Assemblée générale des Nations unies – Le pape appelle l’ONU à être « efficace »

LE MONDE | 26.09.2015
A New York, François a pressé les États à aller au-delà des « déclarations à effet tranquillisant sur les consciences »

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Devant l’Assemblée générale de l’ONU, le pape François appelle les diplomates à (enfin) tenir leurs promesses
Agissez ! Pour son premier discours – et le cinquième d’un pape – devant l’Assemblée générale des Nations unies, vendredi 25 septembre, à New York, le pape François a demandé aux représentants des 193 Etats membres de ne pas se contenter de discours, ni même « d’engagements assumés solennellement » mais qui, bien souvent, ne sont que des « déclarations à effet tranquillisant sur les consciences » face aux inégalités, aux atteintes à l’environnement et aux guerres qu’il a appelé à contrer. Soyez « efficaces », a martelé le chef spirituel de l’Eglise catholique.

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Le constat dressé par le pape est resté dans la droite ligne de son encyclique pour une écologie intégrale publiée en juin sous le titre Laudato si (« Loué sois-Tu »). « L’abus et la destruction de l’environnement sont en même temps accompagnés par un processus implacable d’exclusion », a-t-il dénoncé au quatrième jour de sa première visite sur le sol nord-américain. « En effet, la soif égoïste et illimitée de pouvoir et de bien-être matériel conduit autant à abuser des ressources matérielles disponibles qu’à exclure les faibles », a-t-il ajouté. L’ancien archevêque de Buenos Aires a plaidé pour que chacun ait accès au « minimum absolu » : un toit, un travail, une terre, ce qui signifie, « sur le plan spirituel, la liberté de pensée, qui comprend la liberté religieuse ».
« Colonisation idéologique »
Alors qu’un sommet pour le développement durable devait s’ouvrir à l’ONU juste après son discours, Jorge Bergoglio a souhaité que la conférence de la COP21 à Paris, en décembre, aboutisse à des accords « efficaces » car la crise écologique « peut mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine ».
A dix jours de l’ouverture du second synode des évêques sur la famille, à Rome, le 5 octobre, François a rappelé que, pour l’Eglise catholique, cette défense de l’environnement va de pair avec celle d’une certaine conception de l’être humain. Elle suppose « la reconnaissance d’une loi morale inscrite dans la nature humaine elle-même, qui comprend la distinction naturelle entre homme et femme et le respect absolu de la vie à toutes ses étapes ». Il a repris à son compte, avec un vocabulaire inhabituel, les dénonciations d’une grande partie du haut clergé africain, pour voir « une colonisation idéologique à travers l’imposition de modèles et de styles de vie anormaux, étrangers à l’identité des peuples et, en dernier ressort, irresponsables », allusion à la contraception et au mariage entre personnes du même sexe.
Après cet appel pressant à l’équité et à la responsabilité écologique, le pape François a évoqué l’un de ses constants sujets de préoccupation, qu’il résume habituellement sous le terme de « troisième guerre mondiale par morceaux ». Contrairement à son discours au Congrès, la veille, il n’a pas parlé de la vague actuelle de réfugiés fuyant la Syrie et d’autres pays en guerre. Mais il a évoqué « la douloureuse situation de tout le Moyen-Orient, du nord de l’Afrique et d’autres pays africains, où les chrétiens, avec d’autres groupes culturels ou ethniques, y compris avec les membres de la religion majoritaire qui ne veulent pas se laisser gagner par la haine et la folie », ont été la cible d’agressions et de contrainte.
La dénonciation de la haine et de la folie, il en a été aussi question, un peu plus tard dans la matinée, lorsque le pape est allé se recueillir au Mémorial du 11-Septembre. Très pénétré devant les immenses bassins qui se trouvent désormais à l’emplacement des tours détruites, il a ensuite assisté à une cérémonie œcuménique à l’intérieur du site, appelant à ce que la vie soit « toujours destinée à triompher sur les prophètes de la destruction ». Devant des représentants de confessions juive, musulmane, sikh, orthodoxe et hindou, le pape a affirmé que « la réconciliation et l’unité vaincront la haine et la division ».
« Pape différent »
Le chef spirituel de l’Eglise catholique s’est ensuite penché sur le sort des plus démunis. Dans une école d’Harlem d’abord, où il a rencontré 200 enfants issus de l’immigration de milieux défavorisés. Après une traversée de Central Park, où plus de 80 000 personnes l’ont acclamé, le pape François est enfin arrivé en fin d’après-midi au Madison Square Garden pour célébrer une messe devant 20 000 fidèles.
Dans ce temple du spectacle et du sport, « synonyme » de la ville de New York, selon ses propres termes, il a prononcé une homélie sur le thème de la solidarité avec ceux qui sont parfois considérés comme des « citoyens de seconde classe ». Citant la prophétie d’Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière », il a expliqué qu’au milieu de l’agitation de la ville, nous finissons par ne plus voir « l’étranger, l’enfant sans instruction, ceux qui sont privés d’assurance médicale, le sans-toit, le vieillard délaissé. Ces personnes restent sur les bords de nos grandes avenues, dans nos rues, dans un anonymat assourdissant ».
« Ce sont des mots qui me touchent et qui peuvent faire progresser le monde », affirme Jeromie Cunninggham, un fidèle de Brooklyn, qui s’affirme « papiste convaincu ». Pour Artemio Florian, un Péruvien qui vit depuis quinze ans dans le Queens, « c’est un pape différent des autres, simple, qui parle à tous, aux pauvres comme aux riches ». A la fin de la messe après deux standing ovations, François a conclu son séjour new-yorkais par des paroles d’humilité : « N’oubliez pas, priez pour moi ! »
| Par Stéphane Lauer (New York, correspondant) et Cécile Chambraud
Le pape François ’est recueilli au Mémorial du 11-Septembre, vendredi 25  septembre à New York. SPENCER PLATT / AFP
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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