Réfugiés syriens à Tours :  » Dix des miens ont été tués « 

La Nouvelle République 28/09/2015
Exemple d’intégration réussie en Touraine, un couple originaire de Syrie raconte les souffrances de la famille restée au pays.

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Muhammad et Ghada Atfa, deux médecins installés à Tours depuis 2012 après avoir quitté la Syrie. Parents de deux enfants, ils ont obtenu la nationalité française dès 2005. (Photo NR)
Ils sont le parfait exemple d’intégration, ont conscience qu’ils sont privilégiés et qu’ils représentent un cas particulier. Ghada et Muhammad Atfa, tous deux médecins, ont séjourné en France au début des années 2000, ont obtenu la nationalité française en 2005, et se sont installés définitivement à Tours en 2012, aux Deux-Lions. Ils ont fui leur pays le jour où un canon s’est installé sous leur fenêtre. Il traumatisait leurs deux enfants, âgés aujourd’hui de 10 et 15 ans et scolarisés à Sainte-Ursule et André-Gide à Tours. Muhammad est médecin urologue à Amboise, Ghada anesthésiste au CHU de Tours. La situation au Moyen-Orient, en Syrie et en Europe les bouleverse.
«  Leur vie quotidienne, c’est l’enfer  »
Les grandes migrations ? « Comment stopper l’hémorragie ? Tous ces gens seraient mieux chez eux. Ils n’abandonnent pas les leurs, et leur pays, pour le plaisir. Ils sont massacrés. Ce n’est pas un avenir pour eux. Il ne faut pas les regarder comme des gens qui nous enlèveraient le pain de la bouche. Là-bas, leur vie quotidienne, c’est l’enfer. En Europe, ils viennent chercher la paix, un logement, l’école pour les enfants, du travail et à manger. Et au moins 90 % d’entre eux s’y installeront pour longtemps, ne cachons pas la vérité, car là-bas, on n’a aucun espoir de paix proche. Ces gens aiment la vie et veulent avoir des enfants. Ce n’est pas un hasard si beaucoup sont des diplômés, des médecins, ingénieurs, cadres, des hommes, car ce sont eux les premiers visés, tués, emprisonnés ou engagés d’office dans l’armée », disent-ils, ajoutant, le regard plein d’amertume tourné vers les grands dirigeants de ce monde : « On s’y prend comme si on voulait vider la Syrie. »
Muhammad Atfa a vu son frère fuir le pays cet été : « Il a pu gagner l’Allemagne en août en passant par la Turquie, la Grèce, avec un passeur. Il lui reste à faire toutes ses démarches administratives. Les mafias, les passeurs en profitent. C’est scandaleux. » Mais Muhammad déplore la mort de dix des siens, de ses proches, dont « ma cousine, son mari, leurs deux filles, mon beau-frère… Ils ont été égorgés. » Ses parents et quatre de ses frères et sœurs, sur huit, sont restés au pays. Les autres ont fait leurs valises pour le Qatar, les États-Unis, l’Allemagne et la France donc. Le couple a des contacts permanents avec la famille restée en Syrie. « Ils ont peur, chaque jour, sont en grand danger mais au téléphone, on ne parle pas politique, un sujet qui, d’ailleurs, divise les familles. » Le couple, qui maîtrise bien le français maintenant, cible, écœuré, pessimiste, le régime syrien bien sûr, Daech, la communauté internationale « pas sérieuse », et le « marché des armes » qui prospère sur les ruines et la misère humaine, « et la France, malheureusement, y participe ». Ghada conclut, l’air grave : « Ces migrations vont changer le visage de l’Europe. »
Olivier Pouvreau / Indre-et-Loire

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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