La justice sonde les sondeurs de l’Elysée

Le Canard Enchaîné – 1/10/2015 – Didier Hassoux –
Après Patrick Buisson,mis en examen le 29 juillet , notamment pour détournement de fonds publics et abus de biens sociaux dans l’affaire des sondages de l’Élysée, c’est au tour de Pierre Giacometti, l’autre dealer de conseils et d’enquêtes, d’être mis en examen. Les principaux interlocuteurs élyséens de ces deux commerçants – Claude Guéant, Jean-Michel Goudard, Emmanuelle Mignon… – devraient également monter dans la charrette d’ici à la Toussaint. Seul rescapé : Nicolas Sarkozy, protégé par son immunité présidentielle. Ce qui n’empêchera pas le magistrat instructeur de la convoquer. Mieux vaut parfois être entendu par un juge qu’être écouté clandestinement par son gourou… Allô, Patrick ? tu me reçois ?
lacombe061109b_colAu total, Sarko 1er aura claqué près de 7,5 millions d’euros hors taxes en conseils et enquêtes d’opinion. Enfin, officiellement. Car les fouineurs de la brigade de répression de la délinquance économique ont établi que le Château avait fait supporter par d’autres une partie des dépenses de sondages. A commencer par le complaisant service d’information du gouvernement (SIG). Dès 2007, Julien Vaulpré, le conseiller opinion de l’Élysée, téléphonait à Matignon, dont dépend le SIG, pour lui demander d’ajouter aux sondages en cours des questions susceptibles d’intéresser Sarkozy. Parfois, déclarent les enquêteurs, « des questions off étaient posées, dont les résultats n’étaient pas intégrées dans le rapport final, mais seulement transmis à l’Élysée. » 
Un  Train-Train de questions  La sondagite aigüe a également poussée le Président à faire appel à la générosité du parti Dans les « rapport de synthèse » daté du 30 juillet, ces mêmes enquêteurs écrivent que certains sondages récurrents  étaient « étonnamment » réglés par l’UMP. Ce fut le cas du « Baromètre de la confiance et de l’actualité » payé par l’Élysée à Buisson* jusqu’en juillet 2009, mais sous l’intitulé « Baromètre de l’actualité ». Même chose pour pour le « suivi de campagne » réglé par Élysée en 2011, puis par le parti, dès l’entrée en lice de Sarkozy, en février 2012. Le changement c’était maintenant ! Tout cela ne suffisant pas à combler sa boulimie, L’Élysée à également tapé des boîtes publiques. A vot’ bon cœur ! Les 11 et 18 janvier 2010, révèle ainsi l’enquête, le jeune Julien Vaulpré s’adresse par courrier électronique aux présidents de la SNCF et de la RATP. Le conseiller opinion du Château leur demande de réaliser à leurs frais un sondage sur les retraites. Entendu par les policiers enquêteurs le 29 juillet, Vaulpré se justifie en expliquant que « les entreprises faisaient elles-mêmes des questionnaires [et que] les échanges (entre elles et lui) étaient surtout relatifs aux types de questions à poser pour ne poser plusieurs fois la même. » Et donc faire des économies. C’est beau de se soucier des deniers publics…
* Patrick Buisson s’est gavé. Entre 2007 et 2012, l’Élysée était le client principal de ses deux boîtes (Publifact et Publi-Opinion). Comme il n’y a pas de petit profit, « dans un certains nombre de cas« , Buisson, l’ex-rédac chef de « Minute » et de « Valeurs actuelles », vendait à la présidence de la République « des sondages commandés par des sociétés de presse et destinés à être publiés ». En épluchant les factures de Buisson, les policiers ont constaté, entre autres, que 180 000 euros de « frais » concernaient le « règlement de courses au Monoprix » situé en bas de chez lui…
Quand on aime, on sonde trop… C’est émouvant : l’image et la popularité de Carla Bruni-Sarkozy ont été un sujet de préoccupation et donc de sondages – pour Nicolas. Comme l’établit le dossier d’instruction de l’affaire, L’Élysée a commandé à plusieurs reprises des e,quêtes d’opinion au sujet de la première dame.
Sondages elyséeDeux mois seulement après son mariage en février 2008, première batterie de tests. Et premier dépit : selon les sondés, Carla ne fait pas le job. En tout cas pas aussi bien que Bernadette Chirac et à peine mieux que Cécilia. Sarkozy aurait dû épouser Bernie… Juin 2008, nouveau sondage. A force d’être passée sur le divan de Drucker, et d’avoir accompagné sagement son époux à l’étranger, Carla semble avoir fait ses classes. Désormais la top-modèle « représente bien la France à l’ètranger« .  Las, rechute en décembre… la chanteuse figure dans les profondeurs du classement des « personnalités féminines qui ont le plus marqué l’année 2008« . Heureusement elle a marqué l’histoire de la chansonnette…

A propos werdna01

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