Xavier Beulin, patron de la FNSEA et nabab de l’agrobusiness tentaculaire

Le Canard Enchaîné – 02/09/2015 – David Fontaine –
Le patron de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles – syndicat professionnel majoritaire dans la profession agricole – est un paysan du dimanche. Outre sa casquette syndicale, il continue de faire des affaires dans l’huile et les biocarburants.
xavier-beulin_1587147Xavier Beulin 55 ans, patron de la FNSEA depuis 2010, promet pour la manif des paysans prévue ce jeudi 3 septembre « 1000 tracteurs à Paris » Et pour résoudre la crise actuelle des éleveurs, ce chantre de l’agriculture industrialisée réclame désormais à Hollande, qui l’a reçu avec Valls le 24 août à l’Élysée, « 3 milliards d’euros » d’argent public. Toujours plus ! Il est désormais forcé de cavaler derrière ses troupes, qui, depuis juillet, contestent sa légitimité, voire le bombardent de lait et de fruits… 
Beulin est un rat des villes qui se présenterait en rat des champs : il habite un appart à Passy et une maison des bords de Loire à Orléans mais prétend qu’il monte sur son tracteur tous les week-ends dans sa ferme familiale de 500 hectares (colza, maïs, tournesol) dans le Loiret. « Il n’a jamais voulu faire visiter son exploitation aux journalistes, comme ses prédécesseurs » souffle-t-on au siège de la FNSEA. De là à l’accuser d’être un cultivateur défroqué, voire un faux paysan…
Beulin, qui, comme syndicaliste se doit de défendre les petits éleveurs pris à la gorge, est en fait le premier gros céréalier à être à la tête de la FNSEA. Pis encore, c’est un nabab de l’agrobusiness, président depuis 2000 du groupe Sofiprotéol (rebaptisé Avril), qui détient entre autres, les marques Lesieur, Puget et les œufs Matines. En 2007, le groupe a racheté la société anglaise Glon Sanders, spécialisée dans l’alimentation animale, jadis mise en cause dans l’affaire de la vache folle et qui vend justement ses produits aux éleveurs acculés ! Délicat cumul de casquettes…
Agrobusiness tentaculaire
Comme le lui a crié à la face un jeune éleveur de Saint-Brieuc le 2 juillet, ils ne vivent pas dans le même monde. Et, pourtant, ce « Bernard Tapie de l’agriculture » selon « Le Point » (6/12/12) au verbe carré mais au ton plus posé, n’a de cesse de se faire passer pour le Petit Chose. Il répète dans les interview qu’à la mort brutale de son père il a du reprendre sa ferme de 50 hectares, à 17 ans… Exact, mais l’ado frustré d’études qui se serait bien vu avocat a fait son chemin depuis. 
Patron départemental des Jeunes Agriculteurs à 26 ans, il a été rapidement embauché par Jean-Claude Sabin fondateur de Sofiprotéol (Société financière des protéagineux et oléagineux), qui en a fait son dauphin. Créée en 1983 sur le modèle de la toute puissante American Soybean Association (ASA), qui avait su développer la filière US du soja, cette société, financée par une taxe parafiscale prélevée sur la profession, a fait prospérer la filière du colza, du tournesol, mais aussi du lin et du chanvre, en lançant toutes sortes produits et de dérivés, des huiles aux tourteaux, avec un monopole de fait sur le biocarburant fortement subventionné Diester (7% de colza ajouté au diesel°). Au point qu’Avril est devenu un groupe industriel fort de 8 500 employés et de plus de 7 milliards de chiffre d’affaires, qui ne cesse de se diversifier : il détient des usines jusqu’au Maroc et a failli reprendre le volailler Doux ! « Mais chez Sofiprotéol, c’est Sabin et son directeur général, l’agronome Tillous-Borde, qui ont semé; Beulin s’est contenté de récolter ! » témoigne un ancien de la boîte.

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p10-electionfnseacoulCe capitaine d’industrie qui arbore chaîne en or et :montre chère, excelle surtout comme lobbyiste qui a l’oreille des politiques. « Beulin a tendance à utiliser la FNSEA au profit de Sofiprotéol« , l’accuse un rival malheureux. Par exemple, pour s’assurer un discours de Hollande aux 30 ans du groupe. « Il la joue modeste mais est d’une ambition dévorante et se verrait bien ministre; c’est une anguille, il est très secret et n’a confiance qu’en lui-même« , confie un de ses partenaires de négo. Cet agrobusiness du futur qui cause drones et capteurs a un autre lobby : il collectionne les présidences et les vice-présidences Du conseil d’administration du port (céréalier) de la Rochelle à l’Institut de perspective économique du monde méditerranéen, fondé par Jean-Louis Guigou*…  Il faut dire qu’il a une villa en Tunisie et se passionne pour le Maghreb, où Sofiprotéol a des intérêts et vers lequel, comme patron de la FNSEA, il souhaite réorienter les exportations françaises.
Du cumulard ou du cochon ?
Depuis qu’il préside le syndicat, il promet régulièrement de démissionner de ses « 12 mandats »… Et refuse absolument de lâcher la présidence du groupe Avril, récemment recentré sur une mystérieuse fondation qui détient un tiers des actions et qu’il n’hésiterait pas à présenter comme modèle pour l’agriculture française dans ses interviews…
L’an dernier, Beulin a refusé, la mort dans l’âme, un siège au conseil d’administration du groupe d’assurances AG2R La Mondiale. Il y a propulsé à sa place sa femme, Laurence, qui s’est notamment illustrée comme directrice d’un Intermarché. Auparavant, il l’avait déjà catapultée au sein de la chaîne thématique Campagnes TV (un de ses « bébés »), comme « directrice du club des marques« . La paysannerie new-look, c’est l’art d’avoir des relations !
* Jean-Louis Guigou, époux d’Élisabeth Guigou, ancienne garde des Sceaux est un haut fonctionnaire français, spécialiste de l’aménagement du territoire
Lire aussi : A mort les petits agriculteurs !

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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