Syrie : l’urgence de la diplomatie

LE MONDE | 05.09.2015
Editorial du « Monde » C’était il y a plus de quatre ans déjà, en mars 2011. En plein « printemps arabe », l’armée de Bachar Al-Assad tirait à balles réelles sur une foule qui réclamait plus de démocratie en Syrie. Deux cent quarante mille morts plus tard, la photo du corps d’un enfant rejeté par la mer commence à faire comprendre à l’Europe l’ampleur du drame des réfugiés syriens. Il était temps.

4746723_6_3715_image-tiree-d-une-page-facebook-tenue-par_bb38ba7e8cc305e45dfc447aa69bb585

Image tirée d’une page Facebook tenue par des sympathisants de l’Etat islamique, montrant des combattants de l’EI à Qadam, un quartier du sud de Damas, en partie contrôlé par l’opposition au régime syrien. AP
Sur 22 millions de Syriens, 8 millions sont des déplacés de l’intérieur, 4 millions ont trouvé refuge dans des camps souvent insalubres au Liban, en Jordanie et en Turquie. Et quelques centaines de milliers tentent de rejoindre l’Europe au péril de leur vie, et ne vont pas s’arrêter.
Il faut en revenir à la racine du mal : cette atroce guerre civile en Syrie, qui oppose la dictature sanguinaire du clan Assad à une myriade de groupes armés d’opposants, aujourd’hui largement, sinon exclusivement, dominés par les islamistes – qu’il s’agisse des djihadistes du prétendu Etat islamique (EI) ou de ceux du Front Al-Nosra, filiale directe d’Al-Qaida.
Rappel des faits : la répression a fait le lit de l’opposition syrienne la plus radicale. Elle a contribué à l’essor des barbares de l’EI. Partis d’Irak, ceux-ci, appuyés et encadrés par les anciens cadres irakiens de l’armée de Saddam Hussein, vont franchir la frontière, puis se forger un territoire aux confins de l’Irak et de la Syrie.
On peut déplorer sans fin, comme le fait François Hollande, que les Occidentaux n’aient pas attaqué Bachar Al-Assad pendant l’été 2013, après que le Syrien eut utilisé l’arme chimique contre sa population. C’est la faute de Barack Obama, dit-on à Paris, sans apporter la moindre preuve qu’une brève opération aérienne à l’époque eût empêché l’avènement de l’EI.
On peut déplorer l’inefficacité de la coalition censée combattre l’Etat islamique, qui massacre les minorités, viole, réduit en esclavage, détruit les temples de Palmyre et téléguide des fanatisés pour commettre des attentats en Europe et dans le monde arabe.
La « neutralisation » de Bachar Al-Assad
Mais l’essentiel est d’agir. Par la voie politique, d’abord. Chez les Occidentaux, on s’est, progressivement, rangé sur la position russe : on ne réclame plus le départ immédiat de Bachar. Ce n’est plus un préalable. François Hollande demande sa « neutralisation ». Laurent Fabius, son ministre des affaires étrangères, traduit : il s’agit de « faire en sorte qu’il ne dispose plus de la réalité du pouvoir ».
C’est une concession nécessaire pour amener les deux parrains du régime de Damas, la Russie et l’Iran, à envisager un dialogue politique sur la Syrie. Il commence à prendre forme, semaine après semaine, au niveau de John Kerry et de Sergueï Lavrov, les chefs de la diplomatie américain et russe. Le récent accord sur le programme nucléaire iranien peut favoriser ce dialogue. Parallèlement, la Russie commence à discuter avec l’Arabie saoudite, marraine d’une partie de l’opposition islamiste armée au régime de Damas.
Cela laisse entière la question de la campagne de bombardements peu concluante menée par les Etats-Unis et certains de leurs alliés contre l’EI. Comme la diplomatie, elle prendra du temps. Le problème est que le peuple syrien ne peut plus attendre. Il est épuisé, dispersé, martyrisé, terrorisé, par Damas comme par les djihadistes. Pour lui, le statu quo actuel, c’est cette mort à petit feu, à laquelle on tente d’échapper en frappant aux portes d’une Europe passablement indifférente.
Lire aussi : Moscou réaffirme son soutien à Bachar Al-Assad

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Europe, International, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.