SOS dans nos assiettes

Du magazine trimestriel  Inexploré   N° 28 octobre 2015 – par Miriam Gablier – 
Se nourrir, c’est incorporer des éléments extérieurs. Notre alimentation moderne se retrouve donc logiquement au cœur du débat sur l’impact de l’environnement sur notre santé. Et il y aurait de quoi se mettre au jeûne….
Exceptionnellement, Marion Kaplan, bio-nutritionniste, coauteure de J’arrête la malbouffe et fondatrice de Quantique Planète, entre dans une grande surface. Elle a besoin d’acheter des oignons. Quoi de plus basique ? Elle découvre que tous viennent de Nouvelle-Zélande, « C’est l’autre bout du monde ! Imaginez l’énergie dépensée et la pollution générée pour importer un produit qui pousse très bien chez nous« , s’étonne-t-elle. La production de notre alimentation semble majoritairement passée aux mains d’une industrie agroalimentaire dont la démesure est de plus en plus décriée.   On nous assure qu’il faut produire en masse pour nourrir le monde. « La réalité, c’est qu’une poignée de firmes internationales monopolisent cette production et cherchent, entre autres, a devenir les détentrices du vivant« , répond Dominique Guillet, fondateur de Kokopelli, une association dont l’objectif est de préserver la biodiversité. En effet, aujourd’hui, 5 multinationales contrôlent 75 % de la semence potagère planétaire. Que se passe-t-il du côté des réfrigérateurs ? quel impact sur notre santé ? 
manger-monsanto-1024x721Que mange-t-on vraiment ? Depuis plus d’un demi-siècle, le système agroalimentaire a été marqué par l’instauration de monocultures gigantesques à base de graines génétiquement modifiées et souvent non reproductibles, un recours extensif aux engrais chimiques et pesticides en tout genre, une banalisation de la maltraitance animale, une surexploitation des océans. Tout cela a provoqué une perte dramatique de la biodiversité, une pollution généralisée de nos écosystèmes, une restructuration sociale profonde afin de centraliser la production agricole. Au final, nous ne savons plus ce que nous mangeons, d’où cela provient, et la la qualité de la nourriture se dégrade de façon inquiétante : perte de la valeur nutritionnelle, modifications génétiques, traitements et additifs chimiques. L’état des lieux de notre alimentation moderne ne semble pas glorieux. Cette nourriture est-elle encore bénéfique pour nous ?
« Nous ne faisons plus de l’agriculture, nous faisons de la gestion de pathologie végétale, ce n’est pas la même chose. Et manger des plantes et des animaux malades, au final, ça fait des gens malades« , affirment Lydia et Claude Bourguignon, ingénieurs en biologie et agronomie, dans le documentaire Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau. « Nous consommons des produits tellement transformés que, sans la main de l’homme, ils ne pourraient pousser. Le blé compte maintenant plus de 40 chromosomes contre une douzaine il n’y a pas 60 ans. Chez l’humain, il suffit qu’un petit chromosome change pour qu’il devienne trisomique. Nous n’avons aucun recul sur l’effet de telles manipulations« , alerte Marion Kaplan.  
Un impact sur la santé
Ainsi, au-delà des scandales de la vache folle et du poulet à dioxine, c’est la généralisation quasi silencieuse de la malbouffe qui devrait nous questionner car son impact sur notre santé pourrait être majeur. De nombreuses études établissent des liens entre ce changement alimentaire et une augmentation inquiétante des maladies chroniques non transmissibles : cancers, maladies cardio-vasculaires, diabète, obésité, maladies neurologiques. Et que penser de la multiplication des allergie, notamment au gluten et aux produits laitiers ? « Afin de mieux comprendre la croissance de ces maladies, les recherches se sont d’abord centées sur le rôle des gênes. Par la suite, elles ont cherché à décrypter le genèse de ces pathologies. Les résultats ont été assez décevants et ne nous ont pas aidés à régler le problème. Aujourd’hui, les chercheurs soulignent le rôle de l’alimentation dans l’incidence de ces maladies chroniques », spécifie le laceur d’alerte Thierry Souccar, journaliste scientifique et coauteur de Santé, mensonges et propagande. Notre nourriture moderne est remise en cause. Avons-nous oublié que notre corps est constitué des aliments que nous ingérons ?

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Manger local
Du bon dans nos assiettes
Nous ne le dirons jamais assez : nous vivons au cœur d’écosystèmes dont nous sommes dépendants. Ces assemblages subtil, que la nature a mis des milliards d’années à élaborer, semblent nous fournir ce dont nous avons besoin. L’habitant d’un pays nordique n’a pas les mêmes besoins que celui d’une zone tropicale. Notre organisme n’a pas les mêmes exigences au printemps qu’à l’automne. « Manger local et de saison permet d’être en accord avec nos besoins fondamentaux et au bon moment. Et nous pourrions aller plus loin : le magnétisme terrestre – qui finalement influence tout le vivant – n’est pas le même partout. Il est possible que manger des produits qui viennent de l’écosystème dans lequel nous évoluons nous maintienne dans un équilibre énergétique adapté à notre environnement« , suggère Marion Kaplan.  
Nos milliards de coups de fourchette peuvent faire une véritable différence. Manger moins de viande, de poisson, et éventuellement de céréales, préparer sa nourriture à partir d’une production locale et biologique, pourraient êtte des actes de prévention pour notre santé comme pour celle du monde.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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