Salles combles et très riches heures au Monde Festival : 18 000 personnes pour « changer le monde »

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Plus de 18 000 personnes sont venues assister à la trentaine de débats organisés pour le deuxième Monde Festival, du vendredi  25 au dimanche 27  septembre. Soixante-dix personnalités, de Thomas Piketty à Emmanuel Macron, en passant par Amos Gitaï, Matthieu Ricard, Daniel Cohn-Bendit, Christine Angot et le rappeur Youssoupha, ont réfléchi cette année à  » Changer le monde « , devant des salles combles. L’ensemble des débats sera mis en ligne sur Lemonde.fr.
LE MONDE | 28.09.2015 | Par Marion Van Renterghem
Monde Festival : : 18 000 personnes pour «  changer le monde »
La deuxième édition du Monde Festival a réuni une centaine d’intellectuels, créateurs, experts, responsables politiques…, du 25 au 27 septembre à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au Théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra. Invités à penser l’avenir, les participants ont donné des raisons d’espérer

4775019_6_e43a_lors-du-debat-entre-l-acteur-metteur-en_5031cc6bf8b7e0d4afc9702d21ff5575.jpglemonde débats

Lors du débat entre l’acteur, metteur en scène, écrivain et sociétaire de la Comédie Française Denis Podalydès, et le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier, mené par les journalistes du « Monde » Michel Guerrin et Brigitte Salino, le 27 septembre 2015, au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris.
Une jeune femme s’est avancée vers la directrice de l’ENA, Nathalie Loiseau  :  »  Je suis polytechnicienne, je viens d’un milieu modeste, je n’ai pas eu de femme modèle. Vous êtes une femme modèle. Je vous remercie pour les messages que vous diffusez.  «  C’était samedi 26  septembre, à la fin de l’un des nombreux débats organisés par Le Monde Festival à l’Opéra Bastille, au Palais Garnier, au Théâtre des Bouffes du Nord et au cinéma Gaumont Opéra, du vendredi  25 au dimanche 27  septembre et qui ont rassemblé 18  000 personnes.  »  Piketty président  !  « , avait lancé une auditrice une heure plus tôt, alors que le célèbre économiste était invité à converser sur un autre plateau.
S’il fallait trouver un fil rouge dans la grande diversité de ces débats, dont  »  Changer le monde   » était le thème commun, ce serait la remise en question des hiérarchies et des autorités que permettent les nouveaux médias et la recherche persistante de modèles, d’intellectuels et d’experts hors du champ politique, plébiscités de plus en plus pour prendre la place de politiques frappés de discrédit. Participant à un entretien dimanche  27, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron,  »  social-libéral   » revendiqué, briseur de tabous et poil à gratter de la gauche traditionnelle, l’a compris. Sa liberté de ton inquiète ses pairs, mais a séduit la salle du Monde Festival à qui il a carrément donné son adresse e-mail,  »  emmanuelmacron3@gmail.com  « , pour ceux qui voudraient lui faire part de projets d’entreprises.
Symbole de ce changement fondamental, c’est un film choc d’Amos Gitaï sur l’assassinat du dernier grand homme politique qu’Israël ait connu, Itzhak Rabin, qui a inauguré le festival. Rabin, le dernier jour était présenté en exclusivité en avant-première, vendredi 25  septembre, devant une salle comble au cinéma Gaumont Opéra. Pour parler de ce 4  novembre 1995 où, sur la place des rois d’Israël à Tel-Aviv, le monde a changé, un débat a réuni après le film Amos Gitaï et l’historien et ancien ambassadeur Elie Barnavi. Tous deux ont dressé le même constat  : depuis Rabin, qui négociait la paix avec les Palestiniens, le pays n’a connu aucun dirigeant d’envergure capable d’inspirer une ambition nationale à la hauteur des enjeux du pays – notamment la paix  ; depuis Rabin, la politique et les politiques n’ont cessé d’être déconsidérés dans l’opinion.
A l’heure où, en Europe comme aux Etats-Unis, des partis ou des candidats protestataires ne cessent de gagner en influence, proférant volontiers simplismes, caricatures et autres énormités, MM.  Barnavi et Gitaï ont lancé une mise en garde salutaire. Même en campagne électorale, il y a une limite à ce que l’on peut dire, une limite à l’exploitation des peurs collectives. Itzhak Rabin a beau avoir été assassiné par un homme seul, sans complot, il l’a été au beau milieu d’une campagne de haine entretenue, exploitée, exacerbée par l’opposition de droite nationaliste dirigée par celui à qui le crime a profité, son successeur Benyamin Nétanyahou.
Au-delà d’un homme d’Etat, c’est une politique de paix qui est morte ce jour-là, et la soirée portait cette conclusion amère  : l’assassin, plus que sa victime, a réussi à changer le monde. La suite du week-end était porteuse de plus d’optimisme.
734906-jerome-fenoglio-actuel-directeur-des-redactions-du-monde-le-20-mai-2014-a-parisLe monde change, Le Monde change lui aussi et se diversifie, mais il ne renonce pas aux valeurs qu’il porte dans le contexte de cette idéologie en voie de domination qu’est le repli identitaire et nationaliste.  »  Des doutes existent aujourd’hui sur l’Union européenne, des choses sont mal engagées, mais une valeur fondatrice du Monde est de défendre cette construction européenne  « , a rappelé le directeur du journal, Jérôme Fenoglio, lors d’un débat sur Le Monde et la crise qui frappe la presse écrite.  »  On tend à faire croire que le problème est l’ouverture des frontières et que le repli serait la solution. Nous défendons le contraire et devons être l’endroit où la réflexion sur l’Europe et ses valeurs a lieu.  « 
Les 30  débats et 70  personnalités interrogées par des journalistes du Monde, tout comme l’exposition de cartographies du journal et les ateliers invitant à construire des maquettes d’habitats adaptés à un monde qui change, en étaient chacun à sa manière une illustration. Extraits
Samedi  10 heures
4775021_6_e095_le-directeur-du-monde-jerome-fenoglio-de_980ac43a6f64e8adcfeb9bc0f8e2b58d.jpglemonde pickettyA l’Opéra Bastille, l’amphithéâtre est plein pour écouter le chercheur en économie Thomas Piketty, l’une des nouvelles stars du paysage politico-intellectuel et bientôt chroniqueur au Monde. Conseiller du parti espagnol Podemos, il le fut pour François Hollande, s’apprête à l’être pour le Labour britannique et reste confiant dans le modèle européen, à condition d’y introduire plus de démocratie. Mais en France, pourquoi les présidents n’appliquent-ils pas les politiques promises en campagne  ?  »  Ce sont les méfaits du présidentialisme à la française, répond l’économiste. Tout repose sur une personne, et on lui demande trop. C’est comme au football  : plein de gens veulent entrer sur le terrain, mais c’est Zidane qui marque. Hollande se voit comme un Zidane de la politique. Il est habitué à tout retourner et à faire la synthèse. Il confond la rhétorique et la réalité. C’est en partie un mystère pour moi.   »
Dans la salle, une auditrice s’enflamme  :  »  Pourquoi n’aidez-vous pas la France et l’Europe, vous qui êtes reconnu dans le monde  ?  «  Piketty  :  »  Avec les hommes politiques, je suis poli, donc je réponds, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus, et je ne crois pas que ce soit le plus utile.   »  »  Pourquoi ne vous présentez-vous pas  ?  « , demande un autre homme. La star élude.  »  Je suis d’abord un chercheur en économie, tout le monde peut et doit s’engager. Il y a d’autres manières de s’engager que de manger des petits fours dans un ministère.   » Applaudissements à tout rompre.  »  Piketty, président  !  « , lance une voix.
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Dimanche 15 h 30, un peu de finesse dans un monde de brutes
amathieu ricardDSC_0017-702x336Matthieu Ricard plaide pour le végétarisme au nom du « zoocide » et du « sophisme de l’indécence » : pourquoi faire souffrir si ce n’est pas nécessaire ? « La bienveillance, c’est comme le soleil, elle ne coûte pas plus chère à briller sur tout le monde. » Le moine relève que les psychopathes n’étant que 2 % dans le monde, on peut compter sur la bienveillance des autres. La salle est au paradis.
Par Marion Van Renterghem (avec la rédaction du « Monde »)

