Avant la COP21, quels sont les engagements des États pour le climat ?

Le Monde.fr –  Alexandre Pouchard  – 26.08.2015
4613836_3_8b68_quelques-mois-avant-la-conference-paris_3d609261ca2a8e696643fabbd25892a7Quelques mois avant la conférence Paris climat, en décembre, des États ont commencé à rendre leurs contributions établissant leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre. REUTERS/MIKE SEGAR
Quelques mois avant la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015, le président américain Barack Obama a présenté son plan pour le secteur énergétique des Etats-Unis. Il a, entre autres, choisi d’imposer aux centrales électriques américaines une forte baisse d’émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 32 % d’ici 2030, pour parvenir à l’objectif national de 26 à 28 % de baisse des rejets à l’horizon 2025.
60 % Au 26 août, 56 pays (dont les 28 de l’Union européenne) ont rendu leur contribution auprès de l’ONU. Un premier point d’étape avait été fixé au 31 mars pour ceux qui étaient « prêts à le faire ». Les autres le feront progressivement jusqu’à la prochaine date limite, fixée au 1er octobre. Au total, les Etats qui ont rendu leurs contributions représentent pour le moment 58,1 % des émissions mondiales, notamment après celle de la Chine (23,2 %), des Etats-Unis (12,64 %), de la Russie (4,9 %) et du Japon (2,6 %). L’Inde (6,3 %) manque encore notamment à l’appel, entre autres.
1. Émissions de gaz à effet de serre : des périmètres différents
Difficile de comparer les engagements de réduction de GES entre eux car, avant une éventuelle uniformisation lors de la COP21, chaque Etat détermine la « date référence » à partir de laquelle il met en place ses mesures de réduction.
40 % Ainsi, les 28 Etats de l’Union européenne se sont engagés à réduire de 40 % ses émissions de GES d’ici à 2030 par rapport à 1990, soit la même date que celle évoquée dans le protocole de Kyoto, signé en 1997 et entré en vigueur en 2005. La Russie, la Norvège ou encore la Suisse ont choisi la même date référence.
Lire : Protocole de Kyoto : dix ans après, tout reste à faire
26 à 28 % Les États-Unis se sont engagés à une réduction de 26 à 28 % d’ici à 2025… mais par rapport au niveau de 2005. Cette année-là, le pays a connu un pic d’émissions à 5,8 milliards de tonnes d’équivalent CO2 émises (combustion de ressources fossiles inclue), contre 5,2 milliards en 2013 par exemple. Le Canada a proposé le même objectif de réduction d’ici à 2025, lui aussi ayant connu une forte augmentation de ses émissions entre 1990 et 2005.
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Les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis, en milliards de tonnes d’équivalent CO2.
2. L’enjeu des forêts
25 à 30 % La Russie a rendu une copie en apparence ambitieuse en s’engageant à réduire de 25 à 30 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990. Seulement, Moscou mise beaucoup sur ses forêts, qui représentent 25 % de la surface forestière mondiale. Qualifiées de « puits de carbone » car stockent le CO2, elles permettent de compenser des hausses d’émissions.
Le projet russe est finalement limité et présente « l’avantage » de ne pas avoir à changer en profondeur son modèle énergétique. Mais il pourrait être contrarié par les flammes : le World Resources Institute (WRI) s’est inquiété début avril de la croissance des incendies de forêt dans le monde et notamment en Russie. Le pays a perdu 4,3 millions d’hectares par an en moyenne entre 2011 et 2013, ce qui constitue le quart des pertes forestières mondiales.
La Russie n’est pas seule à jouer ce jeu-là : la Chine et l’Union européenne ont également inclus l’effet de stockage de CO2 par les forêts dans le calcul des émissions. En revanche, le Gabon, recouvert à 88 % par la forêt, ne l’a pas inclus dans le périmètre de réduction de ses émissions.
3. Le marché du carbone
50 % La Suisse a elle aussi fixé un objectif ambitieux : une réduction de 50 % de ses émissions de GES d’ici à 2030 par rapport à son niveau en 1990. Mais la Confédération helvétique, outre l’inclusion de la forêt dans le périmètre d’action, prévoit également d’avoir massivement recours au marché du carbone (à hauteur de 20 %), en achetant des crédits carbone et en participant à des projets de réduction d’émissions à l’étranger. Seuls les 30 % restants constitueront réellement une réduction des émissions nationales.
L’Union européenne, la Russie et les États-Unis, notamment, se sont engagés à ne pas inclure les marchés de compensation dans leur effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Qu’est-ce que le marché carbone ?
Le marché carbone est un mécanisme financier qui permet à des entreprises « économisant » l’émission des tonnes d’équivalent CO2 de vendre ces tonnes sous forme de crédits. D’autres entreprises ne parvenant pas à réduire leurs émissions peuvent ainsi les racheter, ce qui leur octroie en quelque sorte des « droits à polluer ».

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