Monsanto se prend une tôle au tribunal

Charlie Hebdo – 22/09/2015 – Fabrice Nicolino –
Il existe quand même des jours de joie. Paul François, gravement esquinté en 2004 par les pesticides, vient de gagner un procès historique contre les salopards. Mais Monsanto va-t-il enfin payer pour tous les autres ? 
Pour une fois sur mille, Monsanto a perdu, et le champagne -bio, on l’espère – coule à flots chez Paul François, longtemps défenseur des pesticides. Regrette-t-il ? Sûrement regrette-t-il d’avoir fait confiance à la publicité. En 2007, François est un paysan de bonne taille – 400 hectares de céréales avec un associé – installé en Charente. C’est businessman à la Xavier Beulin, le ponte de la FNSEA. Il gagne de l’argent et n’oublie jamais ‘épandre sur ses bonnes terres dévastées les molécules chimiques que lui a recommandées le fringuant commercial de la coopérative du coin, celle qui mange dans la main de l’industrie chimique.
Et puis tout bascule. Le 27 avril de cette année là, François désherbe comme à l’habitude une de ses plantations de maïs. Avec un herbicide bien connu, le Lasso, produit par Monsanto. En vérifiant le nettoyage automatique d’un pulvérisateur, il inhale accidentellement des vapeurs contenant cette merde. Il est pris de nausées. Le lendemain, Paul François crache du sang et est pris de terribles maux de tête. Tel est le début d’un périple hospitalier inouï qui va durer deux ans.
C’est rude, car après des moments de répit il est pris de vertiges au volant, ou s’évanouit ou vomit. Le 29 décembre par exemple, il perd connaissance pensant six heures. Les médecins ne comprennent pas car ils ne savent rien, puisque aucun ne connaît en réalité la toxicologie des pesticides. Certains d’entre eux évoquent une piste psychique. François serait un grand déprimé. Mais, au cours d’une énième crise, un examen approfondi révèle des troubles neurologiques graves : François est hospitalisé à Paris, à la Pitié-Salpêtrière. Un professeur prend sur lui de prévenir André Picot, biochimiste au CNRS et spécialiste du monochlorobenzène, qui entre à 50 % dans la composition du Lasso. Picot, le toxicologue Henri Pézerat – l’homme qui a révélé le sandale de l’amiante – puis plus tard le chimiste Jean-François Narbonne remontent la piste. Ce dernier écrit dans un rapport d’expertise : « La composition du mélange Lasso peut très bien expliquer les effets cliniques présentés par Paul François« .
Justice : au suivant !
IMAG0942C’est l’heure de la contre-attaque. François gagne devant le tribunal des affaires sociales d’Angoulême : la Mutualité sociale agricole (MSA) qui ne voulait pas en entendre parler, est contraint de reconnaître ses pathologies comme une seule maladie professionnelle. Surtout, François décide  de s’attaquer au monstre lui-même : en février 2007, il poursuit Monsanto, qu’il accuse d’avoir connu la dangerosité de Lasso sans la signaler. Les avocats de l’agrochimie vont jusqu’à remettre en cause la réalité de l’accident arrivé à Paul François. Mais le tribunal de Lyon les envoie bouler et note dans son jugement : « Monsanto est responsable du préjudice de Paul François suite à l’inhalation du produit Lasso. » Et il « condamne Monsanto à indemniser entièrement Paul François de son préjudice« .
Le coup est très rude pour le criminel, car il ouvre la voie à une indemnisation de milliers de victimes de pesticides en France. Et des millions dans le monde entier. Très logiquement, le fabricant de poison fait appel. Trois ans plus tard, le verdict vient enfin de tomber : Monsanto est bien le responsable du calvaire de Paul François. Les emmerdes ne font que commencer pour l’industrie, car Paul François a lancé entre-temps, en 2011, une association sans précédent. Phyto-Victimes (phyto-victimes.fr) entend donner la main – conseils, procédures, avocats – aux innombrables victimes des pesticides incapables de faire valoir leurs droits. Le vent est bel et bien entrain de tourner. 
N’écoutant que son grand cœur, Charlie apporte son obole. Quand jugera-t-on les salopards – souvent des fonctionnaires intouchables – qui ont autorisé la dispersion dans les airs de tant de produits reprotoxiques, cancérigènes, mutagènes ? Quand jugera-ton Xavier Beulin, président de la FNSEA et, dans le même temps, P-DG du groupe Avril (Ex-Sofiprotéol) ? Avril pèse 7,5 milliards d’euros de chiffe d’affaires, et il est le champion national des OGM, de la sélection génétique des animaux et, bien sûr, des pesticides. Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

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Nicolas Hulot est venu spécialement en Charente remettre la légion d’honneur à Paul François. –
© Fabienne Lebon / La Vie Charentaise

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