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Merci, et rendez-vous en 2016 !
Des salles combles, des débats de haute volée, des spectacles ovationnés, une exposition et des ateliers salués : la deuxième édition du Monde Festival a largement amplifié le succès du premier événement, organisé il y a un an, à l’occasion de nos  70  ans.
En trois journées, du vendredi  25  au dimanche 27  septembre, plus de 18 000  personnes auront assisté à l’une des manifestations organisées dans les divers lieux qui nous ont offert leur hospitalité : le Gaumont Opéra pour la projection en avant-première du beau film d’Amos Gitaï, Rabin, le dernier jour ; l’Opéra Bastille et le Palais Garnier pour une trentaine de conférences et un spectacle de danse ; le Théâtre des Bouffes du Nord pour des débats et des rencontres, un film et un spectacle.
Partout, sur le thème  » Changer le monde « , la même liberté de ton, le même goût de l’échange des idées, le même besoin d’élargir les horizons, le même désir de s’affranchir des opinions convenues ont circulé entre les participants, les journalistes du Monde qui ont joué le rôle de modérateurs, les artistes et les spectateurs. En cela, le festival est le prolongement de la mission des rédactions du Monde, qui s’efforcent chaque jour de prendre le recul nécessaire sur l’actualité immédiate, de déceler les lignes de faille, de décrypter les transformations en cours.
Pour ceux qui n’ont pu y assister, ces débats seront intégralement mis en ligne sur la chaîne  » Festival  » de Lemonde.fr dans les jours qui viennent.
Cette réussite, nous la devons à l’accueil qui nous a été réservé par les équipes de l’Opéra national de Paris et au soutien constant de son directeur, Stéphane Lissner. A l’enthousiasme du Théâtre des Bouffes du Nord, qui nous a rejoints cette année. Et à l’implication de toutes celles et de tous ceux qui, au Monde et à M Publicité, notre régie publicitaire, n’ont pas compté leurs efforts pour que cette deuxième édition soit à la hauteur de nos ambitions. Qu’ils en soient remerciés.
En leur nom à tous, nous sommes heureux de vous donner d’ores et déjà rendez-vous pour une troisième édition du Monde Festival, l’an prochain à la même époque. L’aventure continue.
par jérôme fenoglio

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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