Témoignage –  » Nous sommes partis avec un sac et nos papiers  » : « merci la France » / Solidarité à Tours

La nouvelle République 27/08/2015 05:46
Une famille de chrétiens irakiens qui a dû fuir son pays en urgence est hébergée provisoirement à Mer. Elle raconte sa tragique aventure.

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Nidhal et Nashua (au centre) et leurs enfants ont tout perdu en Irak. La première phrase qu’ils ont voulu dire dans leur pays d’accueil résume leur état d’esprit :  » Merci la France «  !
 Ils sont huit, âgés de 21 mois à 61 ans : huit membres d’une même famille irakienne de confession chrétienne qui ont dû fuir leur pays en catastrophe pour échapper à la folie meurtrière de l’État islamique.
Arrivés en novembre 2014 à Vendôme où ils ont été accueillis provisoirement par une compatriote, et assistés par l’Ordre de Malte, ils sont aujourd’hui hébergés au foyer Lataste d’Herbilly, à Mer, où ils se remettent de leurs émotions en attendant de trouver un appartement à Blois.  « Ma fille et son mari ont été tués par balles sous nos fenêtres à Mossoul, alors qu’ils arrivaient chez nous en voiture », raconte Nidhal, le père, qui enseignait la chimie à l’université. « Et moi, c’est mon père qui a été abattu de la même façon », ajoute Linda, la belle-fille.
Dans les deux cas, le motif était le même : les trois victimes portaient une carte d’identité mentionnant leur religion. « Quand Daech est arrivé, ils ont laissé le choix aux chrétiens de se convertir ou partir. Nous avons choisi la seconde solution ».
Les parents, leurs trois enfants survivants et deux conjoints, plus un nourrisson, se sont d’abord installés à l’écart de Mossoul, dans un appartement acheté avec leurs économies. L’occupant les y a rejoints six mois plus tard. Cette fois, il a fallu fuir. En urgence. « Nous avons eu le temps de prendre un sac et nos passeports. Ma sœur, qui vit aux États-Unis, nous a envoyé de l’argent pour aider à payer le voyage », explique Nashua, la mère.
Six mois après avoir pansé ses plaies morales et obtenu le statut de réfugié, la famille ne veut plus que se reconstruire une nouvelle vie avec une étonnante détermination. « Le plus dur, c’est la langue », sourit Saba, la plus jeune des enfants, qui se préparait à une carrière de géomètre et espère pouvoir reprendre des études dès qu’elle se débrouillera en français.
La nostalgie de Saddam
Rian et Ragheed, le fils et le gendre, travaillaient ensemble dans la mécanique, un métier qu’ils espèrent pouvoir exercer de nouveau. Nidhal, qui aurait dû prendre sa retraite dans deux ans, sait qu’il n’en percevra jamais un sou. « Nous avons tout abandonné sur place. Notre maison de Mossoul est désormais occupée par Daech qui a confisqué tous les biens des chrétiens, mais aussi ceux des musulmans chiites, presque aussi mal vus ».
Refusant de céder au défaitisme, les réfugiés se font à l’idée qu’ils ne reverront peut-être jamais l’Irak, un pays où ils ont pourtant connu une vie heureuse et paisible. À la question de savoir s’ils regrettent le temps de Saddam Hussein, la réponse fuse comme un cri du cœur : « Bien sûr qu’on le regrette ! Avec lui, les communautés vivaient en bonne intelligence. C’était un laïque, qui respectait toutes les confessions. Nos rapports avec les musulmans étaient amicaux. Nous savons bien que les vrais musulmans détestent Daech. Et nous sommes sûrs que c’est aussi le cas en France. »
repères
> Selon Benjamin Serven, chargé de mission migrants à l’Ordre de Malte France, 150 chrétiens d’Orient (une quarantaine de familles) sont accueillis, principalement en Indre-et-Loire, mais aussi en Loir-et-Cher avec le soutien d’associations locales et du diocèse.
> Les Irakiens en danger en raison de leur confession religieuse et disposant d’un point de chute en France peuvent obtenir un visa exceptionnel au titre du droit d’asile et un traitement rapide de leur demande du statut de réfugié qui leur permet l’accès à la protection sociale.
« L’État prend en charge leur hébergement et nous leur fournissons des aides d’urgence en matière alimentaire, vestimentaire ou de santé. Mais aussi un soutien psychologique et des cours de français pour faciliter leur insertion », indique Benjamin Serven.
Jean-Louis Boissonneau
Loir-et-Cher – Mer – Rencontre

De l’enfer au paradis

Une famille irakienne accueillie (au centre de la photo) par toute une chaîne de bénévoles et associations caritatives, hier après-midi dans une ferme à Tours-Nord, près du lycée Vaucanson. – (Photo NR)

irakiens

Les premiers chrétiens d’Irak chassés cet été par les djihadistes de l’État islamique sont arrivés hier à Tours. Une cinquantaine d’entre eux pourrait suivre.
La nouvelle République 23 août 2015

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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