel succès auprès d’eux. Je pense que si les poussins les ont fait réagir, c’est que dans le milieu politique comme le grand public on est loin d’imaginer les réalités de l’élevage industriel aujourd’hui. Chaque année, 90 millions d’œufs éclosent dans les couvoirs, la moitié environ, près de 50 millions, sont éliminés. »
La cruauté certes, mais aussi une forme de gaspillage de la vie animale : ces pratiques finissent par choquer.
Le mouvement d’indignation actuel est né d’une vidéo tournée clandestinement par un employé d’un couvoir de Bretagne. On y voit des poussins agonisants au milieu d’une benne à ordures ou même écrabouillés sur le sol. Après l’avoir postée sur son site en novembre, L214 avait écrit à Stéphane Le Foll et lancé une pétition qui a engrangé 85 000 signatures. « Ses services avaient alors indiqué qu’ils allaient se pencher sur cette question, remettre à plat des normes de la mise à mort en dehors des abattoirs, témoigne Brigitte Gothière. Comme rien ne s’est passé depuis, nous lui avons écrit à nouveau en avril en lui proposant de détailler les avancées de l’Allemagne sur cette question. »
Détermination du sexe dans l’œuf
Le ministre allemand de l’agriculture, Christian Schmidt, a en effet annoncé une interdiction prochaine de l’élimination des poussins mâles dans les couvoirs outre-Rhin. Car l’université de Leipzig a mis au point une méthode de détermination du sexe des volailles dans l’œuf, au troisième jour de leur développement, grâce à une technique de spectrométrie, ce qui permet de trier les embryons avant leur éclosion. Les mâles n’en réchappent pas pour autant. Si le principe s’avère généralisable, des mesures réglementaires pourraient s’appliquer dès 2017.
Le ministère de M. Le Foll assure, lundi 10 août, qu’une réponse sera apportée aux parlementaires, dans laquelle seront rappelés le cadre réglementaire européen mais aussi le souhait de « faire évoluer les pratiques dans l’aviculture française ». Le cabinet précise qu’il finance en outre actuellement « des études sur des outils permettant le sexage des poussins avant l’éclosion ».

a photo of an adorable chick protected by hands

L214 note pour sa part que l’opinion publique évolue vis-à-vis de la cause animale. Près de 250 000 personnes suivent désormais ses écrits sur Facebook. Tenant compte de ces évolutions, l’Assemblée nationale a modifié le code civil en janvier 2015 pour élever les bêtes au rang d’« êtres vivants doués de sensibilité ».
Lire aussi le post de blog : Plongée dans l’univers sordide des élevages en batterie de poules pondeuses
Martine Valo journaliste Planète

!amour animauxcid_part1_02050908_03090701@orange

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans animaux, Débats Idées Points de vue, Nature, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.