Union européenne – Migrants Réfugiés : l’Europe en progrès

LE MONDE | 25.09.2015

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Editorial du « Monde ». « E pur, si muove ! » « et pourtant, elle tourne ! ». On pourrait appliquer à l’Europe l’expression de Galilée à propos de la rotation de la Terre. In fine, l’Union européenne (UE) finit par bouger. Parce qu’elle n’a pas le choix.
Il en fut ainsi de la longue crise de l’euro. Il en est ainsi également de la crise des migrants et des réfugiés, Syriens et autres, qui cherchent à rejoindre le Vieux Continent par centaines de milliers. L’UE est toujours mal armée lorsque survient une crise majeure, mais, souvent, elle progresse dans l’adversité. La réunion des ministres de l’intérieur, mardi 22 septembre, suivie de celle des chefs d’Etat et de gouvernement, mercredi, le démontre. On redoutait l’incapacité de l’UE à mener la moindre action collective face à une tragédie qui concerne notre continent au premier chef. Peut-être était-on trop pessimiste.
D’abord, le concept adopté, mercredi, sur proposition du couple franco-allemand, est le bon. Premier rappel : l’asile est un droit absolu pour chaque individu persécuté, comme l’a dit haut et fort la chancelière Angela Merkel. La Commission a raison de lancer des procédures d’infraction contre dix-neuf pays défaillants (dont la France). Certes, dans un monde où les réfugiés ont souvent pour seul bien leur téléphone portable, les déclaration de la chancelière allemande ont pu amplifier l’afflux de migrants. L’UE est débordée pour quelques semaines, mais elle a un plan d’action raisonnable.
Elle va aider les réfugiés à rester près de chez eux. La clé réside dans la résolution la plus rapide possible du conflit syrien, mais l’aide d’un milliard d’euros aux réfugiés restés dans les pays voisins de la Syrie (Turquie, Jordanie, Liban) est une première bonne décision. Ces fonds devraient aller aux agences des Nations unies dont le rabotage des moyens a été la véritable cause du départ de nombreux Syriens des camps de réfugiés.
Front du rejet
Nicolas Sarkozy a cru bon d’agiter la peur d’une Europe submergée, brocardant les 120 000 réfugiés que vont se repartir les Européens : « Ces 120 000 ne représentent rien parce que ce sont derrière des millions et des millions qui poussent. » C’est faux : les réfugiés préfèrent rester proches de la Syrie, proches de chez eux, et la France n’est nullement submergée.
L’ancien président aurait dû, au contraire, saluer la réforme en cours des accords de Schengen et des règles européennes, qu’il n’a cessé de réclamer. Désormais, les réfugiés dont le droit à l’asile est incontestable (Syrie, Irak, Erythrée) seront accueillis selon des clés de répartition fixées par la Commission en accord avec les gouvernements. Fini le petit jeu où l’on cherche à savoir dans quel pays de l’UE un réfugié a mis le pied en premier pour l’y renvoyer, selon le principe de la très inadaptée convention de Dublin.
Pour ce faire, des camps d’accueil, baptisés « hot spots », seront installés dans les pays d’entrée de l’UE pour enregistrer les réfugiés et gérer le cas des déboutés du droit d’asile. Les migrants économiques, des Balkans ou d’Afrique de l’Ouest, relèvent d’un autre statut et d’un autre traitement. Enfin, le contrôle à toutes les frontières de l’UE est resserré avec le renforcement de l’agence qui en est chargée, Frontex.
Même le front du rejet, celui des pays d’Europe de l’Est, commence à évoluer, sous la pression de la Pologne, qui s’est ralliée à l’ensemble de ces mesures. L’Europe commence à faire face.
Lire aussi : Réfugiés : l’UE débloque plus d’un milliard d’euros

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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